Joël Atayi Guèdègbé sur la vie politique nationale et la covid-19 : « La stratégie de la riposte contre le coronavirus a péché par manque d’inventivité »

Bergedor HADJIHOU 10 juillet 2020

Il n’a pas sa langue dans sa poche et félicite quand c’est bon. Joël Atayi Guèdègbé, membre de la société civile, de l’association nouvelle éthique est connu pour son franc parler quand il s’agit d’opiner sur le développement du Bénin. Dans les lignes qui vont suivre, il revient sur la gestion de la crise sanitaire et ébauche déjà un bilan des 60 années d’indépendance.

Sobriété inédite autour de la fête de l’indépendance le 1er août prochain en raison du coronavirus. La société civile est-elle satisfaite de cette mesure ?
Bon, je ne voudrais pas parler au nom de toute la société civile. Je ne suis pas mandaté par un ensemble d’organisations de quoi que ce soit mais conformément à nos valeurs et à ce que nous préconisons en général, même sans Covid-19, je préconise des commémorations sobres. J’ai toujours à titre personnel du mal à admettre que nous mettions tant de moyens et tant d’emphase sur ce que nous appelons abusivement la fête nationale, qui n’est que l’anniversaire d’une indépendance nominale puisque que ça ne s’est pas conclu par une lutte armée. Ce qui nous reste à faire pour être indépendant depuis 60 ans dépasse bien largement ce que nous avons pu conclure en toutes ces années dites d’indépendance. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, on aurait pu faire la même chose pour les élections communales de mai dernier en ne levant pas un certain nombre de restriction. J’espère que cette décision nous permettra de faire des économies pour investir désormais davantage dans la santé des populations et particulièrement dans les mesures d’urgence relatives à la Covid-19.

C’est si inutile que ça de célébrer une victoire sur des années et des années d’asservissement.
Oui oui. De la façon dont nous le faisions, ça n’apporte rien à notre évolution. On n’est pas obligé de faire un défilé à la manière du 14 juillet Français. J’applaudis des mains et des pieds la décision de l’exécutif. Si pour le symbolisme, le gouvernement arrive à trouver une formule qui associe l’ensemble des forces vives de la nation dans le respect des gestes barrières, c’est tant mieux. Honnêtement, j’aurais trouvé irresponsable de lancer dans les circonstances actuelles un défilé de format géant. Maintenant, il faut trouver une manière originale de marquer la fête nationale. Il ne suffit plus de regarder dans le rétroviseur. Il faut également méditer et poser des actes forts pour l’avenir.

Mais les autorités associent bien la société civile à la célébration ? Pourquoi cette position maintenant ?
Je ne suis pas d’accord avec votre affirmation. C’est tout le contraire que moi j’ai observé depuis quelques années. Il est aisé de constater que depuis tout ce temps, le défilé n’est réservé qu’aux militaires au niveau national. Malgré les impératifs de gestion du temps, on peut trouver une autre manière plus équitable de faire représenter l’ensemble de la nation. L’ensemble de la nation ne se résume pas aux hommes en uniforme.

Donc vous exhortez les dirigeants carrément à un examen de conscience ce jour-là.
Oui, on aurait pu faire de notre 1er août, une occasion d’atelier de réflexion, de débat, une occasion d’introspection, de résolution pour l’avenir, une occasion de se retrouver certes, peut-être même de fêter éventuellement mais de mesurer sérieusement le chemin parcouru et d’arrêter les défis qui nous restent à affronter en tant que nation en construction parce que nous en sommes toujours un. Nous avons certes les attributs d’un Etat au plan formel mais c’est un Etat qui est à peine indépendant au plan de la monnaie qui est un instrument de souveraineté par essence Nous traînons depuis 60 ans, cette grossière manière de faire administrer ou de faire conserver la plupart de nos réserves dans un autre pays. Je passe sur les fameux accords de défense qui ne sont que des accords de soutien aux marionnettes que l’ancienne puissance coloniale a mises en place pour essayer de contrôler les choses. Donc, cette fête dite d’indépendance peut être l’occasion de dessiner un format alternatif dans la sobriété, dans la réflexion et dans l’évaluation du chemin parcouru et des défis à relever.

Qu’est-ce qui est arrivé de positif alors au Bénin en 60 ans de liberté ?
Nous avons eu le mérite malgré tout de nous frayer un chemin dans le concert des nations, d’imaginer parfois des réponses inédites comme celle de la conférence nationale à nos difficultés politiques ou institutionnelles voire économiques. Mais ce n’est pas suffisant. Il est fondamental pour un pays ou pour un Etat d’avoir une intelligentsia qui indique le chemin, qui soit exemplaire. Nous ne l’avons pas toujours été, nous le sommes très faiblement de manière très inconstante. Mais nous avons été à un moment le quartier latin de l’Afrique avec le mérite d’avoir pu former une masse critique. Ça n’a pas toujours débouché sur des emplois, de bons choix pour notre pays mais c’est déjà quelque chose. D’un autre côté, on remarque qu’une infime partie arrive à tirer son épingle du jeu d’où une remise en cause de notre modèle de formation. Nous avons parfois su nous étonner comme il y a 1 an à la coupe d’Afrique des nations où contre toute attente, nous nous sommes retrouvés en quart de finale et c’était là, l’illustration d’un des points de notre devise, le travail. Ce n’était pas le fruit du hasard. Ce résultat nous flatte à juste titre parce que résultant d’un effort soutenu, d’un sérieux dans la gestion de la préparation d’une équipe nationale comme celle du football. Nous devrions pouvoir savoir reproduire aussi souvent que possible ce schéma dans d’autres secteurs d’activités, dans la conduite de ce qui nous est assigné et j’en passe. Pour une fois, les béninois ont fait preuve de concentration, d’abnégation, de dévouement pour la cause de leur pays. Ce n’est pas anodin de voir la galvanisation qui a été la nôtre à l’occasion de l’agression du 16 janvier 1977. On voudrait aujourd’hui qu’il y ait davantage de mobilisation dans notre pays autour des enjeux réels, autour d’objectifs clairement définis et assez largement partagés.

Vous déclariez sur votre page facebook, que le Bénin n’a pas les moyens pour traiter 100 cas graves de Covid-19. Pourquoi cette préparation et ce retard persistants au plan sanitaire malgré le chemin parcouru ?
C’est un vaste débat la question de notre santé. Je crois que nous avions de bonnes dispositions héritées entre autres de la colonisation. Tout n’a pas été négatif. La colonisation a parfois amené certaines maladies et elle a parfois été aussi l’occasion de développer un système sanitaire efficace pour contrôler les grandes endémies. De bonnes pratiques ont subsisté. Je veux pour exemple, le système des agents sanitaires visitant les concessions. En son temps, c’était un système de surveillance épidémiologique, de surveillance relative à l’hygiène, à la bonne tenue des maisons un peu indigènes. Les informations sont ensuite remontées donnant assez rapidement l’alerte au système central pour prendre des mesures idoines. Objectif : répondre de manière aussi adéquate que possible à certaines difficultés sanitaires de la population. Nous avons perdu ce type d’encadrement non seulement au niveau urbain mais également rural. Aujourd’hui, on s’étonne que le paludisme s’étende à ce point. Il était intolérant que dans des maisons traînent des canaris, des boîtes de sardine, bref, tout réceptacle devant contenir de l’eau stagnante, foyer humide des larves de moustique. Les puits devaient être traités, les mares aussi. Nous avons également perdu en qualité dans le maillage du pays. Et pour en venir à la maladie de la Covid-19 qui a surpris pratiquement tout le monde, elle a permis de révéler notre impréparation et notre désinvolture dans l’équipement requis de nos formations sanitaires. On a honte de ce que c’est notre système de réanimation. Je n’ai pas l’impression qu’on s’en soit soucié outre mesure depuis que la crise a commencé même si aujourd’hui on nous annonce recevoir des centaines d’appareils respiratoires. Une chose est claire, nous n’avons pas formé les équipes qui iraient avec. Il est clair qu’on n’a pas mis en place les lits adéquats, les infrastructures qui devraient permettre tout au moins d’asseoir dans les normes requises, un système de réanimation. Je félicite le gouvernement d’avoir pris la résolution de renforcer tout ça. Par ailleurs, une trentaine de bourses est disponible pour les anesthésistes, réanimateurs, allant de l’infirmier jusqu’au médecin. C’est le genre de mesures que nous aurions dû prendre progressivement sur des décennies. Ça montre à quel point nous avons laissé de côté les secteurs essentiels de la santé. Tout être humain malade et en souffrance respiratoire a besoin de pouvoir compter sur ça. Mais au début de la pandémie, le Bénin traînait à peine trois ambulances équipées comme il fallait. Nous étions largement sous-équipés tout comme en radiologie, en imagerie médicale, nous venons à peine de lancer la mise en place d’une unité d’imagerie par résonance magnétique (IRM) au CNHU. Il est de notoriété publique que tout le monde devait aller au Togo pour faire des IRM ou dans des structures privées de la place. Donc il y a une reconstruction pour mieux adresser certaines situations sanitaires qui ne peuvent se résoudre par un coup de baguette magique. Je parle de reconstruction, je parle de réorientation vers la médecine de pointe avec notamment l’hôpital de référence internationale annoncée depuis toujours. Il s’en va être probablement une réalité avec l’actuel gouvernement. Il devient crucial de faire des choix pour le financement de notre santé, son accessibilité au plus grand nombre. Si le gouvernement a pris la résolution de réduire les évacuations compte tenu de ce que ça coûte, il faudrait que le réinvestissement soit visible en termes d’accès aux soins de santé. Tirons leçon des bonnes pratiques du passé en nous adaptant désormais aux défis, en apprenant des autres également, en apprenant des pays comme le Vietnam, la Chine, Cuba que tout le monde a vu en pointe, dans la formation des ressources humaines et dans la réponse aux maladies les plus coriaces que ce soit le cancer ou la COVID-19. Le Bénin peut s’inspirer de certains modèles et miser sur la ressource humaine formée. Je rends hommage au gouvernement de commencer par prendre cela en compte. On a vu l’effort qui a été fait pour secourir les étudiants en odontologie, la bourse qui permet d’aller se faire former à l’étranger puisque rien n’était fait pour eux. La santé dentaire a l’air banal mais en termes de ce que les nerfs conduisent dans notre corps, il faut s’y pencher sérieusement. Tout est prioritaire. Tout est urgent. Mais même s’il y a beaucoup de priorités, il est vraiment bon qu’on commence à adresser certains secteurs sensibles dans lesquels on aurait tort d’être plus longuement absent.

Sur les réseaux sociaux toujours, vous ne comprenez pas la banalisation du mal par les béninois ? Historiquement, qu’est-ce qui pourrait expliquer cette attitude ?
N’allons pas forcément chercher dans les profondeurs de l’histoire. En général, l’africain voire le Béninois post indépendance reste assez étranger à l’Etat. L’Etat a peu de prise sur la réalité de ses populations dans nos sociétés. Un abîme profond a toujours existé entre le corps social et le corps politique en dépit de l’illusion que donne à voir les élections, les meetings, d’autant que nous savons que c’est à coup de rétribution, de corruption électorale en générale que se mène la vie politique dans notre pays pour parler plus précisément de notre pays. A partir de la période révolutionnaire où les mots d’ordre, les slogans, les belles paroles mielleuses, les projets ne sont pas toujours traduites en actions par une concrétisation certaine, il est difficile pour les populations de croire en leurs dirigeants. Avec le renouveau démocratique, les fruits n’ont pas également tenu la promesse des fleurs et l’écart s’est davantage creusé. La vie institutionnelle s’est donné aussi à voir comme une espèce de farce, de dupe où la grande masse se sent toujours et de plus en plus étrangère aux choix qui se font en son nom. C’est vrai, on ne peut pas faire le bonheur des gens malgré eux mais c’est la leçon cruelle que nous donne à voir cette banalité, cette incrédulité de nos populations face à la réalité d’un mal. Entre temps, nous avons eu un autre mal ravageur appelé le Sida que les populations de l’Afrique centrale ont tôt fait de définir comme un syndrome inventé pour décourager les amoureux, donc, vous voyez là, la capacité de dérision de l’africain, particulièrement de l’africain en zone urbaine confronté à un mal-vu, mal-être au plan de la qualité de la vie, de l’accès aux services de base, de santé et d’éducation. Ayant été éduqué pour se contenter des miettes, tout subir, sans couverture sociale, n’ayant pas été suffisamment responsabilisé, le citoyen joue avec le feu sans le savoir. J’ai pu observer l’approche du gouvernement du point de vue de la communication autour de la crise sanitaire. Elle est certainement commandée par l’urgence mais il faut avoir le courage de dire qu’on n’a pas eu à mon sens, les réflexes qu’il aurait fallu. C’est vrai, la communication ne règle pas tout ; nous avons des problèmes structurels et sociétaux qui ne datent pas d’aujourd’hui mais il aurait fallu faire preuve d’ingéniosité dans la manière d’accéder à l’autre, à celui dont on veut obtenir un changement de comportements, voir de mentalités. Ce n’est pas pour jeter la pierre mais sur la Covid-19, la stratégie a péché par manque d’inventivité. Il aurait fallu et il n’est pas très tard pour le faire, avoir une approche participative, plus responsabilisante à travers les communautés, des cercles identifiés pour que chacun soit le gardien de l’autre. Il ne suffit pas de le proclamer. Il faut en discuter, comprendre et en expliquer le bien fondé. Quand je porte le masque, je me protège, quand je me lave les mains, je me protège mais je protège éventuellement celui qui n’a pas porté le masque en n’émettant pas des gouttelettes qui pourraient contenir des germes contagieuses.

On a vu dans le monde, des dirigeants au plus haut niveau appeler au boycott des gestes barrières avec des conséquences dramatiques pour leur pays aujourd’hui. La parole ou posture politique doit jouer quel rôle selon vous dans un moment aussi grave ?
Déjà chez nous, les béninois ont exigé une sorte d’exemplarité dans le sacrifice et ne veulent croire en la réalité du discours officiel que si on leur exhibe des victimes dans le rang des autorités ou des élites. C’est dommage. C’est cynique. On ne peut se permettre ces choses mais la parole politique fluctuante en est aussi pour quelque chose. Et c’est là que votre question devient intéressante. La parole politique doit être informative. Elle doit s’éloigner au maximum des artifices propagandistes. C’est souvent une erreur dans le cercle du pouvoir où on veut imposer une vérité. Encore faudrait-il faire l’effort de convaincre, d’obtenir l’adhésion par des échanges. Il faut faire attention au feedback, à l’effectivité de la réception optimale du message émis si non, l’échec est garanti. Si on a l’humilité d’admettre qu’on a pu se tromper et se rediriger, on peut corriger le tir. Il ne s’agit pas de jeter à tout prix le discrédit sur ceux qui nous dirigent ici et ailleurs. Les gouvernants ont fait l’effort de donner le maximum d’eux-mêmes avec les moyens dont nous disposons. Sur la posture, je trouve qu’on a pris certaines mauvaises décisions. Et le tâtonnement est mondial. Néanmoins, il fallait donner un peu de soi. Et c’est en cela que je trouve que les élections communales dernières ne devraient pas avoir lieu à cette date-là. Nos présidents d’institutions qui ne sont pas en cadre de concertation, une institution prévue par notre constitution, ont péché qu’ils m’en excusent de manière relativement désinvolte. L’argument du calendrier constitutionnel défendu coûte que coûte, était une erreur d’appréciation. La campagne a laissé voir des comportements irresponsables chez les partis politiques engagés sur le terrain notamment dans les campagnes. Les gestes barrières n’ont jamais été respectés sans rappel à l’ordre. Cela a discrédité le message officiel qui parlait de la gravité de la situation. Cela a tellement banalisé le discours officiel que sa reconfiguration ne peut que prendre du temps. Pendant ce temps, le mal avance à la faveur de notre laisser-aller généralisé, de notre manque de vigilance. L’Etat a failli de ce côté-là. Maintenant, chacun a fait son examen de conscience. C’est le lieu alors de reféliciter le gouvernement d’avoir renoncé à organiser des manifestations pendant le 1er aout. On pouvait prétexter du pic annoncé pour août mais il a dit non.

Il se peut qu’en 2021, tout soit encore comme aujourd’hui au plan sanitaire. Quelle attitude responsable faudra-t-il adopter pour la présidentielle ?
Nous sommes maintenant prévenus. Si la crise sanitaire ne disparaît pas, le président aurait certainement à cœur de prouver sa bonne foi de ne pas vouloir se perpétuer au pouvoir en évitant l’organisation des élections à bonne date. Ce serait une première et peut-être que cela susciterait un tollé général sans fin mais cela se comprendrait vu le ravage du virus. Il ne s’agit pas de dire on va distribuer des masques, imposer un lavage des mains, je l’ai dit à la veille des précédentes échéances sans être entendu. Même la sécurité du vote ainsi que le déploiement effectif du matériel seraient entamés. Nul ne sait où nous allons. Cette pandémie est une sorte de guerre qui modifie tout. La préparation des élections au regard de la covid-19 exige de nous davantage d’engagements. Comme un peuple discipliné, faisons ce qui est nécessaire même si on ne peut pas mettre en berne tout un pays comme le nôtre en raison de sa situation économique.

Comment entrevoyez-vous la vie ici après le coronavirus ?
Rappeler que nous n’avons pas encore adopté des comportements adéquats, ce n’est pas porter l’accusation vers la masse. C’est de nous interpeller tous jusqu’au sommet de l’Etat sur ce que nous avons pu faire de bien, de moins bien dans l’appréhension de cette situation, dans ce que doit devenir désormais notre vie, notre comportement. Il va s’en dire que ne pas le faire, nous exposerait fatalement à la désintégration, à la ruine, à l’impossibilité de prendre en charge tous les malades puisque c’est une maladie très contagieuse, et malheureusement très morbide qui ne vous laisse pas le temps d’y survivre. Plus que jamais et à tout le moins, même à moyen terme, il va être impossible de vivre sans l’obsession, sans la référence à la COVID-19. Je crois que c’est une opportunité pour redécouvrir des gestes d’hygiène que nous avons très rapidement abandonné par le passé. Donc des mesures d’hygiène qui ne sont pas qu’adressées à la COVID. Même si qu’aujourd’hui on trouvait le vaccin contre cette maladie, il faudrait pouvoir tirer les bonnes leçons par rapport à sa gestion, en termes de prise en charge, en terme, d’hygiène, en termes d’équipement, de financement du système sanitaire, donc il y aura désormais un avant COVID, un pendant COVID et peut-être un après COVID. Mais cette vie post covid parfois je ne l’imagine pas de sitôt. Sur un horizon de six mois à deux ans, je suis convaincu que nous devons compter avec la covid qui est une forme de virus du SRAS ; lequel existait depuis les années 1950 ; lequel s’est muté ou s’est présenté sous des formes aussi bénignes que malignes. Donc, on ne peut plus faire l’impasse sur l’existence, sur l’apparition de la COVID-19, d’autant qu’on en apprend que peuvent surgir d’autres virus plus difficiles à maîtriser. Donc, la vigilance sera absolument de mise. Je crois que les pays asiatiques réellement avaient déjà commencé à tirer leçon de la grippe aviaire, de toutes sortes de grippes apparues depuis les 10, 20 dernières années. Et c’est la raison pour laquelle le masque a été largement adopté spontanément, imposé dans ces pays-là, le tout associé au dépistage systématique. Entendons-nous sur le financement de notre santé comme je le disais et particulièrement de la riposte. Convenons définitivement que nous devrons encore vivre longtemps avec la Covid-19 sur la durée. Ce n’est pas possible d’en finir complètement.

Juste une parenthèse pour finir, quel est votre avis sur la question du parrainage en politique qui défraie si tant la chronique ?
Le parrainage dans son intention n’est pas forcément critiquable, dans la mesure où cela permet déjà d’avoir une indication sur la volonté de pluralisme, sur la représentativité de ceux qui prétendent à la magistrature suprême. Ce n’est pas quand même une élection qu’on peut ouvrir sans conditions. Ne nous leurrons pas. Les conditions initiales qui étaient contenues dans la constitution de 1990 ont été assez combattues, pour ne parler que de la limitation de 40 à 70 ans de l’âge des candidats. La question de la résidence au Bénin au moment de l’élection et non de la résidence au Bénin avant l’élection dans une durée donnée aussi a fait l’objet de large polémique. Donc les critères sont toujours des choix excluant d’une manière ou d’une autre. Tout le monde ne peut pas s’y retrouver. La caution de 5 000 000 qu’on avait fixée au départ n’arrangeait pas forcément d’autres personnes qui se sentaient capables et qui ne disposaient pas de ces moyens financiers. On ne règle pas l’accessibilité à la présidentielle par la puissance financière. Sinon on tombe dans une démocratie censitaire, dans un régime censitaire tout court. C’est pratiquement contradictoire de parler de démocratie et de système censitaire. Donc, on doit tout faire pour minimiser l’importance de l’argent et si on peut se féliciter de certaines avancées dans les dernières réformes, c’est que les députés aient pu corriger ce qu’ils avaient mis dans le code de 2018 qui portait les cautions de candidature à un niveau élevé. Ils ont pu corriger ça mais ils ont déplacé maintenant le curseur sur la condition du parrainage notamment. Quand c’est bien fait, cela permet même que des élus d’un parti X en arrivent à donner leur parrainage à des candidats qui ne seraient même pas issus de leur parti. L’idée étant de faire tout pour que le pluralisme soit. Et c’est ce qui explique si bien parfois qu’en France, les candidats du parti communiste en arrivent à obtenir des parrainages d’élus de droite, donc d’idéologie complètement opposée. Ce n’est qu’un soutien à la candidature et qui s’arrête là pour permettre que le jeu se fasse sans que ce soit une adhésion au programme de celui qui voudrait se présenter sans être de votre bord politique. Donc, il va s’en dire que le mandat impératif étant interdit par notre constitution, on ne saurait imposer aux députés et aux maires qui sont dans l’état actuel des choses, les seuls à pouvoir parrainer, de n’apporter leur soutien qu’à des candidats issus de leur parti. La liberté devrait être de mise. C’est des débats fondamentaux qu’on n’a pas menés et qui risquent de fâcher pendant longtemps et inutilement. Mais quand le mécanisme du parrainage est bien huilé, le résultat immédiat, c’est que ça met de l’ordre, ça balise le terrain si la volonté, c’est de faire des candidats, des gens issus des partis, il y a des chances d’obtenir ce résultat. Si la volonté c’est d’avoir moins de candidats à travers le pourcentage de signatures collectées, on a déjà substantiellement une idée du nombre de candidats et le Bénin ayant choisi un pourcentage de 10% du nombre de maires et députés, j’en profite pour dire que les maires étant fondamentalement des conseillers communaux mais des élus de second degré, ils ne devraient pas avoir l’exclusivité du parrainage par rapport aux autres élus communaux qui sont plus de 1500. Bref, à partir du taux de 10% retenu, il va sembler qu’on n’aura pas plus de 10 candidats. Il n’est pas possible, à plus de 10 candidats d’obtenir les 10% requis. Donc dès le départ, nous savons déjà que nous n’irons pas au-delà de ça. C’est une avancée également et cela devait quand-même être une garantie de pluralisme quand le jeu est déjà ouvert à la base dans les conditions de création de parti, dans les seuils de représentativité, cela en principe aurait dû aider à garantir que sans obtenir forcément la marge supérieure de 10, on ait une relative variété. Mais avoir trop corsé les choses dès le départ, avoir imposé le seuil de 10% de représentativité au niveau national par rapport à des élections qui auront lieu dans des arrondissements qui ont pour circonscription électorale l’arrondissement est une aberration absolue qui remet en cause la légitimité même de certains élus qui ont raflé les suffrages abandonnés ou retirés aux partis qui n’ont pas eu les 10%. C’est un débat qui est loin d’être passé encore. Nous avons vu chemin faisant, comment on en est arrivé à avoir trois partis représentés à l’issue d’une élection de proximité comme les élections communales. Mais je le répète, le parrainage intelligemment ou plus finement mis en place n’est pas une mauvaise chose, ça met de la discipline dans la présentation des candidats et fait que substantiellement, l’électeur a la possibilité d’avoir des choix assez clairs si tant est que les gens aussi font l’effort de présenter des projets réellement alternatifs ou réellement distincts les uns des autres.
Propos recueillis par Bergedor HADJIHOU, Gaston Amoussou (Stagiaire) et Abdou Raïmi OBAHORIN (Stagiaire)





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