Libération du lit de la rivière Djonou : Sous les ruines de bulldozer à Houédonou

Fulbert ADJIMEHOSSOU 31 octobre 2019

Suite à l’étalement des eaux sur la voie Cotonou-Calavi, à la hauteur de Djonou, la Préfecture de l’Atlantique fait libérer les berges. Les occupants des lieux ont vécu, impuissants, les ravages des tracteurs.

« C’est fini ». Suite à ces mots, les bras de Gédéon retombent. Il se retourne sur lui-même, puis s’adossent à un véhicule pour chercher l’équilibre. Tout semble échapper à cet occupant des berges de la lagune de Djonou, à Godomey. « Je ne sais vraiment comment reprendre la vie », confie-t-il. Pendant au moins un quart d’heure, Gédéon est resté concentré à suivre la scène de la démolition de la boutique où il tirait l’essentiel de ses revenus. Locataire, il aurait voulu être averti plus tôt. « On était là autour de 11 heures quand le Préfet est venu. Ils ont libéré du côté du pont. On pensait que c’était fini. Mais, on nous presse de libérer avant 15 heures. Je ne sais pas si notre propriétaire est averti », nous a-t-il confié autour de 14 heures.
En réalité, suite à l’étalement des eaux sur la chaussée au voisinage du Pont de Djonou, le ministre des transports, Hervé Hèhomey avait annoncé la libération du lit, visiblement encombré. « Nous allons voir comment dégager le lit du cours d’eau pour favoriser l’écoulement des eaux. Il y a des gens qui ont fait obstruction à l’eau. Il y a tout ça qu’il faut dégager, refaire le lit pour favoriser l’écoulement du cours. L’eau est détournée un peu de son lit », avait-il laissé entendre.

Une course contre la montre
Et c’est fait. Sur place, à 13 h 30, un habitat vitré en ruine attire les attentions. Un riverain s’empresse d’expliquer à qui veut l’entendre qu’il a pourtant averti la propriétaire. « C’est moi-même qui suis venu l’informer. Le gardien était là. Mais elle a dit que ce sont les gens qui sont au niveau de la berge qui sont concernés », insiste-t-il. Sur la berge, les traces de l’engin lourd se remarquent aisément. Les habitats précaires ont volé en éclat. Des ouvriers s’empressent de ramasser les graviers dans l’eau. Les riverains essaient de sauver le peu. En pause, le bulldozer qui venait de ravager une grande partie des constructions, définitives ou précaires, semble mettre la pression, bien qu’immobile.
Des menuisiers de circonstance enlève des objets encore récupérables. Des véhicules sont mobilisés pour le transport des objets récupérés. Kédah, l’un des occupants du site s’empresse aussi. Il dit n’avoir pas le choix. « C’est comme on le dit chez nous, les singes ont dévasté le champ et on viendra frapper les jumeaux à la maison. Est-ce que la voie a été remontée comme cela se doit dans le cahier de charges ? », fulmine-t-il. Sauf que ce n’est plus le temps de poser des questions.
Il sera bientôt 15 heures, et le bulldozer entrera à nouveau en action. « L’autre mardi, le Préfet nous avait dit qu’on a une semaine. Ça devrait être un travail en deux phases, libérer la berge puis ici. Nous avons accepté comme c’est la population qui souffre. Ce mardi, il est venu pour nous dire qu’il viendra avec les engins », ajoute-t-il.

Et les mûrs s’écroulent… !
Il est 15 heures. Après un laps temps de plus, l’engin entre en action. La construction peinte en vert sera la première cible. Le climatiseur est toujours en place. Il sera emporté dans le flot de béton qui s’écroule. De sa pelle, le bulldozer rase tout jusqu’à la clôture érigée dans les marais. Les autres habitats suivent, devant des usagers tout aussi attristés que satisfaits. « Le Béninois est têtu », lance quelqu’un dans la foule. Et à un autre de répondre, « On sera soulagé. Le Gouvernement veut élargir la voie ». Pendant, ce temps, d’autres réclament plus de justice. « Vous voyez là où il y la boutique, les gens ont construit sur le caniveau », crie une dame, la soixantaine. Une vue panoramique du pont, permet de mieux apprécier les dégâts. Les usagers en direction de Calavi prennent le temps de vivre le spectacle, et espèrent que la solution ne sera pas simplement superficielle.





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