Laurent Hounsa au sujet de la loi statistique du Bénin : « Il faut prendre les décisions sur la base des chiffres réels et fiables »

5 avril 2023

Jusqu’à un passé récent, le Bénin ne disposait pas d’un répertoire statistique digne du nom dans les domaines vitaux de son développement. En vue d’inverser la tendance, une loi statistique a été votée en juin 2022. A ce sujet, à travers l’émission ‘’L’Angle Eco’’ de la télévision nationale, le Directeur de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (Instad), Laurent Hounsa a expliqué le bien-fondé de ladite loi et son impact sur le développement à court, moyen et long termes du pays.

Merci d’accepter notre invitation. Avec vous, nous allons justement revenir sur cette nouvelle loi, loi statistique du Bénin qui est votée au mois de juin 2022. Alors dites-nous Mr Hounsa, qu’est-ce qui justifie véritablement le vote d’une nouvelle loi ?

C’est une loi qui est d’une importance capitale pour notre pays. Cette loi si vous regardez bien, elle a été votée le 02 juin 2022. Mais elle a été promulguée le 27 juin du même mois. Cela dénote d’une importance que le chef de l’État accorde aux documents. Et donc pour vous dire en clair, c’est de cette loi statistique que notre pays a besoin. Il était temps de revoir et d’intégrer les différentes évolutions pour préciser certaines notions statistiques. Si vous prenez la nouvelle loi, vous allez voir qu’il y a des définitions pour préciser certaines choses, certains thèmes que nous avons l’habitude d’employer mais qui n’avaient peut-être pas leur raison d’être. La nouvelle loi est revenue là-dessus pour pouvoir les préciser.

Alors quels sont les nouveaux aspects qui reviennent dans cette nouvelle loi ?

La nouvelle loi dit correctement comment il faut faire les activités statistiques dans notre pays, notamment les programmes statistiques. Nous avons intégré dans la nouvelle loi la manière de faire désormais la programmation statistique dans notre pays. Deuxièmement, nous avons constaté qu’il y a certaines activités statistiques notamment les grandes opérations : le recensement général de la population, le recensement général des entreprises qui dans le monde entier, sont organisés et évoluent dans le temps. L’ancienne loi n’avait pas mis en place un cadre pour permettre au pays de respecter l’engagement pris au niveau international. Dans la nouvelle loi, les précisions sont venues pour dire telle ou telle opération doit se dérouler durant une période donnée. Je prends le cas du recensement général de la population que nous nous apprêtons à faire actuellement. Au niveau des Nations-Unies même, il a été décidé que ces opérations se déroulent tous les 10 ans. Mais notre loi n’en faisait pas cas. Donc, la nouvelle loi l’a pris en compte et cela a été mentionné clairement. Ainsi La nouvelle loi crée un fonds national de financement statistique. Ce fonds permettra désormais de ne plus être en besoin de ressources pour pouvoir aller vers nos opérations. Je disais tout à l’heure que la loi prend ainsi en compte la programmation statistique dans notre pays. Vous savez, désormais on ne peut plus publier les données sur les gens n’importe comment. La protection des données personnelles, la nouvelle loi intègre cela.

Quelle est la place de l’Instad dans le système statistique national après le vote de cette loi au mois de juin 2022 ?

L’institut est revenu au centre même de l’activité statistique dans notre pays. Il y a certaines statistiques sur nos structures morales qui parlent de notre manœuvre parce que ce sont les statistiques qui sont définies par des traités. Et sur la base de ces traités et règlements, il y a certaines structures qui doivent s’en occuper. Mais l’institut doit avoir un œil sur comment ces statistiques sont produites. L’institut est ramené au centre de la production statistique officielle dans notre pays actuellement. Même l’organisation des services statistiques dans n’importe quelle structure aujourd’hui doit se faire en prenant appui sur les méthodologies que l’Institut est obligé de mettre à la disposition de ces structures.

En cas d’infraction, dîtes nous les principales peines encourues par les contrevenants ?

L’ancienne loi parle déjà de ces peines. Quand par exemple, vous rencontrez un ménage ou une entreprise pour demander des informations et que les gens refusent de donner, il y a des peines. Et c’est bien précisé dans la loi. Quand par exemple, quelqu’un va collecter des informations et publie ces informations qui ne correspondent pas aux réalités de notre pays, il est puni. Quand même, vous allez sur le terrain pour aller collecter des informations et que vous ne prenez pas le visa statistique, c’est une faute et elle est punie.

Le visa statistique, c’est quoi déjà ?

Vous amenez votre méthodologie de collecte au niveau de l’institut et il y a un collège de statisticiens qui regardent pour voir est-ce que la méthodologie que vous voulez utiliser, la zone de dénombrement sur laquelle vous voulez travailler, est-ce que tout ce que vous avez mis comme concept dans votre travail, répond correctement aux aspirations statistiques ; si les informations que vous avez collectées ne sont pas de nature à remettre en cause les informations officielles. Nous regardons cela avant de dire oui vous pouvez aller sur le terrain pour collecter vos informations. Il y a des peines qui ont été maintenues. Ces peines existaient déjà dans l’ancienne loi. La loi 2000. Donc, ces peines sont quelque part renforcées surtout parce que nous avons constaté qu’il y a des gens qui se permettent le luxe de publier des informations erronées sur le pays.

Il est un constat que depuis 2018, le gouvernement du Bénin s’intéresse encore plus aux statistiques. Comment expliquez-vous ce regain d’intérêt du gouvernement pour les statistiques ?

Je crois que c’est un regain que tout le peuple béninois doit normalement encourager parce qu’on ne prend aucune décision en l’air. Il faut prendre les décisions sur la base des chiffres réels et fiables. Si le gouvernement a pris cet engagement c’est parce qu’il veut faire du travail sérieux. Donc, il faut encourager la fiabilité des données. Si les données sont justes, les prédictions sur ces données sont nécessairement des prédictions gagnées. La loi qui a été votée fait partie de l’engagement du gouvernement depuis 2018. C’est le gouvernement même qui a demandé de revoir tout ce qu’il y a au niveau de statistiques dans notre pays pour que nous puissions nous mettre au diapason des normes internationales. L’ambition du Bénin, c’est d’adhérer à la norme qu’on appelle la norme spéciale de diffusion électronique. C’est la norme la plus exigeante aujourd’hui. Et c’est une norme à laquelle tout pays qui a envie d’aller sur le marché international pour mobiliser les ressources doit adhérer parce que ça permet aux investisseurs d’avoir une idée sur ce qui se passe dans le pays.

Nous sommes au terme de cet entretien. Je vous laisse conclure.

Merci beaucoup, en guise de conclusion, je voudrais inviter tous les acteurs de la population, je veux parler des fournisseurs, des producteurs d’informations statistiques et même la population à lire correctement la nouvelle loi.

Transcription : Ernest ALAO (Stag)



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