Le Cp Dénis Adjanonhoun au sujet des résultats des examens de fin d’année : « C’est le fruit de toute l’organisation mise en place à tous les niveaux »

Patrice SOKEGBE 21 août 2020

Dénis Adjanonhoun est Professeur d’Histoire-Géographie, Ancien conseiller pédagogique à la retraite et environnementaliste. A travers l’interview ci-dessous, il s’est prononcé sur les différents résultats des examens de fin d’année. D’après lui, les différents résultats obtenus au Cep, Bepc et Bac témoignent de la perspicacité et de la témérité du Gouvernement, des administrations scolaires et du personnel enseignant.

Le Bénin a tenu le pari de sauver l’année scolaire 2019-2020 malgré la pandémie du Coronavirus. Il y a plus de peur que de mal. Pas vrai ?
L’année scolaire 2019-2020 est un succès et c’est le fruit de l’audace d’une personne le chef de l’état et du peuple qui en dépit de tout a bravé l’environnement sanitaire. Je félicite aussi tout le peuple béninois.

Les résultats des examens de fin d’année sont connus. Le CEP a enregistré un taux de réussite de 84,70%, le BEPC 51,19% et le BAC 49,73%. Quelle analyse faites-vous de ces différents résultats ?
Quant aux résultats, j’espère que c’est le fruit de toute l’organisation mise en place tant au niveau des parents, des acteurs centraux, des enseignants que des administrations. Franchement, ça c’est bon. Je ne peux qu’apprécier l’effort de tout un chacun. C’est de très bons résultats. Je leur tire chapeau.

La pandémie du Coronavirus a-t-elle influencé les résultats ?
Je dirai oui et non. Oui parce que, après 2 mois de vacances les gens peuvent tout oublier et s’il fallait évaluer à cette période, ce sera la catastrophe. L’organisation mise en place par les étapes à la suite des recommandations des ministères respectifs, c’est cela qui nous a permis d’avoir ce que vous avez. La pandémie a failli nous dompter, mais nous avons résisté, nous avons donné les résultats que vous avez vus. Vous voyez à l’extérieur, les gens ont déjà déclaré l’année blanche, mais ce n’est pas le cas chez nous. C’est de l’audace. Il faut féliciter le gouvernement pour les moyens mis en œuvre au profit des établissements privés ou publics.

On a aussi constaté que, depuis plusieurs années, les mêmes départements sont premiers et derniers au plan national. Qu’est ce qui explique cet état de choses ?
Le Mono et le Couffo ont tenu de très bons rangs. Ce n’était pas le cas avant. J’ai entendu leur directeur départemental dire qu’il espère de très bons résultats pour le mono et ça s’est passé ainsi. En revanche, je constate que de grands départements tels que l’Ouémé a chuté et il faut aller chercher les causes. Regardez le Bepc et le Bac, l’Ouémé est relégué à la 10ème place, c’est vraiment inadmissible. Pareil pour le Plateau. L’Atlantique a chuté jusqu’à la 5ème place. Vous voyez que les choses s’inversent et ceux que vous croyez petits ont commencé par prendre conscience et décider de jouer dans la cour des grands

On a constaté que, au Bepc, les scientifiques ont pris le dessus sur les littéraires. Cela n’est-il pas la conséquence directe des mesures prises en vue de valoriser la science au Bénin ?
Je pense que la science (Moderne court) a pris le dessus cette année contrairement à l’année dernière. La science a pris le dessus et je suis très heureux. Les enfants ont fait la physique et la langue et c’est à l’examen qu’ils ont pu trancher. Il y a même des littéraires qui se sont débrouillés en science. De toute façon c’est heureux et nous allons dans cette direction. La technique va primer et on sera un pays d’atelier. Des hommes qui savent utiliser leurs mains. Bien vrai les littéraires aussi ne sont pas du reste. Par exemple lorsque vous avez le Bac A et que vous vous inscrivez à l’université, vous êtes administrateur. Vous êtes responsable d’une unité on dit que vous avez fait les lettres et la gestion devient.

Le Bac n’est pas un emploi. Allez-vous exhorter les bacheliers à poursuivre les études supérieures, étant donné la massification qui prévaut dans les universités et la précarité qui sévit actuellement ?
Je fais comprendre tout de suite par rapport au langage Bac premier diplôme universitaire. Il y a des gens qui ont leur Bac et s’inscrivent dans la vie active, sans aller à l’université. Parmi les candidats que nous avons aujourd’hui, il y a certain qui sont dans les administrations et cherchent le Bac pour évoluer dans leur carrière. C’est vrai ils ne sont pas nombreux. Le gros lot après le bac, c’est aller à l’université et c’est pour cela que les gens disent que le Bac est le premier diplôme universitaire. Mais il faut nuancer. La massification de la pression démocratique scolaire et universitaire dans nos universités fait peur. J’ai l’habitude de le dire que pour le choix de filière c’est déjà un casse-tête pour les parents dès lors que l’enfant a le Bac. Nous avons un guide d’orientation produit par le ministère de l’enseignement supérieur qui est déjà en circulation. Cela permet de voir les spécialités et les offres d’emplois. Il faut que les parents s’asseyent avec les enfants pour faire le choix de filière. Première chose, il n’est pas toujours dit que celui qui évolue dans la vie passe forcément par le cursus secondaire ou universitaire. Il y a des gens qui ne sont jamais allés à l’école et qui ont réussi. A partir du Bac déjà on peut commencer par voir les horizons et faire un bon choix. Car aujourd’hui, il ne faut pas juste grossir le nombre des diplômés sans emploi. C’est pour cela que l’option du gouvernement au secondaire en mettant l’accent sur 70% de technique et 30% de général me plaît. Il faut qu’on aille dans ce sens et encourager la technicité. Non pas pour laisser tomber le général parce qu’un pays ne peut pas évoluer uniquement avec la technique. Il faut bien d’autre choses comme la philosophie l’histoire etc.

Un mot conclure cet entretien
Je dirais pour conclure que désormais les nouvelles réformes entreprises dans le système éducatif et surtout le travail que nous attendons du Conseil National de l’Education voilà des éléments qui vont introduire des modifications basiques dans notre système éducatif et produire des résultats qui vont nous permettre de nous placer au rang des autres pays. Le système francophone a montré ses limites et d’ailleurs ce n’est plus un modèle. J’ai conseillé à certains qui sont dans la structure d’orienter les recherches vers les systèmes éducatifs Anglo-Saxons, Chinois et même Russes et faire un mixage pour nous sortir un système spécifique et on prendra encore le Bénin comme référence au plan mondial.
Propos recueillis par Patrice SOKEGBE





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