Le faux pas des boulangers : Le gouvernement a le dos au mur

Moïse DOSSOUMOU 16 mars 2022

La messe est dite. Depuis hier, la donne a changé. Une fois de plus, les consommateurs sont contraints d’avaler une énième pilule amère. Produit ailleurs, le blé, un produit de première nécessité, très consommé au Bénin, a pris de la valeur. Depuis plusieurs mois, les promoteurs et exploitants de boulangeries subissent ce coup dur. Longtemps annoncée, la hausse du prix du pain est devenue une réalité. Hier, mardi 15 mars, réunies en assemblée générale extraordinaire conjointe, les associations des promoteurs et exploitants de boulangeries des départements de l’Atlantique-Littoral et de l’Ouémé-Plateau ont pris leurs responsabilités. Face au silence du gouvernement, ils ont décidé, à compter de ce jour, 16 mars 2022, de la hausse du prix du pain à raison de 135fcfa pour la vente en gros et 150 pour la vente en détail. Les consommateurs, notamment les amoureux des produits fabriqués à base de blé, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

La galère des promoteurs
La grogne se faisait persistante dans leurs rangs. Depuis de longs mois, ils ne cessent de lancer des SOS en direction des décideurs. En cause, selon le cas, l’absence et l’insuffisance de mesures de compensation des pertes enregistrées à la suite de l’augmentation du prix du blé sur le marché international. Si les fabricants et commerçants de pâtes alimentaires parviennent à jouer sur les prix pour rétablir quelque peu le déficit, ce n’est pas le cas des fabricants du pain qui ne peuvent agir de leur propre chef sur le prix du pain sans l’assentiment du gouvernement. En effet, denrée très prisée ailleurs et chez nous, compte tenu de la modicité du prix de vente, le pain ne peut connaître des augmentations anarchiques selon le bon vouloir des producteurs de blé et promoteurs de boulangerie. Considéré comme la nourriture du peuple, le pain n’est pas un aliment dont le prix est encadré. Ailleurs, la surenchère a perturbé le système politique et causé la perte des gouvernements. C’est pourquoi, des garde-fous sont mis pour éviter qu’il ne soit cédé au gré des humeurs et des caprices des boulangers. Mais il faut croire que la patience des promoteurs et exploitants de boulangeries des 4 départements qui abritent les plus gros consommateurs a dépassé ses limites. Peut-être que la hausse annoncée n’est qu’un ballon d’essai qui sera confirmé par un document officiel.

Un moyen de pression
En réalité, seul le gouvernement, à travers la prise d’un arrêté interministériel, est en droit d’augmenter le prix du pain. D’ailleurs, les promoteurs et exploitants de boulangeries en sont conscients. La preuve, leur communiqué qui consacre l’augmentation du prix du pain le mentionne expressément. « Les deux bureaux exécutifs exhortent tous les promoteurs et exploitants de boulangeries au respect strict de cette décision pour le bien-être de la corporation en attendant un nouvel arrêté fixant le prix du pain en République du Bénin ». Très souvent, pour que le prix soit encadré dans des proportions raisonnables, l’Exécutif le subventionne en échange de facilités et d’allègements fiscaux au profit des promoteurs. Il faut croire que tout ceci n’a pas produit les effets escomptés. De guerre lasse et voyant leurs entreprises sur le point de faire faillite, les promoteurs se sont substitués au gouvernement. De deux choses, l’une. Soit le gouvernement s’inscrit dans la logique de l’assemblée générale extraordinaire d’hier et confirme officiellement les nouveaux prix, soit le gouvernement maintient les anciens prix et offre des compensations aux promoteurs et exploitants des boulangeries. En forçant la main au gouvernement par la prise d’une telle décision après des mois de galère, les boulangers veulent voir leur peine s’atténuer. De toutes les manières, étant des citoyens ayant investi dans un secteur d’activité et donc devenus des créateurs de richesses, ils sont devenus des partenaires privilégiés des décideurs qui doivent entretenir un dialogue fécond avec eux. Même si les consommateurs en paieront le prix à compter de ce jour, il faut espérer que dorénavant, gouvernement et boulangers s’entendent sur un minimum pour éviter qu’un camp en vienne à prendre ses responsabilités, de manière unilatérale, comme ce fut le cas hier.





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