Hausse du prix de l’essence frelatée : Dernier assaut contre le ‘‘Kpayo’’

Adrien TCHOMAKOU 17 février 2022

C’est une évidence. L’essence frelatée va complètement disparaître des villes à statut particulier du Bénin. Dans une douceur inédite, la répression du Kpayo avance à grands pas et beaucoup de contrebandiers se reconvertissent déjà dans un autre secteur d’activité. La stratégie de lutte contre l’essence frelatée est superbe et se résume en deux points. Premièrement, il est formellement interdit aux contrebandiers d’exposer leurs étalages sur les artères bitumées ou asphaltées ainsi que des boulevards et des avenues réalisés à coût de milliards de Francs Cfa. Une décision bien respectée à cause des sanctions qui pourraient advenir. En effet, le gouvernement du Bénin entend redonner aux espaces publics leurs lettres de noblesse. C’est pourquoi, les abords des voies, les terre-pleins centraux et autres espaces occupés par des vendeurs véreux sont libérés pour redonner aux villes leur beauté digne d’un cadre de vie sain. Deuxièmement, le pouvoir central par le biais de la douane et droits indirects contraint les vendeurs d’essence frelatée à fixer le prix de vente largement supérieur au prix d’achat à la pompe. Autrement dit, désormais, en République du Bénin, l’essence frelatée est plus chère que celle vendue dans les stations-service. Pour preuve, pour le compte du mois de Février 2022, le gouvernement a fixé le prix de l’essence à la pompe à 545 Francs Cfa/litre alors que le Kpayo est cédé à 550 F Cfa voire 600 Francs Cfa sur toute l’étendue du territoire national. Aussi, toutes les portes de transport frauduleux d’essence frelatée sont fermées et tous les services de lutte contre la contrebande sont en état de veille. Des contrôles systématiques et réguliers sont organisés, entre autres, à Cotonou et à Abomey-Calavi pour s’assurer de la fixation du prix de vente qui doit être supérieur à 545 francs Cfa.
En tout état de cause, selon le mot d’ordre de la douane, aucun contrebandier ne doit plus vendre son produit à un prix inférieur à celui fixé en Conseil des ministres. Une situation qui donne matière à réflexion aux contrebandiers qui ont désormais le regard tourné vers d’autres secteurs d’activités. La mévente s’installe alors et les conducteurs de motos et autos préfèrent se rendre dans les stations-service pour s’approvisionner. Ce qui permet à l’Etat d’engranger des ressources parce que les stations-service paient normalement des taxes et impôts. Le pouvoir central a donc trouvé le moyen le plus juste et le plus sûr pour éradiquer un fléau vieux de plus de 25 ans au Bénin.

Les bons d’essence se font rares
L’essence frelatée est le produit qui alimente le trafic illicite le plus répandu au Bénin. Des milliers de jeunes tentent d’extraire leur revenu de ce commerce illégal qui les tue à petit coup. Profitant des faibles coûts de l’essence subventionnée au Nigeria voisin, avec qui le Bénin partage près de 773 km de frontières, les Béninois ont développé des filières d’approvisionnement illégales mais tolérées par les autorités béninoises jusqu’à un passé récent. Mais depuis 2016, le gouvernement de la rupture a favorisé la construction des stations-service pour l’accès à l’approvisionnement en carburant. Et comme les bons d’essence se font de plus en plus rares au Bénin et qu’il n’y a plus de troc de ces « papiers spéciaux » contre une petite somme remise par un pompiste compréhensif, qui permettra aux détenteurs de bons d’acheter plus de carburant quelques mètres plus loin dans la rue, la donne a changé. Enfin, le kpayo fait désormais face à la meilleure stratégie pour une mort certaine. Tant mieux pour l’économie et la santé des moteurs et des usagers de la voie.





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