Le Pangolin : Plein feu sur une espèce menacée, suspectée de porter le Coronavirus

Fulbert ADJIMEHOSSOU 18 février 2020

Très peu connu, le Pangolin revient depuis quelques jours dans l’actualité puisque suspecté de porter le Coronavirus. Au cours de l’édition 2020 de la Journée mondiale dédiée à ce petit mammifère, le 17 février, les acteurs de protection de l’environnement se préoccupent des menaces.

Très peu de Béninois rencontrés à Cotonou connaissent l’animal. Il est si petit, et moins menaçant qu’il passe inaperçu, les menaces qui pèsent sur lui aussi. Un tour au Musée de Nature Tropicale, et on peut en savoir plus à travers une journée portes ouvertes organisée ce 17 février. « Ici, on m’a appris que le pangolin est un mammifère qui a des écailles, qui mesure 20 cm environs. Dans le monde entier nous avons 8 espèces dont 4 en Afrique. Je sais aussi que les pangolins sont en voie de disparition parce que les braconniers les tuent pour récupérer les écailles et les vendre. Je suis choquée parce que les générations à venir ne pourront plus le voir », Confie Ever, élève en classe de Seconde D au Collège Padre Pio.
C’est une espèce que beaucoup ne découvrent que dans le cadre de l’épidémie du Coronavirus dont le foyer est en Chine. En effet, des chercheurs chinois suspectent depuis peu le pangolin d’avoir servi d’hôte intermédiaire au nouveau coronavirus SARS-CoV-2, entre la chauve-souris et l’homme. Il y aurait donc une très grande proximité sur la séquence génétique codant la structure qui permet au virus de se lier aux cellules de l’arbre respiratoire humain.

Un féru des insectes et des termites
Le Pangolin est en réalité une espèce qu’on retrouve dans les forêts, savanes et déserts. On en dénombre quatre espèces en Afrique et quatre autres espèces classées en danger ou en danger critique d’extinction en Asie. Au Bénin, au-delà du cadre d’un musée, on retrouve ces insectivores en milieu naturel. L’étude sur l’écologie et l’ethnozoologie du pangolin à trois croupes menée dans la réserve forestière de Lama sous l’égide du Professeur Brice Sinsin a montré que la densité était de 0,84 pangolins/km2 pendant la saison sèche et le nombre d’observations n’a pas différé de manière significative entre les plantations et la forêt naturelle. « L’habitat préféré était colonisé par des termitières dans 62% des sites. Les pangolins se trouvaient principalement dans les trous de Dialium guineense et de Ceiba pentandra dans les forêts naturelles fermées. Le pangolin à trois croupes joue un rôle important en tant que nourriture, médicament, mythique et source de revenus pour les communautés locales autour de la réserve forestière de Lama », a-t-on souligné dans l’étude publiée dans la revue scientifique internationale Mammalia.

Une espèce fortement menacée
Bien que protégée par la loi, il n’est pas exclu de retrouver cette petite "boule d’écailles" le long du Corridor Cotonou-Bohicon, à la hauteur de Zogbodomey ou de Allada. Pire, l’espèce est traquée par les braconniers qui exportent ses écailles vers l’Asie. Le 19 mars 2018, la Cellule Aéroportuaire Anti Trafic (Caat) de l’aéroport international de Cotonou, a mis la main sur trois présumés trafiquants d’écailles de pangolins. Ces trafiquants s’apprêtaient à s’envoler pour le Vietnam avec 513 kg d’écailles pour une valeur estimée à 500 millions de FCFA. Cette dernière décennie, un million de pangolins ont été victimes du braconnage. Leurs écailles sont principalement utilisées en médecine traditionnelle asiatique.

Joséa Dossou Bodjrènou, Directeur de Nature Tropicale ONG :
« Au moins, les humains auront un peu peur de toucher à cet animal »

Ce 17 février, la Communauté internationale a célébré la journée mondiale des pangolins. Une édition qui intervient dans un contexte d’épidémie sur fond de lien probable avec ce mammifère. Joséa Dossou Bodjrènou, Directeur de Nature Tropicale ONG, parle des menaces qui pèsent sur l’espèce et pense que les humains devraient limiter la chasse de ces animaux, si le lien se confirmait.

Que saviez-vous sur ce petit mammifère très vulnérable ?
C’est un mammifère qui se retrouve dans les écosystèmes forestiers et qui est un insectivore. Ces animaux peuvent peser jusqu’à 20, voire 30 kg. Mais ce qui est courant chez nous, ce sont des espèces de 5 kg. Malheureusement, ces pangolins sont très menacés aujourd’hui, d’où la journée internationale qui leur est dédiée.

D’où viennent les menaces ?
La première menace sur les espèces animales, c’est l’Homme. La première raison est qu’il y a la chair du Pangolin qui est assez succulente. C’est ce mammifère qui est un peu allongé et dont le corps possède des écailles qui le protègent. Dans la nature, quand on aperçoit l’animal et on fait un mouvement, il s’enroule comme le ballon. Il est sans défense. Les gens le prennent et l’emportent. Là, c’est consommé pour la viande. La deuxième menace est que les écailles du Pangolin sont exportées vers le marché asiatique où elles sont utilisées dans la médecine traditionnelle.
Entre autres menaces, l’habitat du pangolin est totalement dégradé dans nos écosystèmes. Au Bénin, on retrouve le Pangolin dans la région d’Allada, dans les forêts classées comme la Lama, dans le Mono et dans le Centre du pays dans les habitats forestiers. Mais c’est émietté. Quand vous constatez qu’il y a des feux de brousse dans ces endroits, l’animal n’a plus d’espoir. Il y a beaucoup d’espèces qui sont décimées dans les feux de brousse, surtout les fourmis, les termites et autres. Quand l’alimentation disparaît, ça devient un danger pour l’animal.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas une règlementation en la matière au Bénin ?
Nous avons des règlementations. Le Bénin à travers la loi portant régime de faune classe le Pangolin comme une espèce intégralement protégée dans la catégorie 1. Normalement, dans cette catégorie, on ne devrait pas tuer l’animal. C’est comme tuer l’éléphant. Mais c’est que c’est un animal tout petit qu’il y a très peu d’attention à son égard. Si on ne sensibilise pas les gens et qu’on continue à massacrer, avec le commerce sur son écaille, ça risque de disparaître et il y aura des répercussions sur l’Homme. Quand on parle de fourmis et de termites, ces animaux ont des rôles. Ça sert à l’alimentation du pangolin mais si l’animal disparaît ces fourmis et termites pourraient se multiplier plus rapidement et constituer des menaces pour l’écosystème.

N’est-il pas nécessaire d’aller au-delà de la sensibilisation ?
Oui, il faut aller au-delà de la sensibilisation. Ce qui n’est pas connu du grand public, c’est qu’il y a eu des arrestations de trafiquants qui connaissent ce business. Avec l’appui des forestiers et de la Police, il y en a eu. On peut rappeler au public qu’en 2018, à l’aéroport de Cotonou, on a arrêté des trafiquants avec plus de 513 kg d’écailles de pangolins présentés comme des écailles de poissons. Aujourd’hui, les écailles de pangolins sont plus chères que la drogue. Imaginez combien de pangolins ont été tués pour qu’on ait cette quantité saisie. Quand nous voyons les gens en train de vendre des gibiers et des aulacodes, ce n’est pas la même chose avec un pangolin. Normalement ceux qui présentent ça au bord de la voie peuvent être arrêtés parce que le pangolin est protégé par la loi. Alors que l’aulacode est considérée comme un gibier. Par méconnaissance des textes, les gens se retrouvent au bord de la route avec. C’est l’occasion de montrer que la loi est en train d’être violée et qu’à tout moment, les forestiers et policiers peuvent procéder à des arrestations.

Aujourd’hui, des chercheurs tentent de faire le lien entre le pangolin et le Coronavirus qui menace l’humanité. Quelle est votre lecture de la situation ?
Nous ne sommes pas là pour confirmer si c’est vrai ou faux. Si effectivement ce coronavirus se retrouvait chez le pangolin comme tout autre virus qui peut se retrouver chez n’importe quel animal, ça va aider à préserver l’espèce. L’animal même ne développe pas de maladies avec la présence de ce virus. Au moins, les humains auront un peu peur d’aller toucher à cet animal. Nous voulons inviter les gens à respecter la nature, à vivre en harmonie avec la nature. Si nous continuons de vendre tout ce qui provient de la nature, de manipuler le animaux sans précaution, les mêmes causes produiront les mêmes effets.
Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU





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