Le ministre béninois de de la santé à propos de la Covid-19 : « Se faire très tôt consulter pour ne pas arriver à des stades de gravité »

Fulbert ADJIMEHOSSOU 26 juin 2020

Sur la télévision nationale, le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin a insisté sur la consultation précoce pour une prise en charge efficace.

Le Bénin franchit la barre des 1000 cas à la date du 24 juin 2020 avec un total de 1017 cas confirmés à l’infection à la Covid-19. Comment peut-on analyser ces chiffres ?
Je confirme et je précise qu’effectivement à la date du 24 juin 2020, nous comptons 1017 cas. Ce qui nous fait passer le chiffre fatidique des 1000 cas. Il faut dire que sur la même lancée, nous avons eu à dépister en une journée plus de 115 cas pour la première fois. Ces 115 cas sont issus du diagnostic posé sur des cas contacts. Ça veut dire que si nous arrivons à faire plus de 500 tests en une journée et que nous avons ce résultat, c’est qu’il y a de plus en plus de cas positif, issus des cas contacts des cas positifs. Il faut dire que le mal est effectivement dans la communauté. Il faut plus que jamais que les populations respectent strictement les mesures barrières mises en place. C’est-à-dire, le port de masques dans tous les lieux publics, le lavage systématique de mains à l’eau et au savon ou la désinfection des mains au gel, à la solution hydro alcoolique et évidemment le respect de la distance de sécurité sanitaire d’au moins un mètre qui permet d’être en contact les uns les autres et de se transmettre le virus. Il faut dire que parmi les cas, nous avons eu 14 décès. Ces décès proviennent des cas graves. Nous en avons de plus en plus.

En quoi ces cas sont graves ?
Ce sont des cas graves parce que lorsqu’ils arrivent, ils sont en détresse respiratoire. Malheureusement, ils consultent tardivement. C’est le lieu d’appeler les populations à consulter tôt. Avant, il est plus que jamais question qu’au moindre petit signe, un petit essoufflement, une petite toux ou un petit rhume, une petite non sensations de odeurs, de consulter immédiatement. Surtout, j’attire l’attention sur le fait que ces cas graves surviennent chez des sujets qui portent des tares, notamment la drépanocytose, le diabète, l’asthme les maladies respiratoires et autres. Ces sujets sont encore plus fragilisés par rapport cette maladie. L’ensemble de la population doit consulter tôt mais plus encore ces cas. Il faut que dès le moindre petit signe, le réflexe soit d’aller vers les agents de santé, d’appeler le numéro 136 du ministère de la santé pour se signaler et se faire prendre en charge. Si on ne se fait pas prendre en charge tôt, c’est des complications et la mort.

Est-ce que c’est parce que vous estimez que les Béninois ont peur de se rendre à l’hôpital que vous insistez sur cet état de la chose ?
Nous avons effectivement eu à faire des constats. La majorité des cas graves qui posent problème au personnel soignant et des cas qui décèdent sont des personnes qui consultent tardivement, après 8 à 10 jours de traitement à domicile, à faire de l’automédication. C’est pour cela que nous insistons impérativement sur la nécessité de consulter tôt. La stratégie mise en place par le Gouvernement qui repose sur le traitement présomptif dès les premiers signes a plus d’efficacité. Il faut que dès les premiers signes, si on consulte, que le personnel de santé ait le réflexe de mettre le traitement présomptif et également de procéder au diagnostic.

En cas de décès, comment se déroule l’enterrement ?
Oui, il y a des décès. Mais je voudrais aussi rassurer les populations que la prise en charge est totalement gratuite. Lorsqu’elles viennent au niveau des structures de santé, on les prend en charge totalement gratuitement pour éviter que ces décès ne surviennent. L’enterrement se déroule dans des conditions particulières qui sont définies par des normes internationalement reconnues par les autorités de santé publique au niveau mondial. En effet, la manipulation de cadavres issus de situation d’épidémie est hautement contagieuse. C’est ce qui fait que cet enterrement ne peut se faire que par un personnel de santé formé à cet effet. Les parents restent loin. On veille quand même que les rites religieux se déroulent pour respecter la dignité de la personne décédée. Mais l’enterrement est réalisé exclusivement par le personnel de santé, les parents étant très loin de distance. C’est impératif qu’on n’en arrive pas là. Nous respectons beaucoup nos parents, nos proches, préservons-les en respectant les mesures barrières et en consultant tôt dès les premiers signes pour éviter d’arriver au stade de gravité.

Monsieur le ministre, on aurait appris que des personnes seraient testés positives au coronavirus mais ne sont pas gardées dans les centres de santé. Est-ce que vous le confirmez ?
Absolument, je confirme cette information. Il faut comprendre cette stratégie. Il y a deux stratégies de quarantaine : l’isolement à domicile avec le respect strict des mesures barrières et du traitement et l’isolement pour les cas graves dans les structures identifiées et dédiées à cet effet. Donc les personnes qui sont souffrantes mais qui ne présentent pas de signes dangereux, à partir du moment où elles démarrent le traitement, elles restent à domicile avec un suivi par l’équipe de santé de la zone sanitaire et d’interventions rapides jusqu’à la guérison. Mais les cas graves, les cas sévères et les sujets porteurs de tares, de drépanocytose, de diabète et autres sont systématiquement hospitalisés au niveau des sites de prise en charge. Ce qui permet d’anticiper sur la survenue de cas de gravité et de pouvoir les prendre en charge assez tôt.

C’est vrai que les populations devraient respecter les mesures barrières. Concrètement que fait le Gouvernement au vu de ces statistiques que nous avons ?
Au regard de ces statistiques, le Gouvernement a entrepris un certain nombre d’actions, notamment en accentuant la situation au niveau des chaines de radio télévisées et autres dans toutes les langues et également vers des groupes cibles. Vous avez eu à constater que le Gouvernement a eu à rencontrés les confessions religieuses pour insister encore davantage sur cette sensibilisation et le respect des gestes barrières. Nous avons rencontrés les gestionnaires de marché. Hier le ministre de l’enseignement secondaire et moi avions rencontré les responsables des établissements secondaires. C’est pour dire que le Gouvernement ne reste pas du tout inactif et entreprend beaucoup d’actions pour essayer de contenir cette pandémie et surtout de veiller à ce que nos populations puissent respecter les mesures barrières prescrites et surtout, très tôt consulter pour ne pas arriver à des stades de gravité.

Votre mot de la fin
C’est encore une fois demander aux populations de se rendre compte que la gestion de la Covid-19, le contrôle de sa propagation est une question de responsabilité individuelle et collective. Il faudrait que nous ayons à l’esprit de pouvoir préserver les nôtres qui sont fragiles pour éviter les stades de gravité et la mort. Chacun de nous a des personnes souffrant de tares dans sa famille. Il faut les protéger, c’est-à-dire respecter strictement les mesures barrières. La ligne du ministère de la santé pour recueillir les symptômes et autres plaintes c’est le 136. Appelez dès le premier signe pour être pris en charge tôt.
Propos transcris par Fulbert ADJIMEHOSSOU





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