Honoré Gbèdan au sujet de l’entretien d’embauche : « C’est une erreur de se focaliser seulement sur l’habillement »

28 septembre 2022

Faut-il bien s’habiller ou rester sobre pour se présenter à un entretien d’embauche ? Les candidats, notamment les débutants, aux différents postes de l’emploi ont trouvé des réponses à cette interrogation qui traumatise leur esprit. Honoré Gbèdan, directeur d’une entreprise de prestations et de services dont le recrutement du personnel au Bénin, a répondu à cette question à travers des témoignages réels et pratiques pour renforcer la capacité des jeunes chercheurs d’emploi. À découvrir.

Quel est le type d’habillement pour un candidat qui veut réussir un entretien d’embauche ?
L’habillement du candidat dépend de son poste. Pour un cuisinier par exemple, son poste est résumé à l’hygiène, la propreté, la succulence des mets réparés, la présence d’esprit et son attitude. À cela, il faut ajouter son degré de concentration et la façon dont il ou elle répond aux différentes questions du recruteur. En temps normal, le cuisinier qui exerce son métier doit éviter certaines pratiques qui entachent son hygiène corporelle. Le cuisinier doit raser sa barbe et tailler ses ongles. Ils sont des nids de microbes, sources de nombreuses contaminations pouvant entrainer des intoxications ou maladies.
Si vous ne voulez pas raser votre barbe, il vaut mieux la couvrir en travaillant. Les montres et les bagues sont aussi des réservoirs de microbes que tout cuisinier doit éviter de porter dans l’exercice de son activité. Un candidat à ce poste qui porte tous ces objets lors d’un entretien est déjà problématique. Le constat est que la plupart des personnes ne respectent pas ces règles qui font partie du code vestimentaire en matière de cuisine.
De ce point de vue, la communication vestimentaire seule ne suffit pas dans un entretien d’embauche pour être recruté (e). Pour moi, c’est une erreur pour les candidats de se focaliser seulement sur l’habillement. Mais si l’on va parler du style vestimentaire, certains chercheurs d’emploi, par ignorance, ne s’habillent pas selon le poste convoité.

En votre qualité de recruteur, donnez les cas choquants que vous rencontrez à l’entretien ?
Nous rencontrons des hommes et des femmes qui versent parfois dans la séduction lors des entretiens d’embauche. Il y a des candidats qui ne savent pas qu’ils doivent s’habiller selon le poste désiré. Mais, les serveuses de bar restent conformes malgré les préjugés et les stigmatisations dont elles sont souvent victimes au sein du public. Les serveuses viennent se présenter à l’entretien en se mettant en contexte du travail. Celles que j’ai reçues dans notre cabinet se sont habillées comme si elles venaient au travail. Dès qu’elles finissent l’entretien d’embauche, elles changent de tenue pour renouer avec leur style vestimentaire ordinaire. Ce que je trouve très intéressant pour ces chercheuses d’emploi, dotées d’une capacité d’adaptation. C’est ainsi qu’il faut avoir le sens de discernement dans des contextes donnés.
Pour le poste de femme de ménage, nous avons eu un cas frappant. Il y avait une femme qui était venue passer un brillant entretien d’embauche au cabinet. Elle était tellement présentable que je lui avais conseillé d’enlever son joli bracelet et sa bague avant l’arrivée de sa future patronne. Parce qu’un bon habillement pour ce genre de poste pose des problèmes aux candidates. Pour les femmes de ménage, il vaut mieux s’habiller sobrement.
Parce qu’il y a des non-dits chez certaines personnes (femmes mariées) qui nous font appel pour le recrutement des filles ou femmes de ménage. Elles pensent, à tort ou à raison, que les femmes de ménage qui sont trop propres, peuvent séduire leur mari à la maison. Dans cette logique, nous sommes obligés de conseiller les candidates aux postes de travaux ménagers, de simplifier leur habillement avant de se présenter à leurs futures patronnes. La réalité du terrain est inévitable. En présence de nos clientes (futures patronnes), les candidates aux postes de travaux ménagers doivent rester sobres et modestes pour être acceptées ; et donc obtenir l’emploi. À ce niveau, ce n’est plus le cabinet qui décide. Il y en a qui ont perdu fatalement leur poste parce qu’elles sont bien habillées. Je vous raconte l’histoire d’une jeune dame titulaire d’une Licence universitaire qui avait des difficultés à subvenir à ses besoins vitaux et ceux de son enfant. Elle cherchait urgemment du travail pour nourrir son enfant. La cliente qui voulait l’engager était aussi pressée de découvrir sa photo afin de se décider. Je lui avais envoyé la photo de la candidate. 48 heures après, la cliente ne nous avait plus donné suite parce qu’elle avait trouvé que la candidate lui paraissait trop séduisante à travers sa photo. Je l’avais relancée, elle m’avait confié que sa maman allait lui trouver une autre femme de ménage. Je pourrais conjecturer, au regard des réalités du terrain, que la cliente craindrait que la future femme de ménage lui ravisse son mari. La plupart de nos clientes nous expriment, par des détours, qu’elles ne veulent pas d’une femme ménagère très belle.
Il y avait également un couple qui était venu au cabinet pour rencontrer un candidat. Le candidat en question est très compétent et a toutes les capacités professionnelles. Il était venu bien habillé et très présentable. Le mari de la femme, plus ou moins bien habillé, n’était pas intéressé par le candidat. C’était visible, de par son attitude. Il ne permettait pas au candidat d’aller loin dans ses réponses. Il l’interrompait. Mais la femme était très intéressée par la compétence et la qualité du candidat, parce qu’il répondait professionnellement à toutes les questions. Après le départ du couple, le jeune homme chercheur d’emploi était frustré et découragé. Je lui avais prodigué quelques conseils et l’avais rassuré qu’il obtiendrait certainement ledit poste. Deux ou trois jours après, le couple n’avait pas réagi sur son recrutement. J’avais donc appelé le monsieur pour le relancer, il m’avait évoqué une raison absurde sur la prétention salariale du candidat. Et quand j’avais essayé de creuser un peu, il ne m’avait plus répondu. J’ai supposé que le mari aurait pesé dans la non-sélection du candidat. Le chercheur d’emploi est entre le marteau et l’enclume. Voilà un candidat très compétent qui n’avait pas obtenu le poste de sa spécialité parce qu’il s’était bien habillé à l’entretien d’embauche. Faut-il bien s’habiller ou rester sobre ? Toute la question est à ce niveau. L’essentiel est de choisir le juste milieu des choses. Il faut, à la fois, observer les codes vestimentaires du poste recherché et satisfaire l’attente personnelle (généralement non professionnelle) du futur employeur que l’on ne connaît pas.

Votre mot de la fin !
J’invite les jeunes diplômés et demandeurs d’emploi à prendre leur temps pour apprendre à partir des stages et le bénévolat dans des entreprises ou organisations. C’est par ces canaux qu’ils découvriront les réalités du monde professionnel et apprendront beaucoup de choses notamment sur les compétences, les exigences de tel ou tel poste, l’habillement, etc. Ils doivent adopter le style d’habillement selon l’exigence de l’activité au sein de l’entreprise. Il faut qu’ils participent aux séances de formation au profit des demandeurs d’emploi sur le style vestimentaire pour répondre favorablement aux entretiens d’embauche. Il y a aussi des formations sur le net qui vont leur permettre de mieux s’informer. Ils doivent être autodidactes.
Par Joël SEKOU (Coll.)





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