Lutte contre la Covid-19 : La Police Sanitaire, le grand absent

Fulbert ADJIMEHOSSOU 18 juin 2020

Ni vu au front, ni connu du grand public. Jadis très connue pour ses actions dissuasives et répressives, la Police sanitaire s’est éclipsée pendant que le contexte de la pandémie du coronavirus force à la ramener au-devant de la scène. Instituée par la Loi n° 87-015 du 21 septembre 1987 portant Code d’Hygiène Publique, et régie par le décret N° 1997-624 du 31 déc. 1997 portant Structure, composition et fonctionnement de la Police Sanitaire, cette unité spécialisée est bien plus qu’indispensable en ces temps de veille, de prévention et de lutte contre la pandémie qui défie les frontières.
Certes, la Police Républicaine est sur le terrain pour rappeler à l’ordre tous les citoyens qui ne portent pas les masques pour faire barrière au virus. Mais, il faut plus que ça. Et la police sanitaire a été mise en place justement pour contribuer à l’éducation des citoyens sur les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement. Vraisemblablement en sous-effectif et limitée aux trois communes à statut particulier, elle est loin d’être efficace pendant qu’on a besoin d’elle.
L’ennemi n’est pas que la Covid-19. Celle-ci n’est que l’arbre qui cache la forêt. Au-delà de la pandémie, sa présence dans les ménages, dans les quartiers de villes et dans les villages est indispensable pour faire respecter les mesures d’hygiène partout et en tous temps pour préserver les populations des maladies diarrhéiques liées à la mauvaise hygiène de l’eau.
Et là-dessus, les textes régissant la Police Sanitaire sont clairs. « La Police Sanitaire est chargée de rechercher et de constater les infractions à la législation de l’hygiène ». Alors, même après la Covid-19, il faudra continuer à veiller sur la présence ou non de dispositif de lavage de main et des dispositions du code d’hygiène, une loi qu’il faut d’ailleurs actualiser pour renforcer la Police sanitaire.

Une police, une mission, des moyens !
Le temps démontre qu’il faut faire émerger le corps de la police sanitaire. Elle a besoin d’être présente et visible sur le terrain. Elle doit enfin s’émanciper par sa présence dans toutes les communes du Bénin et le bon sens voudrait que les moyens soient mis à sa disposition pour qu’elle soit renforcée. Entre autres moyens, la possibilité doit être donnée aux agents de pouvoir verbaliser tout citoyen qui enfreint aux règles d’hygiène. Egalement, une meilleure coordination aussi bien avec la Police Républicaine et les autorités communales et sanitaires est indispensable. Ainsi, on pourrait ne plus avoir à s’inquiéter de l’incivisme des citoyens dans le respect ou non des mesures préventives de maladies ou d’épidémie. Il n’est pas superflu de rappeler que l’incidence des maladies liées à l’eau et à l’hygiène dont le choléra, les diarrhées, l’hépatite, les amibes, le paludisme, la fièvre jaune, la poliomyélite, le ver de Guinée, et autres, aurait drastiquement été réduite si en plus de promouvoir l’hygiène, la répression était de mise. En effet, si la sensibilisation doit s’intensifier, il devrait en être de même du contrôle de la qualité sanitaire des ménages, bars, restaurants, et toute unité de production soumise à des règles d’hygiène. Un Corps d’agents assermentés et mandatés pour répondre à la pandémie actuelle et aux épidémies futures est plus que jamais une urgence.
Pour rappel, « les agents de la Police Sanitaire ne peuvent exercer leurs activités qu’entre 06 heures et 21 heures. Toutefois, les visites intra domiciliaires peuvent s’effectuer en dehors des heures précitées dans le cas suivant : appel de l’intérieur, risque de disparition des preuves de l’infraction au Code d’Hygiène Publique dont il a connaissance. Ils ont le droit de requérir la force publique dans l’accomplissement de leur mission ». « Les infractions en matière d’hygiène, sont constatées par des procès-verbaux établis par les agents d’hygiène et les agents commissionnés et assermentés ». Il faut le savoir parce que peut-être demain, elle sera dans les rues.





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