Généralisation de l’enseignement technique et la formation professionnelle au Bénin : Une lueur d’espoir doublée d’impatience

10 mars 2022

La loi modificative portant sur l’enseignement technique et la formation professionnelle en République du Bénin a été votée le 11 janvier dernier à l’Assemblée Nationale. Un acte qui vient insuffler une lueur d’espoir et d’impatience aux acteurs du système éducatif en l’occurrence les parents d’élèves et les apprenants.

L’enseignement technique et la formation professionnelle au Bénin seront généralisés en lieu et place de l’enseignement général. C’est la substance de la loi cadre No 2022-01 portant l’enseignement technique et la formation professionnelle votée par les députés de la 8ème législature. Selon le rapport présenté par la commission en charge des études de cette loi, « elle abroge certaines dispositions de la loi No 2003-17 du 11 novembre 2003 portant orientation de l’éducation nationale tout en introduisant plusieurs innovations à savoir : la mise en place d’une approche éducative inclusive et holistique, le pilotage de l’enseignement et la formation technique et professionnels en collaboration avec le secteur privé, la régulation des flux en inversant la tendance en faveur de l’enseignement et la formation technique et professionnelle, le mode de gouvernance pédagogique et administrative, l’arrimage de l’enseignement et la formation technique et professionnels ». Cette disposition législative a reçu l’avis favorable des acteurs du système éducatif. De l’apprenant au parent d’élèves en passant par l’enseignant et le formateur, cette loi est la bienvenue. Pour Honorine Agbadji, étudiante en formation de couture et du stylisme, c’est le retour d’un espoir. « C’est une bonne chose si les autorités ont pensé à une telle loi. Je pense que c’est un espoir redonné à ceux qui étudient aujourd’hui », signale-t-elle. Dr Aliou B., enseignant à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) abonde dans le même sens : « en réalité c’est une bonne chose cette loi et elle est la bienvenue. J’ai toujours œuvré pour cela. D’ailleurs, tous mes enfants font une école d’enseignement technique ». Bernard Akpovi, parent d’élève a aussi donné son approbation au vote de cette loi et s’en réjouit. « C’est une bonne chose car les pays développés ne se sont pas basés sur l’enseignement général. Ce sont plutôt les petits métiers qui développent un pays », a-t-il fait remarquer.

« Il y a trop de diplômés sans compétence professionnelle »
L’accueil favorable qu’ont fait les acteurs du système éducatif à la loi visant la généralisation de l’enseignement technique et professionnel au Bénin ne manque pas de motif. Si apprenants, enseignants et parents estiment que cette loi votée est porteuse d’avenir assuré, trop de diplômés sans savoir-faire professionnel issus de l’enseignement général prêtent main forte au phénomène de chômage des jeunes. Et c’est ce qu’avance Honorine Agbadji : « nombreux sont ceux qui, au terme de leurs études, obtiennent des diplômes de haut niveau et malheureusement n’ont pas l’emploi qu’il faut ». Charles Vianou n’a pas dit le contraire. A l’en croire, les études de la jeune génération auront un aboutissement plus radieux. « Si la loi est bien mise en pratique dans sa phase pilote, nos jeunes frères et nos enfants ne pourront plus avoir le même sort que nous où on parle gros français mais on n’a pas un acquis professionnel pour se frayer un chemin d’avenir dans les arts des métiers », a-t-il fait comprendre. Ayant abondé dans le même sens, Bernard Akpovi a soutenu que : « le soudeur et le menuisier, à travers leurs métiers, peuvent développer leur pays alors que celui qui a le doctorat, qui ne connaît aucun métier, qui a appris seulement le bavardage, ne pourra pas apporter quelque chose de spécial au développement de son pays ». Dr Aliou pense aussi qu’avec la phase pilote de la loi portant l’enseignement technique et la formation professionnelle, l’époque où on va à l’école pour avoir des diplômes sera révolue.

Des inquiétudes sont soulevées
Si bien de raisons justificatives amènent les acteurs à donner avis favorable à la loi portant l’enseignement technique et la formation professionnelle, nombre d’inquiétudes sont soulevées. L’accompagnement notamment celui financier des autorités, les matériels didactiques, la logistique convenable, le personnel qualifié à envoyer sur le terrain, les programmes des situations d’apprentissage, le coût de la scolarité en vue de favoriser l’accès de l’école à tous les enfants sont entre autres tant de préoccupations qui suscitent d’inquiétudes et sur lesquelles les décideurs sont attendus avec impatience. Dr Aliou est préoccupé par la question de la scolarité. « Aujourd’hui, dans les établissements d’enseignement technique, la scolarité, c’est au moins 120.000f CFA. Et je me demande, avec la morosité économique actuelle, combien de parents seront capables de payer la contribution pour leurs enfants », s’inquiète-t-il. Jean Tchehoungbo, enseignant des mathématiques et formateur dans un centre de formation en informatique s’interroge aussi sur certaines préoccupations liées à la phase pilote. « Que deviendront les enseignants de philosophie, d’histoire-géographie et autres ? La technique et la formation professionnelle requièrent des machines et des appareils qui doivent être mis à la disposition des apprenants dans le cadre d’apprentissage, comment les autorités comptent-elles s’y prendre quand on sait qu’avec l’enseignement général, on assiste déjà au manque de salles de classe et de tables-bancs ? Quel enseignant issu de quelle formation avec quel programme d’apprentissage à disposer ? », se demande-t-il.

Le taux de chômage peut être réduit
Des inquiétudes soulevées par les uns et les autres n’empêchent pas de s’assurer que la phase pilote de la généralisation de l’enseignement technique et la formation professionnelle peut réduire le taux de chômage et booster le développement du pays. Jean Tchehoungbo, tout comme Honorine Agbadji, rassure que : « si la mise en pratique prend en compte les exigences de l’enseignement technique et la formation professionnelle, le problème de chômage peut être réglé même si ce n’est pas de façon définitive. Pour Bernard Akpovi, la phase pilote va, à coup sûr, contribuer au développement de la nation. Nancy Okoue, apprenante, s’inscrit dans la même logique. « Si tu finis tes études et l’Etat ne t’engage pas, tu peux t’installer à ton propre compte et tu ne sentiras plus tellement l’effet du chômage », a-t-elle fait savoir. Si la phase pilote de la loi généralisant l’enseignement technique et la formation professionnelle peut réduire le taux de chômage au Bénin, il est souhaitable que les autorités anticipent les phases préparatoires. Ce qui peut permettre à la phase pilote, jusqu’à l’étape exhaustive, de ne souffrir d’aucun manquement. Alors que Dr Aliou souhaite que : « les conditions d’inscription puissent être à la portée des parents », un parent d’élève, ayant requis l’anonymat, va plus loin en suggérant que l’Etat mette suffisamment de moyens et d’équipements pour une mise en œuvre réussie du projet. Honorine, quant à elle, propose l’introduction des langues maternelles dans le programme d’apprentissage en vue de faciliter la tâche aux apprenants
Fidégnon HOUEDOHOUN (Stag)





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