Exploitation des carrières de sable : La vie à Cocotomey-Zounga entre les camions et les eaux

Fulbert ADJIMEHOSSOU 5 août 2020

Les carrières de sables lagunaires constituent une alternative après l’interdiction le 22 octobre 2008 du prélèvement du sable marin. Cependant, les populations disent subir des revers, du fait que les compensations ne soient pas toujours suffisantes sur le terrain. Le constat à Cocotomey-Zounga, dans la commune d’Abomey-Calavi.

27 juin 2020. En plein cœur de la grande saison des pluies, Cocotomey-Zounga dans la commune d’Abomey-Calavi vit son lot de calvaire. Plus on descend vers les zones de carrières, plus l’accès devient difficile à deux roues et mieux l’on découvre des rues et des maisons envahies par les eaux. La zone est marécageuse sur un côté, mais les habitants qui y résident disent n’être pas installés dans l’eau. Michel Houessinon habite dans ce quartier depuis 25 ans. Les pieds dans les bottes, il soupçonne des impacts directs de l’ouverture d’une carrière à quelques pas de sa maison. « Nous avons constaté ces dégâts dès les premiers moments de leur installation. Ils ont fermé l’exutoire de l’eau. Nous étions obligés de former une délégation pour envahir le site de dragage. Suite à nos tintamarres, ils ont décidé de prendre un tracteur pour dégager la voie. Nous avons souhaité qu’ils fassent un caniveau pour l’écoulement des eaux. Mais ils ont préféré mettre une buse. Nous étions satisfaits et nous les avons laissés. S’ils dégagent, on aura un soulagement », martèle-t-il.

Des frondes successives
Une matinée entière à écouter les populations, et les récriminations sont presque les mêmes. Les uns se plaignent des bruits sans cesse des va et vient des camions, les autres de la dégradation des voies, et d’autres encore des fissures dans leurs murs. Edith Agbangla, épouse Dossou-Yovo crie le ras le bol. Le 17 septembre 2019, elle a animé une conférence de presse aux côtés d’autres membres du collectif des populations riveraines pour dénoncer ce qu’elle appelle la psychose des camions. « Nous ne sommes pas contre le dragage de sables puisque c’est l’Etat qui en donne l’autorisation. Mais nous avons l’impression que les impacts n’ont pas été bien cernés avant cette autorisation. Nos murs sont lézardés à cause du bruit des camions. Les poids lourds, quand ça passe quelque part, c’est des dégâts. Ce n’est pas un seul qui passe par jour, mais des dizaines », fulmine-t-elle.
Ces situations ont conduit à maintes reprises aux blocages des voies entrant dans cette agglomération. « La voie n’est pas aussi large pour accueillir tout ce nombre. Elle se dégrade de jour en jour. En 2019, on a commencé par manifester, mais on nous a dit de patienter. Malheureusement, on remarque qu’au moment de réparer, c’est pour jeter quelques miettes de sables dans plusieurs trous. Toutes les fois qu’on se révolte pour dire que ça ne peut pas se passer ainsi, on nous envoie la police pour nous intimider. Il faut que l’Etat prenne ses responsabilités et autorise les chefs de quartier à mieux faire ce suivi en ce qui concerne la gestion des sous laissés pour les réparations. Il faut qu’il y ait un contrôle de cette gestion », déclare Edith Agbangla épouse Dossou-Yovo.

« Nous écrivons le point mais sans prendre les sous »
Nous décidons de rencontrer le Chef quartier de Cocotomey-Zounga, Ghislaine Houngnibo, pour comprendre la situation. Mais il a fallu traverser des rues inondées pour y arriver. « Avant, on ne trouvait pas beaucoup d’eau ici. Mais maintenant ça devient trop. Il y en a qui disent que c’est à cause des travaux de dragage de sables dans le quartier. Mais c’est Dieu seul qui peut savoir si c’est le cas. Derrière nous, il y a un grand basfond qui donne souvent de l’eau, maintenant les eaux ont monté », explique l’élue locale.
Pourtant, quoi qu’on dise, les opérations de dragage de sables ont des impacts environnementaux et sociaux. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est exigé des promoteurs, avant même que les projets ne prennent corps, une évaluation des impacts suivie d’un Plan de Gestion Environnementale et Sociale. C’est une exigence de la loi n° 98-030 du 12 février ’1999 portant loi-cadre sur l’Environnement en République du Bénin ou plus précisément du décret 2017- 332 du 06 juillet 2017 portant organisation des procédures de l’évaluation environnementale en République du Bénin.
Sur le terrain, le besoin de suivi se fait ressentir. Tout comme les populations, le Chef quartier se plaint à ce sujet. « Faites un tour dans notre école publique, les enfants sont dans l’eau. Il n’y a pratiquement pas de classes. Normalement, ce sont les entreprises de dragage de sables qui doivent le faire. Je veux qu’à la rentrée prochaine l’école soit rénovée », fulmine-t-elle.
Au fur et à mesure qu’elle se sent indexée au sujet de la gestion des sous, le ton monte. Le Chef quartier de Cocotomey-Zounga rejette les accusations et se défend. « Il y a 250 F par camion qui nous reviennent mais ce n’est pas nous qui les gardons. Au début, on gardait les sous et le comité local avait décidé qu’on réfectionne l’école. On a dit que ce n’est pas possible et que c’est un détournement d’objectif. L’école n’a ni pompe, ni toilette. Les enfants et la directrice sont chassés par des serpents. Je ne sais rien de la gestion des sous. Nous écrivons le point mais sans prendre les sous. C’est le nombre qu’ils disent qu’on écrit », déplore l’élue locale.
Le 27 juin 2018, le Gouvernement a pris des mesures urgentes conservatoires pour mettre fin aux « carrières ouvertes au mépris de la réglementation en vigueur et les conditions de leurs exploitations, entraînant des dégradations des voies publiques, la pollution atmosphérique et sonore et toutes autres nuisances aux populations ». Deux après, il est peut-être temps de faire le point de ce qui a changé. Et même pour les carrières légalement ouvertes, un peu plus d’attention et de suivi, feront du bien à l’Environnement.
En attendant, c’est progressivement la saison sèche sur la Bande Côtière au Sud du Bénin. Deux mois après notre passage, les eaux se sont retirées des maisons. Mais Zounga craint de vivre encore pareilles situations à la petite saison des pluies, dans environ un mois.





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