Ernest Gbaguidi, Président de « Bénin Santé et Survie du Consommateur » : « Il était nécessaire que le gouvernement siffle la fin de la récréation »

La rédaction 29 mars 2022

La mesure prise par le Gouvernement ces derniers temps et relative à la fixation des prix de certains produits sur le marché est très salutaire. Elle l’est d’autant plus que depuis quelques mois, les populations ont été sujettes sur le marché de consommation à une inflation anarchique, sauvage à la limite, puisque cherchant à en comprendre les raisons, nous avons découvert que l’augmentation des frais douaniers et la création de nouvelles taxes n’y sont véritablement pas pour grand-chose, contrairement à ce qui est ventilé partout. Les opérateurs économiques ont simplement voulu anticiper sur d’éventuelles augmentations des prix à l’international à cause de la guerre en Ukraine. Il était nécessaire que le gouvernement siffle la fin de la récréation. Nous saluons encore cette mesure en espérant que d’autres produits soient impactés par cette mesure. Je veux parler du lait, du sucre, et pourquoi pas les pâtes alimentaires. Déjà ce qui est fait est à saluer. Mais la vigilance s’impose en ce sens que nous pourrions assister à d’autres phénomènes qui pourraient compliquer la vie aux citoyens consommateurs. Les commerçants peuvent créer des pénuries artificielles en ne sortant pas les produits du magasin. La conséquence est l’inflation qui sera constatée à nouveau, l’offre étant très inférieure à la demande. L’inflation risque d’être entretenue du fait de ces commerçants qui vont bloquer les produits et attendre le délai prévu que s’achève la mesure prise par le Gouvernement. Le 2ème niveau de risque est que les produits subventionnés seront très abordables de prix sur notre marché par rapport aux produits voisins. Cela va entrainer une sortie massive de ces produits vers les pays voisins. Alors les consommateurs béninois n’auront pas à bénéficier de cette mesure et ce sont encore ces mêmes opérateurs qui pourraient en bénéficier dans ce cas. Il va falloir alors que le gouvernement amène ces acteurs à vendre les produits aux prix fixés rigoureusement. Si quelqu’un ne le fait pas, il faut mettre son magasin sous scellé ; les lois de la République doivent être respectées. Il faut instruire les élus locaux, la Police républicaine, la douane, les contrôleurs de prix pour qu’à nos différentes frontières, la mesure soit suivie, renforcée et qu’ils contrôlent ce qui se fait régulièrement et empêchent la sortie des produits par les villes frontalières. Par rapport à l’application, les élus locaux doivent faire appliquer les prix dans leurs différentes communautés parce que ce sont leurs administrés qui en souffrent. Le prix du ciment a varié d’une région à une autre. C’est difficilement supportable surtout pour ceux qui habitent loin de Cotonou. A l’analyse, nous pensons que c’est probablement la situation relative au gasoil. Les producteurs n’ont pas voulu supporter le coût du transport. Cela pourrait éventuellement justifier ce décalage de prix puisque c’est un tarif de pré-équation qui était appliqué ; ce qui permettait à tous les citoyens d’en bénéficier comme il se doit. C’est vrai que c’est un peu dérangeant mais nous continuons les discussions avec le gouvernement pour que le choc soit davantage amoindri.
Pendant longtemps, nous avons souhaité qu’on aille à la production, à la transformation et à la consommation locales. Nous avons été rattrapés par une crise qui nous perturbe sérieusement. Si nous avions anticipé et amorcé la production locale, il y a sur certains plans que nous serions indépendants. Nous ne serions pas obligatoirement dépendants du marché international. C’est le moment plus que jamais pour que nos dirigeants prennent des mesures allant dans le sens de la production à grande échelle, accroître la production par rapport à nos habitudes alimentaires, faire installer des unités de transformation, les usines comme cela a été annoncé dans le PAG afin que les surplus soient transformés pour nous permettre de les utiliser dans les saisons difficiles. Il faut prendre aussi l’initiative des contre-saisons. Il a été démontré qu’une économie stable ne peut que prendre appui que sur la production, la transformation et la consommation locales. Il est souhaitable que nous y allions très rapidement.





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