Gisèle Hounyo à propos du partage d’héritage dans certaines familles au Bénin : « La femme est toujours au second rang »

8 mars 2022

La part d’héritage familial de la femme dans nombre de collectivités fait toujours polémique. Un entretien avec une matriarche septuagénaire Gisèle Hounyo, commerçante, a permis d’avoir plus de détails sur la réalité dans sa collectivité.

Fraternité : L’héritage familial peut être considéré comme les biens qu’ont réservés les parents à leurs enfants. Dites-nous comment il est partagé chez vous entre enfants hommes et ceux femmes des mêmes parents.
Gisèle Hounyo : Quand les parents possèdent assez de biens comme des parcelles, des maisons et autres, s’ils sont instruits, ils s’arrangent et chaque enfant, qu’il soit homme ou femme, connaît ce qui lui revient avant qu’un incident comme la mort ne les emporte. Mais s’ils ne sont pas autant instruits et s’ils n’ont pris aucune disposition préalable avant que la mort survienne, tout peut se faire, s’agissant du partage d’héritage, suivant les règles traditionnelles. Et là, le partage des parcelles et maisons doit se faire seulement entre les enfants hommes surtout quand c’est le père qui est décédé. Dans le cas où il n’y a que des femmes comme héritières, les frères du défunt réclament les biens tels que des parcelles et des maisons. Dans le même cas, la veuve doit accepter de se remarier à un des frères de son mari défunt avant d’espérer profiter des biens qu’elle a peut-être réalisés avec son mari avant sa mort dans le souci de pouvoir continuer de prendre soin seule des enfants. Même quand il y a des enfants garçons mais qui sont encore petits, les oncles prétendent gérer l’héritage jusqu’à leur âge majeur. Mais souvent, ils sont de mauvaise foi et vendent tout avant l’âge majeur des enfants.

S’il n’y a pas que des hommes comme enfants, qu’héritent les femmes concrètement ?
Si c’est la mère qui est décédée et avant sa mort, elle a des parcelles, des maisons et autres et il n’y a que des héritières, elles héritent des biens de leur mère. Même s’il y a des hommes parmi elles, le partage peut se faire de façon équitable. Quand c’est le père qui est décédé, les pagnes, les bijoux, les ustensiles de cuisine, les meubles, des boutiques ou éventuellement des marchandises y compris une somme d’argent, tout cela revient aux femmes.

Qu’adviendra-t-il si les femmes réclament leur part de parcelles et de maisons ?
Cela peut devenir un conflit entre les enfants et les femmes peuvent être victimes des attaques spirituelles. Elles peuvent risquer leur vie si elles insistent. Les hommes ont le soutien des anciens de la famille.

Pourquoi le partage d’héritage entre femmes et hommes ne peut-il pas se faire de façon équitable ?
On estime que les femmes finiront par grandir, iront se marier et prendront désormais place dans une autre famille et c’est là-bas qu’elles pourront défendre, s’il y a lieu, la part d’héritage au nom de leurs enfants.

Cette façon de gérer le partage d’héritage entre hommes et femmes doit forcément avoir des impacts négatifs, n’est-ce pas ?
C’est évident. Cela se remarque dans des familles où les frères du mari défunt s’emparent des biens et la femme se retrouve seule dans la misère avec ses enfants et ainsi, l’avenir des enfants est mis en hypothèques. Ou encore, soit ce sont les femmes qui sont abandonnées à leur propre sort, soit ce sont les aînés qui dilapident les biens laissés par les parents et les plus jeunes n’ont plus de soutient pour pouvoir évoluer. Quand il arrive où la femme, d’un certain niveau, ose opposer sa résistance à la situation, elle est méprisée et elle peut subir toutes sortes d’attaques. Elle est accusée d’être responsable de la mort de son mari. Un subterfuge fort pour la déposséder des biens de son mari et pour la répudier.

Quelles dispositions pensez-vous qu’on peut prendre pour inverser la tendance ?
Quand il s’agit du partage d’héritage, la femme est toujours au second rang. Si cela ne doit pas perdurer, les parents doivent prendre à temps certaines mesures. Ils peuvent par exemple rédiger leur testament. Quand les enfants sont nombreux ou dans le cas d’une famille polygamique, de temps en temps les parents peuvent réunir les enfants tous genres confondus et leur donner des instructions. Dire par exemple : « On ne sait jamais, quand je ne serai plus là, sachez que tel bien revient à tel(le) et tel autre à tel(le) ». Cela situe les uns et les autres sur leurs attentes en ce qui concerne l’héritage des parents. Concernant les veuves, il faut toujours essayer, même si on sait que c’est ce qui revient de droit, de négocier, de dialoguer et de demander la clémence des membres de la famille notamment les anciens. Recourir à la justice peut être la dernière alternative. Cela permet d’éviter des ennuis à soi-même et à ses enfants.
Propos recueilli : Fidégnon HOUEDOHOUN(Stag)





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