Entretien avec Prof. Maxime da Cruz, recteur de l’UAC : "La Covid-19 a été une opportunité pour l’université béninoise…"

Patrice SOKEGBE 3 juin 2020

Les réformes structurelles et pédagogiques à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) intéressent plus d’un aux plans national et international. Pour preuve, elle occupe depuis quelques semaines la 89ème place au plan continental, d’après une publication de la Regional Universities Forum for Capacity Building in Agriculture (Ruforum). Mieux, elle est l’une des deux universités francophones à être retenues dans ce classement. A ce sujet, le recteur de l’Uac, Maxime da Cruz a, dans une interview, expliqué les tenants et les aboutissants de ce classement. Aussi, s’est-il prononcé sur les mesures prises contre la Covid-19, notamment l’introduction de la plateforme e-learning.

La Regional Universities Forum for Capacity Building in Agriculture (Ruforum) a publié un classement dans lequel l’Université d’Abomey-Calavi occupe la 89ème place sur les 100 premières universités d’Afrique. Quelle interprétation faites-vous de ce classement ?
Ce type de classement est l’expression de reconnaissance au plan international des efforts fournis par l’ensemble des acteurs, notamment les enseignants, les étudiants, le personnel. Tout ce qui est fait rend l’Uac davantage visible au plan international. Donc, cette reconnaissance vient valider un peu tout cela, elle met l’institution en lumière, elle permet aux différents acteurs de se dire que les efforts au quotidien, même si on n’a pas toujours le sentiment de rendre compte qu’elles font avancer, il y a des gens qui nous observent, des institutions qui nous suivent, qui sont en mesure d’évaluer les progrès que nous enregistrons, même s’il y a encore des défis à relever. Quand on parle de visibilité au niveau des universités, c’est d’abord les résultats de recherches et de publications. Et ces publications sont diffusées et connues au plan international. Les efforts que les collègues font en termes d’innovation sont partagées. Il s’agit des initiatives prises même au niveau de la qualité de la formation. Tout cela est pris en considération pour faire ce classement. Il faut donc continuer de travailler à renforcer ces différentes mesures. Vous avez dû constater dans le classement qu’il y a un nombre important d’universités des pays anglophones. C’est aussi l’expression de ce que les collègues publient les travaux de recherches en anglais. Ils font en sorte que ces publications soient connues dans le monde anglophone. Puisque les institutions qui classent ces universités ont des critères. On peut ne pas être d’accord avec elles, mais si vous voulez que l’on vous évalue dans le sens de ce que vous fournissez comme effort, il faut travailler à remplir les critères de ces institutions. Ceci mis dans l’autre, c’est l’aboutissement des efforts fournis par l’ensemble des acteurs.

A y voir de près, l’Uac est la deuxième université francophone dans ce classement. Etes-vous satisfait de cette reconnaissance ?
Sans fausse modestie, lorsque vous retrouvez votre institution sur une certaine échelle, c’est un sentiment de fierté. C’est la conviction que vos efforts ne sont pas vains. Mais en même temps, il ne faut pas avoir la grosse tête. C’est que cette institution internationale reconnait nos efforts, mais c’est en même temps un point de départ, c’est-à-dire, comment faire pour que ce regard que l’on jette sur vous continue de vous valoriser davantage. Donc, le moment de réjouissance est passé. C’est l’obligation de continuer le travail sur les différents ressorts pour que le niveau de qualité soit maintenu et poussé plus en avant.

Quels sont les critères de performances ayant conduit à la sélection de ces universités ?
çLes critères sur lesquels ces institutions se fondent ne sont pas que les publications. Je donne un exemple. Quelqu’un recherche des informations sur des universités africaines. Quelles sont les facilités dont ces institutions disposent pour un accès rapide aux informations ? Elles doivent savoir ce qu’elles font, si leurs plateformes sont dynamiques. Ce sont quelques-uns des critères. Il faut que l’université soit accessible, lorsque quelqu’un a envie d’envoyer son enfant étudier en Afrique. Est-ce que les requêtes sont traitées avec diligence ? Est-ce que la qualité des résultats est authentique ? Tout cela fait des critères d’évaluation des universités. C’est pourquoi nous avons dit que cette évaluation demande la contribution de tous les acteurs, l’agent de l’administration, l’étudiant, l’enseignant, le technicien de laboratoire. Si chacun de nous fait correctement ce qui est attendu de lui, cela peut rendre davantage visibles les actions de l’université. Et on peut noter les résultats à travers ce type de classement.

Quelles sont les implications liées à ce classement ?
Lorsque vous soumettez des projets pour obtenir un financement auprès d’une institution internationale, ces critères peuvent constituer un bonus pour vous. Si nous sommes 2 universités et que nos projets sont de qualité comparable, ces classements peuvent apparaître comme une sorte de bonus. En dehors de cela, quelqu’un qui veut investir dans une université et qui a besoin d’un partenariat, va chercher dans le classement. "Que représente cette université ? Comment la reconnaît-on ? Qu’est ce qui la caractérise ? Quelles sont ses offres de formations ?" Ce sont autant de questions qui peuvent pousser d’autres universités à s’intéresser à la vôtre. Ce n’est pas rien. Mais en même temps, il faut éviter de se prendre comme le centre du monde, éviter de commettre l’erreur qui consiste à dire qu’on est les meilleurs. Tel que vous êtes monté, vous descendrez de la même façon. Nous ne sommes pas dans cette dynamique, nous allons continuer à travailler. Comme je l’ai dit, c’est la reconnaissance des efforts fournis à un moment M. Il faut que nous continuions de renforcer notre travail sur les différents critères.

Qu’est ce qui peut expliquer le fait que la plupart des universités anglophones occupent les premières loges sur l’ensemble du continent ?
Lorsqu’on regarde le classement, l’une des premières observations, c’est que les universités anglophones dominent, sinon écrasent pratiquement celles francophones. Les raisons sont diverses. On peut dire globalement qu’il y a une culture universitaire différente de celle que l’on observe dans bon nombre de pays francophones où il y a un peu de plus de centralisation en termes de contrôle de l’institution universitaire, les relations entre les universités et la tutelle, la possibilité pour les universités dans la plupart de ces pays d’avoir déjà un mécanisme de compétition à l’interne. Il y a déjà des organes de concertation entre universités. Tout cela améliore la gouvernance des universités dans ces pays. Une université sérieuse ne peut pas ne pas avoir un plan de développement stratégique. C’est pratiquement l’outil qui permet à tout observateur de dire que l’institution universitaire a une vision et des projections. Cela permet donc de baliser le terrain. Ces universités anglophones ont généralement ces outils. Et lorsque la politique portée par les universités est validée au niveau national, les gouvernements ont les coudées franches pour mettre en œuvre les politiques de développement que les universités ont proposées. Les gens ont également les moyens de leur politique. Quand vous prenez la gestion des flux, l’Université d’Abomey-Calavi est un cas particulier. Quand vous allez dans une grande université comme Ibadan, il n’y a pas autant d’effectif. Pourtant, quand vous voyez le campus d’Ibadan, c’est impressionnant. Et c’est le même constat dans d’autres universités nigérianes. Quand on va au Ghana, on est vraiment émerveillé. Chez nous, il y a des progrès qui ont été réalisés, mais il y a beaucoup de chemin à faire. On est capable d’atteindre ces niveaux de performance. Mais il faudrait que l’accompagnement s’améliore. Il faudrait que les efforts à l’interne soient davantage orientés vers la promotion ou l’émergence de l’institution universitaire. Donc, nous sommes tous interpellés. Nous, acteurs à l’interne, devons faire en sorte de porter notre institution à un niveau de performance. A partir de là, nous avons besoin de l’amélioration de l’accompagnement de nos autorités, et même du pays tout en entier. Des efforts, mais il est encore important dans ce sens que l’institution universitaire soit au cœur des grandes préoccupations de notre Etat.
Il y a un autre aspect qu’on n’aime pas beaucoup évoquer dans nos pays francophones, c’est la question de la langue. Que cela nous plaise ou pas, le monde aujourd’hui tourne d’abord en anglais. J’ai évoqué tout à l’heure la capacité de nos équipes de recherche à produire des résultats de recherche en Anglais. Tout cela participe des outils grâce auxquels l’institution est visible. Tels sont quelques critères qu’on peut évoquer actuellement. Mais il y a des critères qui sont à la discrétion des évaluateurs. Cela signifie que nous ne devons plus courber l’échine en si bon chemin. Il faut que l’université soit ancrée dans le développement de la nation. Il y a quelques initiatives qui nous aident beaucoup. Il y a le volontariat, la fondation de l’Uac à travers tout ce que les jeunes entreprennent comme création d’entreprises. Tout cela est connu au plan international. Nous sommes à des financements par ci et par là. Tout cela aide à rendre l’institution d’avantage visible. Parce que personne ne confie ses ressources à une institution qui ne marche pas, ou sur laquelle planent des doutes.

Vous avez donné l’exemple de l’Université d’Ibadan où il n’y a pas autant d’étudiants qu’à l’Uac. Ne pensez-vous pas qu’il manque une politique d’orientation de la jeunesse vers l’auto-emploi ?
Le monde change et évolue. La situation d’aujourd’hui n’est pas celle des gens de ma génération. Quand on étudiait, le contexte était différent. On ne posait pratiquement pas la question de l’emploi. Parce que l’emploi nous était garanti. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ce qu’on attend de l’étudiant, ce n’est pas toujours facile qu’il se prépare à l’auto-emploi. Il faut qu’il se prenne en charge, lorsqu’il aura fini de se former. Même pendant sa formation, il faut qu’il soit dans la dynamique de création de sa propre entreprise. Il faut qu’il s’enlève de son esprit que, lorsqu’il aura fini, il y ait de fortes chances qu’une structure de l’État ou privée le recrute. Ces emplois existent toujours. Mais le nombre d’opportunités est loin et très loin de couvrir les besoins réels. Les statistiques disent qu’on en sort une vingtaine de milliers par an. Mais quand on voit le tissu économique du Bénin, quand on voit les difficultés d’insertion professionnelle, ce n’est pas sûr que ces 20.000 étudiants soient recrutés. Que deviennent-ils alors ? Il faut donc que nous changions de paramètre. Dans le processus de formation, il faut que l’on intègre la préparation à l’insertion professionnelle. On y travaille depuis quelques années, on est en interaction avec les acteurs du monde professionnel. Ceux-ci interviennent directement dans les formations. Il y en a même qui sont impliqués à l’étape de l’offre de formation. C’est un progrès qu’il faut renforcer, parce qu’on ne peut pas vivre en vase-clos. Le travail que nous faisons doit s’adapter aux besoins du développement. Puisque les besoins de développement vont au-delà des besoins du marché. Lorsqu’on voit les choses de cette manière, ça nous permet de sortir des sentiers battus. Si nous voulons avoir une population épanouie, il faut créer les conditions. Premièrement, il faut que les gens soient en bonne santé. Ensuite, ils doivent se nourrir, s’alimenter de façon équilibrée. Ils doivent être en mesure de se donner le nombre souhaitable de repas par jour. Il faut des gens qui peuvent se recréer, s’amuser. Il y a un tourisme interne qu’il faut favoriser. Tout cela constitue des opportunités pour créer des emplois. Voilà autant de choses pour lesquelles nous devons continuer de travailler pour former des apprenants dans de meilleures conditions, des apprenants mieux outillés pour faire face aux défis d’aujourd’hui. Chaque fois qu’on les rend autonomes, ce sont autant de fenêtres ouvertes sur l’institution universitaire. Quand un de vos étudiants gagne un prix à l’international ou au plan national, on s’en réjouit. C’est autant d’occasions pour attirer l’attention du monde sur votre institution.

Au nombre des critères d’évaluation, il y a sans doute la mise en œuvre du système LMD à l’Uac. A ce jour, à quel pourcentage peut-on évaluer ce système ?
Depuis bien des années, nous sommes en Lmd. Mais il faut dire que les difficultés liées à la massification ne favorisent pas la mise en œuvre réelle du système Lmd. Ce sont de groupes humainement gérables. Et avec nos amphis bondés, c’est difficile. Ce sont ces situations qui n’ont pas permis à l’Uac d’être plus proche du podium. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue l’obligation de régler ce problème. On ne peut pas continuer à former les étudiants dans ces conditions. Donc, tout ce qui peut être fait pour davantage de ressource humaine, d’infrastructures est essentiel. Les infrastructures ne sont pas que physiques. Elles sont aussi pédagogiques. Il faut des enseignants mieux formés pour utiliser les outils d’aujourd’hui pour interagir avec les étudiants. De ce point de vue, mais il y a une décision forte du gouvernement récemment par rapport au E-learning. C’est arrivé dans le contexte de la lutte contre la Covid-19. A quelque chose, malheur est bon. Ça fait longtemps qu’on attendait cette opportunité. C’est déjà important que ça prenne le départ. C’est vrai que, pour tout expérience qui est encore à ses débuts, il y a encore du chemin à faire. Il faut déjà capitaliser ce qui a été fait, voir ce qu’on peut travailler pour l’améliorer. Nous sommes dans cette dynamique en relation avec notre ministre de tutelle et la ministre de l’économie numérique qui nous accompagnent sur ce chemin. Nous travaillons à poursuivre les efforts, à renforcer l’existant, ce qui est important.

Nous avons constaté que les résultats des travaux de recherches ne sont pas suffisamment exploités par les structures de développement local ou national. Du coup, on n’a l’impression que ces documents sont rangés au placard. Que fait l’Uac dans ce sens ?
Vous soulignez un problème important. Il y a effectivement beaucoup de résultats de recherche. Mais le gros défi à relever, c’est d’abord la diffusion de ces résultats. Il ne s’agit pas de diffuser pour diffuser. Il s’agit de diffuser pour ensuite valoriser. Et quand on parle de valorisation des résultats de recherche, on sort du cadre de l’université. Cela appelle à une politique au plan national, sous régional et international. Lorsque des gens proposent une solution de développement, il faut un mécanisme mis en place pour les porter à un niveau de valorisation. Je sais qu’au niveau de nos ministères, il y a un travail qui se fait. Nous avons abordé cette question la semaine dernière. Nos attentes sont fortes. Nous caressons le vœu que cela dynamise un peu ce secteur. Cela permet de sauter ce goulot d’étranglement pour la visibilité au niveau de l’institution universitaire. Ça conduit parfois à de la frustration. Les gens fournissent des efforts et l’absence d’intérêt de la société à ce qui est produit, conduit parfois à la frustration. Mais les gens ne baissent pas pour autant les bras. Si ce qui est produit est porté au niveau national, c’est vraiment des opportunités extraordinaires pour le pays. Dans cette période de lutte contre la Covid-19, on a vu des gens qui ont pris des initiatives. Ça a permis de découvrir ce qui se fait dans un certain nombre de laboratoires. Les polémiques autour des remèdes proposés sont des questions essentiellement économiques. Si quelqu’un arrive à imposer les résultats de ses recherches, c’est un détonateur extraordinaire au plan économique. Donc, Il faut que nous travaillions davantage, que nous n’ayons pas peur d’investir aujourd’hui. Si les retombées arrivent plus tôt, on applaudira. Il faut croire en la qualité du travail des gens et les accompagner. Et c’est le pays qui en sortira gagnant.

Au nombre des critères d’évaluation, il y a que l’Anglais occupe une place importante. Et l’Uac a exigé l’Anglais aux étudiants en année de Master. Pourquoi ne pas élargir cette mesure dans les cycles ?
Disons que de façon classique, dans presque toutes nos formations, il y a des cours d’anglais. Même avant l’instauration de ce critère de compétence, la plupart des étudiants dans nos entités suivent les cours d’anglais. Maintenant, ce qu’il faut améliorer, c’est le caractère fonctionnel de cet enseignement. C’est-à-dire comment il aide les étudiants à pouvoir s’exprimer dans la langue, à pouvoir exploiter la documentation. Parce que là, c’est important. Il faut que les gens le sachent. L’essentiel de la documentation au plan scientifique se trouve en anglais. Même les publications sont écrites dans une autre langue, lorsque la qualité du travail est reconnue. Il y a des revues dans lesquelles vous ne pouvez pas publier, si ce n’est pas en anglais. Quelle que soit la qualité de ce que vous proposez, on peut évaluer l’article dans la langue dans laquelle elle est écrite. On l’évalue mais on exige de vous que ce soit en anglais, puisque vous parlez de la langue anglaise.
Comme on parle de développement, on doit aussi aborder question de la promotion des langues nationales. C’est important quand on parle de développement. Aujourd’hui par exemple, il pleut à Cotonou avec tous les inconvénients. Est-ce qu’il pleut actuellement dans nos contrées rurales, parce que c’est dans ces zones que la production se fait. S’il pleut seulement à Cotonou et qu’il ne pleut pas à Djidja, Boukoumbé, Banikoara, Dogbo, Sakété, nous aurons tiré le diable par la queue. Nous aurons chaud. Parce que c’est de là que vient tout ce qu’il y a comme production pour notre alimentation. Donc, c’est important. Et nos populations ont le savoir-faire auxquels elles règlent des questions de santé, d’autres domaines. On s’en est rendu compte dans toute la polémique autour des traitements sur le coronavirus. Si quelqu’un dit qu’il une solution contre la Covid-19, il faut d’abord, en tant que chercheur, ailler voir un peu de quoi cela retourne. Il faut aller rassurer ces populations sur l’adéquation de ce qui est proposé par rapport au traitement qui est attendu. Donc, voilà un peu les défis que nous avons à relever et le meilleur canal pour que ces populations puissent partager avec nous ce qu’ils font, ce sont leurs langues maternelles. Il faut accorder plus d’attention à ce sous-secteur. Aucun pays au monde ne relève les défis de son existence en se confinant dans la langue des autres. C’est important de le connaître, c’est une ouverture vers les autres et notre monde a besoin d’être ouvert. Nous avons besoin de nous ouvrir aux autres, c’est un facteur d’investissement. Mais pour s’ouvrir aux autres de façon efficiente, il faut être soi-même, il faut se valoriser, il faut être fier de ce qu’on est. Il faut assumer ce qu’on est pour aller de l’avant.

Revenons à la mesure liée à la plateforme E-learning. Elle est arrivée à une période de lutte contre la Covid-19. Vous avez déjà passé près de trois semaines d’expérimentation. Quelles sont les difficultés premières liées à l’usage de cette plateforme ?
Je vais vous décevoir sur ce point. Je vous ai dit que c’est un processus qui est en construction. Il y a eu quelque chose d’extraordinaire qui a été fait. C’était déjà un miracle de faire démarrer les choses le 11 mai. Vous n’avez pas idée de tout ce qu’il y a eu comme travail. C’est le lieu de remercier tous les acteurs, notamment nos spécialistes qui ont fait un travail extraordinaire depuis la présidence. C’est aussi le lieu de féliciter tous les acteurs de nos universités, les points focaux, les commissions techniques qu’on a mis en place, tous les membres qui ont réfléchi à des solutions, qui ont réfléchi à un certain nombre de stratégies pour réussir l’expérience.

Pensez-vous que cette mesure va permettre de régler le problème de massification à l’Uac ?
On ne peut obliger d’entasser les gens dans une salle de cours. Maintenant, quand ce défi est relevé, il faut que les gens puissent se connecter et à des couts réduits. Je disais que ces discussions ont eu lieu au niveau élevé et des solutions sont proposées. Nous attendons que ces solutions soient mises en œuvre et que le système soit davantage renforcé et soit à la hauteur du défi qu’on doit relever.

Ne pensez-vous pas que cette mesure de E-learning est venue tardivement, vu la question de massification qui se posait depuis plusieurs années ?
On le faisait déjà. On avait parmi nos formations, certaines formations à distance. Quand je prends le cas de l’Université d’Abomey-Calavi, nous y étions déjà. Quand nous prenons certains de nos établissements comme l’Institut de formation et de recherche scientifique en informatique, on fait des formations en ligne. Sauf qu’on n’a pas encore l’expérience des grandes facultés. Il s’agit de la faculté de Droit et de Science Politique, la faculté des Lettres modernes et communication, la faculté des sciences techniques, la faculté des Sciences économiques et de gestion. Quand on parle de modifications dans ces facultés, cela prend tout son sens. Donc tant que l’expérience permet à ces grosses facultés de pouvoir passer par le e-learning, je crois que c’est un changement de paramètres qu’on a attendu depuis longtemps. Des efforts se faisaient, mais ils ne se faisaient pas à l’échelle qu’on a connue à partir de maintenant. Evidemment, les défis changent de nature. J’ai évoqué la question de la disponibilité, de la qualité de la connexion…des efforts ont été fournis, maintenant il faut s’assurer que le maximum de gens peuvent se connecter à la toile et qu’ils ont les moyens d’interagir sans que cela ne pèse sur leur budget. Les étudiants sont assez limités. C’est vers les parents qu’ils doivent se retourner. Or, ces derniers n’ont pas les moyens d’accompagner leurs enfants de façon durable, malgré les efforts qu’ils fournissent.

Voulez-vous donc dire que la Covid-19 est plutôt une opportunité ?
La Covid-19 a été une opportunité pour l’université béninoise, le système éducatif de notre pays. Je crois qu’il y a un ‘’avant-covid-19’’ et il y aura un ‘’après-covid-19’’. On souhaite que ce virus nous libère le plancher, le plus tôt possible. Même quand il sera parti, plus rien ne sera comme avant. On ne pourra plus retourner à certaines pratiques, à moins que nous choisissions ne pas aller de l’avant, ne pas progresser. Et je sais que ce n’est pas la position de nous autres universitaires. Et je suis convaincu que ce n’est pas la position de nos autorités à voir les efforts importants qui sont fournis. Je remercie le Chef de l’Etat, le gouvernement, les ministres et surtout les deux qu’on a vus sur le front avec nous. Notre ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et à ses côtés, celle de l’économie numérique. Ces grandes dames fournissent beaucoup d’efforts, il faut les encourager et espérer que le soutien du gouvernement demeure durable. Parce que si c’est le cas, nos universités vont se rehausser davantage et c’est important pour le développement.

Un mot pour conclure cet entretien.
Vous nous donnez l’occasion de nous exprimer sur la question. C’est un mal pour un bien. Nous devons faire en sorte que ce qui est acquis à partir de cette situation douloureuse, cette situation dramatique, il y a quand même eu des décès, c’est toujours dur à vivre, ce sont des familles qui sont en deuil, c’est un pays qui a perdu des bras valides, nous permette d’aller de l’avant, de travailler à la création d’un pays ou les citoyens et citoyennes sont plus épanouis.
Propos recueillis par Patrice SOKEGBE





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