Naufrages répétés sur l'axe fluvio-lagunaire Porto Novo-Lagos : Les promoteurs de transport s'entredéchirent à l'embarcadère de Maria Tokpa

Karim O. ANONRIN 4 mars 2022

L’axe fluvio-lagunaire Porto Novo-Lagos semble être le chemin le plus rapide pour se rendre au Nigéria via Porto-Novo en barque motorisée. Mais ce type de transport n’est pas sans risque pour les voyageurs. Entre décembre 2021 et février 2022, trois cas de naufrages mortels ont été enregistrés sur cet axe. A l’embarcadère de Maria Tokpa à Porto-Novo, très utilisés par les voyageurs, les promoteurs de transport fluvio-lagunaire s’entredéchirent pour le contrôle du secteur au détriment de la sécurité des voyageurs. Pendant ce temps, par la voix de son premier responsable, le Maire Charlemagne Yankoty, la mairie de Porto-Novo décline toute responsabilité dans ce qui arrive aux voyageurs. Un député à l’Assemblée nationale que le dossier intéresse a même saisi le gouvernement par une question orale avec débat

Jeudi 24 février 2022. Nous sommes à l’embarcadère de Maria-Tokpa au quartier Akpassa à Porto Novo, embarcadère sans quai aux normes avec plus d’une vingtaine de barques motorisées accostées et des voyageurs qui débarquent en provenance du Nigeria pendant que d’autres embarquent pour le même pays. Certains voyageurs portent des gilets de sauvetage alors que d’autres n’en portent pas. Une bonne dame qui répond au prénom de Bintou, vendeuse de récipients en plastique et qui venait de débarquer de Badagry, première ville du Nigéria qu’on trouve en quittant Porto-Novo pour ce géant de l’Afrique de l’ouest nous dit pourquoi elle préfère le transport fluvio-lagunaire au transport terrestre pour se rendre au Nigeria. « Le voyage est rapide et cela vous permet d’économiser », dit-elle avec sourire aux lèvres. A l’embarcadère de Maria Tokpa, le spectacle est vraiment impressionnant. On se croirait sur une gare routière ordinaire. Des récipients en plastique, des barres de fer, des carreaux, des bidons d’huile, des sacs au contenu non identifiables, des bidons de toutes tailles sont entassés soit dans de gigantesques barques pour être transportés au Nigeria soit à même le sol sur la berge lagunaire pour les formalités douanières au poste de douane qui partage le même espace que l’embarcadère. Des racoleurs, des passeurs, une barque de la Police fluviale béninoise avec des agents de la police à côté sans oublier des agents de la douane qui circulent un peu partout, contribuent aussi à l’animation de l’embarcadère. Au regard du spectacle, à peine l’on croirait que des Béninois meurent régulièrement en passant par là pour aller au Nigéria pour leur commerce même si aux dires de certains usagers de l’embarcadère, la plupart de ceux qui passent par l’embarcadère de Maria Tokpa sont de simples voyageurs. Mais qu’est-ce qui cause les chavirements de barques sur l’axe fluvio-lagunaire Porto Novo-Lagos ? Sur le sujet, les langues se délient.

Les promoteurs s’accusent mutuellement

Incapacité de certains à conduire des barques et qui le font, excès de vitesse sur l’eau, surcharge des barques, non sensibilisation préalable des passagers avant leur voyage, panique au moment des tentatives de sauvetage. Telles sont quelques causes des naufrages sur l’axe fluvio-lagunaire Porto Novo-Lagos selon plusieurs promoteurs. Des éléments confirmés par le Maire de la ville de Porto-Novo, Charlemagne Yankoty, qui a eu à rencontrer les promoteurs de transport du secteur après les derniers drames. Pour le Chef du quartier Akpassa, Magloire Hounvènou qui abrite le poste de la douane et l’embarcadère, les raisons des chavirements de naufrages sont nombreuses, mais le principal problème est celui d’organisation des acteurs. « Je puis même dire qu’il y a une politisation dans la gestion de cet embarcadère. C’est inconcevable que ce soit un seul homme qui s’autoproclame promoteur de transports fluvio-lagunaires entre Porto-Novo au Bénin et Lagos au Nigeria en partenariat avec d’autres promoteurs au Nigeria. A l’heure où je parle, je peux vous dire que le mécontentement est profond dans le rang des autres promoteurs de transports fluvio-lagunaires qui ont été mis à l’écart. Aucune autorité n’a le contrôle de ce qui se passe dans le cadre de ces transports. Les barques appartiennent pour la plupart à des Nigérians. Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de cas de naufrages quand on ne sait pas qui est qui. Il est temps que les autorités à divers niveaux prennent leurs responsabilités pour assainir le secteur du transport fluvio-lagunaire à partir de l’embarcadère de Maria Tokpa », a dit Magloire Hounvènou. Gilbert Mahougnon Houngbo, collaborateur d’un promoteur de transport fluvio-lagunaire qui n’exerce plus, confirme qu’il y a effectivement un problème d’organisation au niveau des acteurs. « Le transport fluvio-lagunaire ici à Porto-Novo n’a pas commencé au Bénin. Ce sont des Nigérians qui assuraient ce transport entre Porto-Novo et la ville de Badagry au Nigéria. Mais petit à petit, des Béninois se sont intéressés au secteur. C’est ainsi que les premiers embarcadères ont été créés pour desservir le Nigéria. Par exemple, c’est au Nigéria que j’ai appris à conduire des barques motorisées. N’est pas conducteur de barques qui veut. Il faut une formation au préalable qui peut durer une année. Le seul embarcadère de Porto-Novo n’arrive pas à assurer la sécurité aux voyageurs. Tant qu’il y aura d’exclusion des promoteurs, le problème de chavirements de barques se posera toujours », a-t-il dit. Dans la même veine, un autre promoteur qui répond au nom de Gildas Tolli, estime que seul l’assainissement du secteur de transport fluvio-lagunaire à partir de l’embarcadère de Maria Tokpa peut mettre fin au calvaire des voyageurs. « Entre temps, il nous a été notifié que le seul embarcadère qui va desservir le Nigéria est celui de Maria Tokpa. Mais à notre grande surprise, seul Gabriel Dègbogbahoun, promoteur de transport fluvio-lagunaire est sur le terrain au détriment de nous tous. Nous pensons qu’il faut un véritable système de contrôle au niveau de l’embarcadère. Qui sait si les produits prohibés voire les armes n’y passent pas ? Qui sait si les cas de naufrages enregistrés ces derniers temps ne sont pas liés aux mauvaises conditions d’embarquement des voyageurs… », a-t-il dit. Toutes les tentatives pour échanger avec Gabriel Dègbogbahoun, présumé seul exploitant de l’embarcadère de Maria Tokpa ont été vaines. Aux dires de l’un de ses collaborateurs, Gabriel Dègbogbahoun est dans tout sauf l’illégalité dans le transport fluvio-lagunaire entre Porto-Novo et Lagos.

Les raisons mystiques aux naufrages ?

Quelques jours après les naufrages enregistrés sur l’axe fluvio-lagunaire Porto Novo-Lagos, il a été organisé une cérémonie de purification et de désenvoutements sur la berge lagunaire à côté de l’embarcadère de Maria Tokpa. C’était le jeudi 24 février 2021. Un promoteur de transport fluvio-lagunaire qui préfère garder l’anonymat, nous apprend qu’il s’agit d’une cérémonie pour conjurer le mauvais sort afin que plus jamais, l’on enregistre encore des morts causés par le chavirement de barques. « Comment voulez-vous qu’il y ait la quiétude dans le secteur si cela ne profite pas aux populations de la localité qui abrite l’embarcadère. C’est la colère des mannes de nos ancêtres qui s’abat sur certains promoteurs qui n’ont aucun respect pour ces populations », a-t-il dit. Sur le même sujet, le Chef quartier de Akpassa, Magloire Hounvènou, nous informe qu’il ne faut négliger aucun détail dans ce qui arrive. « Nous sommes au Bénin, pays de Vodoun. Même si le Vodoun ne fait pas du mal, il n’en demeure pas moins qu’il n’accepte pas des comportements contre-nature de ceux qui transgressent ses principes. Nous espérons simplement que tout rentrera dans l’ordre pour le bien de tous… », a-t-il conclu.





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