Interview avec Stefano Komla Amèkoudi, Représentant de l’Auf- Bénin . « Grâce aux Mooc et aux e-labs, nous avons mis l’accent sur les projets d’innovation pédagogique »

Patrice SOKEGBE 25 septembre 2019

Stefano Komla Amekoudi est Directeur du Campus numérique francophone de Cotonou et représentant de l’Agence universitaire de la Francophonie, au Bénin. A travers l’interview ci-dessous, il a annoncé la tenue de la 4ème édition du concours ‘’Ma Thèse en 180 Secondes’’ qui aura lieu le 26 septembre prochain au Sénégal. A cette compétition sous-régionale, la lauréate Jeanne Agnila va représenter le Bénin. Aussi, a-t-il mieux fait connaitre le Campus numérique francophone de Cotonou, ceci à travers ses objectifs et ses activités.

Vous êtes Directeur de l’Auf. Présentez-nous brièvement le Cnf, ses objectifs et ses missions.
Créé en 1995, le Campus numérique francophone de Cotonou - hébergé par l’Université d’Abomey-Calavi - est la représentation de l’AUF auprès du pouvoir public et des institutions d’enseignement supérieur du Bénin.
Au-delà du relai des actions, programmes et projets de l’AUF, le rôle du CNF de Cotonou auprès des universités béninoises est le soutien à la réalisation des projets internationaux, aux écoles doctorales et à l’insertion professionnelle, la réalisation de mission de conseil et d’expertise auprès des universités, l’animation de communautés de pratiques et d’associations de diplômés, la réalisation de veille académique s’adressant aux universitaires, décideurs et organismes de coopération, l’appui aux établissements membres dans leur démarche d’assurance qualité et de gouvernance. Il y a également l’appui aux établissements membres dans leur stratégie numérique. Le campus numérique francophone est ainsi un espace de veille, de transfert d’informations et de savoirs ayant trait à la vie universitaire, scientifique, culturelle et technique. Il se veut aussi un espace de rencontres autour de la Francophonie.

Quelles sont les activités que mène le Cnf au Bénin ?
Jusqu’à récemment le Cnf de Cotonou, comme l’ensemble du réseau des Cnf (9 en Afrique de l’Ouest), en s’appuyant sur les technologies de l’information et de la communication les plus avancées, proposent à leurs usagers l’accès aux savoirs et aux compétences (accès à l’internet et à l’information scientifique et technique, diplômes par les formations ouvertes et à distance), la production de savoirs et de compétences (revues électroniques, montage de formations ouvertes et à distance dans les établissements-membres du Sud), la formation aux savoirs et aux compétences (formations de formateurs, formations permanentes, ingénierie pédagogique, débats scientifiques par videoconférences).
Dans sa stratégie 2017-217, l’Auf s’est engagée dans un processus de transformation de ses Cnf pour déployer ses nouvelles priorités et repositionner ses actions. Les Cnf de nouvelle génération, appelé C-Neuf Campus Numérique de l’espace universitaire francophone, seront des plaques tournantes, non seulement de la formation et de l’apprentissage, mais également des « tiers lieu » d’expertise, d’innovation, de création de services, d’éclosion des métiers de demain et d’opportunités d’affaires.
Le Cnf de Cotonou va s’engager aussi dans cette dynamique en mobilisant de nouveaux partenariats.

Quelles sont les conditions d’inscription au Cnf ?
Pour le moment, seul le service du Cnf nécessite une inscription. Il s’agit du service d’accès aux savoirs et aux compétences. Pour ce service, il faut être étudiant d’une université du Bénin, adhérer aux règlements intérieurs du CNF et payer ses droits d’abonnement.

Quelles sont les opportunités du Cnf pour les étudiants et ceux du monde professionnel ?
Les opportunités de l’Auf sont nombreuses et variées. Il s’agit des opportunités de formations, de bourses et mobilités, d’expertise, d’accès à des réseaux ou ressources, de financement de projets, etc…La liste est variée en fonction de la période de l’année, de la région, du profil. Ce qu’il y a lieu de savoir et de retenir c’est qu’il faut faire une veille sur le site institutionnel de l’Auf : www.auf.org et sur le site des appels d’offre : https://formulaires.auf.org
Et, la seule règle à garder est que pour l’ensemble des opportunités, chacun tente sa chance, son dossier étant soumis à évaluation et sélection dans le cadre d’un appel à candidatures bien précis et limité dans le temps.

En tant que relai des actions et programmes de l’Auf, le Cnf a tenu, il y a quelques semaines, la 4ème édition ‘’Ma Thèse en 180 Secondes’’. Pourquoi une telle initiative ?
De Gaulle a dit, « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve. Mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche », et dans la conscience collective, c’est ce qui prévaut comme pensée. Alors donner la parole aux chercheurs, notamment de jeunes chercheurs de parler à un public profane et diversifié de façon claire, ludique et convaincante, mais surtout 3 minutes seulement de leur travaux, résultats et leur intérêt pour la population, il n’y a pas meilleur moyen pour montrer le rôle de la science dans la société et de montrer à la société ceux et celles qui se proposent de la transformer. Voilà ce à quoi répond et sert ‘’Ma Thèse en 180 Secondes’’ qui est à ma connaissance, la seule compétition d’art oratoire et de vulgarisation scientifique, uniquement à destination des doctorants dans le monde francophone et de surcroît au Bénin.

Quelles sont vos impressions suite à cette 4ème édition ?
Je pense que nous devons être fier d’avoir réussi, quelles que soit les conditions, une 4eme sélection nationale et de présenter pour la 4ème année consécutive une candidate, et en occurrence une jeune doctorante, à la finale internationale. La finale nationale prend d’année en année une allure « nationale », puisque nous avons eu cette fois des candidats des 2 principales universités publiques (Abomey-Calavi et Parakou) et d’une université privée (Irgib). Cela est une excellente chose. Sur une note légèrement négative, nous avons cette année encore eu du mal à mobiliser beaucoup de candidats, et par exemple, comme depuis 4 ans aucun candidat des sciences économiques et de gestion. Il reste donc du travail à faire pour que les doctorants, les écoles doctorales et les universités intègrent ce rendez-vous dans les agendas chaque année et que le public réponde plus massivement à cette fête de la science.

Pensez-vous que la lauréate saura bien défendre les couleurs béninoises ?
Nous n’avons pas de doute sur les qualités de notre championne, puisque nous avons totalement confiance que le jury de la finale nationale a fait le meilleur choix. De plus au-delà des capacités et compétences de Mlle Jeanne Agnila, nous sommes rassurés par sa motivation toujours au top, l’enthousiasme qu’elle montre à chaque fois qu’elle parle de sa thèse, et le travail de préparation qu’elle a entrepris dès la fin de la compétition nationale pour être prête et en condition de gagner un prix le 26 septembre à Dakar.

Le Cnf est spécialisé dans les Tics. Quelles sont vos relations de coopération avec l’Uac ?
Depuis sa création, le Cnf accompagne les diverses transformations numériques de l’Université d’Abomey-Calavi, essentiellement et initialement en formant les techniciens et ingénieurs à travers notre programme de renforcement de capacités « Transfer » sur les systèmes et réseaux, et sur le système Gnu/Linux. Désormais, le Cnf à travers son service technique apporte un appui-conseil-expertise à l’UAC via son Service de Promotion des Technologies de l’Information et de la Communication (Sptic).
Outre le plan purement technique, le Cnf accompagne aussi l’intégration des TIC dans la formation et l’enseignement. Là également un certain nombre d’enseignants de l’Uac a été formé à la mise en ligne de cours et à la gestion de formation à distance.
Enfin, le Cnf de Cotonou reste l’un des seuls points de l’université, voire de Cotonou et Calavi, équipé des dernières technologies de communication à distance avec un système de videoconférence haute définition, par IP et Teams, qui permet de communiquer avec un ou plusieurs sites distants tout en vous offrant une expérience immersive, reliant ainsi à temps réel la communauté universitaire béninoise au monde entier, à moindre coût.

Le Cnf organise-t-il des ateliers d’orientation à l’endroit des jeunes bacheliers ?
Le CNF n’étant pas un centre de formation au même titre qu’une école ou une université, il n’organise pas d’ateliers d’orientation. Cependant le Cnf fait la gestion des formations ouvertes et à distance (Faod) accompagnées par l’Auf. A ce titre, nous organisons lors de journées portes ouvertes ou sessions d’informations lors de diverses manifestations, des campagnes d’information sur le choix et l’inscription au Foad, leurs avantages et les modalités de suivi des cours et d’obtention des diplômes. Ceci dit, le Cnf participe depuis 4-5 ans au Salon des Formations Supérieures et de l’Orientation (Sfso) et présente l’ensemble des opportunités de formation, notamment par le numérique accessible via le Cnf. Enfin, grâce à un partenariat avec Campus France – Bénin, des sessions d’informations et d’orientation pour les études en France sont organisées au Cnf. La prochaine campagne Campus France commence dès ce mois d’octobre 2019.

L’éducation au 21è siècle ne saurait se passer des Tics. Quelle est votre politique en la matière ?
Depuis le début des années 2000, l’Auf s’est engagée dans la transformation numérique de l’enseignement et de la formation. La 1ère formation à distance entièrement montée par une université africaine a été l’œuvre de l’Auf avec l’Université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal. Aujourd’hui plus de 50 diplômes de niveau Licence (L3) ou master (M1, M2) sont disponibles sur le site www.foad-mooc.auf.org.
Je vous invite à aller découvrir l’ouvrage Un détour par le futur, de l’Auf, disponible gratuitement en téléchargement sur Internet, qui fait le bilan des réalisations de l’Agence universitaire de la Francophonie dans le domaine de la formation ouverte et à distance et trace de nouvelles perspectives.
Par ailleurs, dans et avec sa stratégie 2017-2021, l’Auf a développé et développe le numérique sous toutes ses facettes, aussi bien pour la formation que pour les ressources qu’il nécessite. Ainsi les Cnf sont progressivement en train d’être rénovés pour désormais devenir des lieux intelligents par la modularité de leurs services et leur capacité à s’adapter à leur environnement afin d’y répondre efficacement, avec des espaces physiques de travail collaboratif connectés et équipés de matériels numériques évolutifs. Nous avons également mis l’accent sur les compétences « douces », qui englobent le savoir être, les langues, la culture, etc. Des compétences qui font souvent défaut, handicapant les lauréats de nos institutions, mais que nous devons encore renforcer. Grâce aux Mooc et aux e-labs, nous avons mis l’accent et les moyens sur les projets d’innovation pédagogique et de recherche.

Malgré l’expansion des Tic, devenues incontournables dans le développement des Nations, les jeunes diplômés semblent s’accrocher à la fonction publique. Qu’en pensez-vous ?
Ce constat que vous faites est connu par tous et parfois reconnu comme presque un problème « culturel » mais qui nous semble-t-il est en réalité un biais de notre système éducatif qui n’encourage pas : l’expérimentation, l’innovation et le risque. Rapporté au numérique dans nos écoles et universités, cela donne par exemple des cours de technologie qui se résume à enseigner la bureautique. Il faut donner les moyens, temps, équipements, compétences, à notre système éducatif pour former de nouveaux types d’apprenants capables de penser par eux-mêmes les problèmes de leur environnement et donc susceptibles d’y apporter des réponses, qui pourraient devenir des idées d’entreprises. Il faut en outre que les observateurs de l’emploi travaillent sur les données statistiques pour montrer aux jeunes que sous nos cieux comme partout, les startups, Pme et Pmi, ensemble recrutent plus et paient mieux que la fonction publique. En attendant, heureusement qu’il existe de plus en plus d’initiatives qui travaillent sur cette question de « reformatage » des jeunes diplômés pour réveiller en eux ces qualités et compétences qui feront qu’ils ne chercheront plus leur insertion professionnelle que par la voie actuellement majoritaire de la fonction publique.

A l’occasion de la journée mondiale de la jeunesse, il a été question de l’éducation inclusive. Comment cela sera-t-il possible ?
Rendre l’éducation inclusive possible, c’est faire en sorte que le système éducatif réponde aux besoins des apprenants. Et, c’est d’abord une question de planification. En effet il faut faire des changements dans l’ensemble du système éducatif et l’école. Il faut mettre en place un cadre en faveur de l’éducation inclusive, un cadre qui doit rassembler des lois et des politiques visant à guider les mesures et une gestion solide. C’est ensuite une question de financement, puisque, élaborer des programmes, mettre aux normes ou construire des infrastructures adaptées, étoffer les données et statistiques sur la discrimination et stigmatisation autour des handicaps, organiser la mobilisation, la sensibilisation, la participation et l’engagement pour faire de l’éducation inclusive nécessite des moyens financiers. Et enfin, c’est une question d’environnement intégré où les parents reprennent leur place aux côtés et en compléments des équipes pédagogiques. Pour terminer, il faut garder à l’esprit que généralement en s’adaptant pour accueillir dans une classe, une école, un enfant en situation de handicap, on améliore un certain nombre d’éléments d’environnement et même de pédagogie qui sont au final au bénéfice de tous.

Votre mot de la fin.
Avec son réseau de 900 universités et centres de recherche, l’Auf à travers son CNF de Cotonou offre un réseau unique d’expertise et un rayonnement international à la communauté universitaire béninoise et Depuis 1995, l’accompagnement et l’appui aux universités sont conséquents, même si notre action est peu médiatisée. Désormais, nous nous engageons à travailler pour nouer ou intensifier le dialogue entre le monde académique et les milieux économiques, développer la culture et la pratique de l’entrepreneuriat et Renforcer la contribution des établissements membres au développement économique, social et environnemental. C’est un gros chantier. Ce qui nous manque alors, c’est nous faire mieux connaître des milieux économiques et après des grands bailleurs et autres agences de coopérations afin de monter de nouveaux partenariats capables d’accompagner et de faire émerger des projets C-Neuf afin de donner un écosystème d’innovation aux universités.

Propos recueillis par Patrice SOKEGBE





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