Infertilité secondaire : Les sources de la longue attente d’une nouvelle procréation

Arnaud DOUMANHOUN 17 septembre 2019

Avoir déjà accouché une première fois ne rassure pas toujours qu’on est à l’abri de l’infertilité. Beaucoup de femmes mènent un combat sans fin pour avoir un enfant de plus. Les causes de l’infertilité secondaire dans cette enquête.

Dans sa tête, des questions sans réponse. Dans son esprit, des idées préconçues qui la forcent à croire à un envoutement. Cependant, Aurelie A., 31 ans, ne croise pas pour autant les bras pour avoir un second enfant. « Contre toute attente, j’ai fait une fausse couche après ma fille aînée. Et après cela, je me suis retrouvée dans une incapacité incompréhensible de concevoir à nouveau. Et j’en suis là depuis une quinzaine d’années », confie-t-elle. Tout comme cette fonctionnaire, de milliers de femmes se posent inlassablement des questions sur ce qu’il convient d’appeler selon les spécialistes une infertilité secondaire mais qui les ronge psychologiquement.
Tant ces femmes ont envie de tenir à nouveau un bébé dans les bras, tant elles reçoivent des pressions de toute sorte de leur entourage. « On parle de l’infertilité secondaire dans un couple lorsqu’il est noté une absence de conception alors qu’il y avait eu préalablement une grossesse, et ce quelle qu’en soit l’issue », explique Gisèle Akpo, gynécologue. Alors que d’aucuns parlent de stérilité secondaire, cette gynécologue reprécise : « Le terme stérilité secondaire est seulement péjoratif, mais il signifie aussi une incapacité totale et définitive de concevoir après avoir eu une première conception. En fait, on parle de la stérilité secondaire lorsque son diagnostic est prouvé chez l’homme ou la femme d’une cause évidente et non curable d’infertilité ».

Des dysfonctionnements en cause
Il y a un argument qui revient sans cesse chez des patientes rencontrées : « C’est le destin ». Dame Aurelie en est d’ailleurs arrivée à cette conclusion, malgré son dévouement. « Dieu n’a certainement pas voulu que j’aie plus d’un enfant », se plaint-elle. Cependant, les spécialistes de la santé de la reproduction voient les choses autrement. Des dysfonctionnements biologiques sont mis en cause. Les causes peuvent être aussi bien masculines que féminines. Chez l’homme, il y a la consommation de l’alcool, du tabac ou le fait d’être soumis aux produits chimiques, notamment les intrants agricoles influencent la spermatogenèse ; l’absence de spermatozoïdes dans le sperme révélée par le spermogramme, l’absence de mobilité normale du spermatozoïde due peut-être à sa forme : spermatozoïdes sans tête, ou ayant une queue anormale. « Dans le même temps, le problème peut venir des infections virales mal traitées ou méconnues telles que la chlamydia, l’oreillon, la syphilis, la gonococcie ou les mauvaises habitudes hygiéniques ; la prise des médicaments pour l’hypertension (source d’incapacité de production de spermatozoïdes) », pense Gisèle Akpo, gynécologue.

Des antécédents chez la femme
Par contre chez la femme, les antécédents de grossesse pèsent dans le diagnostic. « Peuvent causer l’infertilité secondaire, les avortements clandestins surtout quand le curetage est mal fait, cela prive la femme de son endomètre. L’infection du col de l’utérus peut entraîner la mauvaise qualité de la glaire. L’obstruction des trompes due aux infections empêche l’ovule fécondé de descendre dans la paroi utérine et entraîne la coupure de la trompe, ce qui complique davantage les choses. Les infections génitales et les infections basses, l’incompatibilité entre la glaire de la femme et le sperme de l’homme ; les troubles de l’ovulation sont autant de raisons », précise Gisèle Akpo. Alors, on se demande bien s’il y a une possibilité de retrouver sa capacité de procréer à nouveau. Une question de bien de femmes à laquelle la gynécologue répond avec des nuances. « Par exemple, si le mal est lié à la mauvaise qualité de la glaire, il existe des médicaments susceptibles de corriger ça. Si l’infertilité secondaire est due aux trompes obstruées, le couple peut faire recours à la procréation médicalement assistée. Cependant, il y a des causes irrémédiables. Lorsque, au cours d’un avortement volontaire, l’utérus est perforé, il n’est plus possible pour la femme de concevoir », regrette-t-elle.
Le sexologue Didito Quenum va plus loin. « Quand après un accouchement, la femme a fait une hémorragie de la délivrance, et que pour la sauver, les gynécologues ont dû lui faire une hystérectomie (une ablation totale ou en partie de l’utérus), vous convenez avec moi que cette femme ne pourra plus procréer ». Dans ces cas-là, le diagnostic de la stérilité secondaire est d’office posé. Il vaut mieux selon les spécialistes prendre les dispositions pour prévenir autant que possible pour éviter l’infertilité secondaire. « La prévention se trouve dans nos comportements de tous les jours », martèle-t-il. Bien traiter les infections sexuellement transmissibles Ist et éviter l’automédication sont un début de solutions.



Dans la même rubrique