Lutte contre la lèpre au Bénin : Plongée dans la vie des lépreux guéris

Fulbert ADJIMEHOSSOU 2 février 2021

Maladie tropicale négligée, la lèpre n’est pas encore totalement éradiquée. Avec la Covid-19, les peines s’endurcissent pour les plus fragiles. Et pour ceux qui en sont déjà guéris, un nouveau combat commence pour leur insertion. A Ouidah, ils nous racontent leur singulière histoire.

Ouidah, cité historique du Bénin. A quelques pas du Séminaire St Gall se trouve la léproserie de la ville. Depuis 1946 se mène dans ce Centre de Traitement anti lépreux (CTAL), un combat sans relâche contre la lèpre, une maladie qui frappe encore une personne toutes les 3 minutes dans le monde. Elle se transmet à partir des sécrétions nasales ou des gouttelettes de salive ou encore par une promiscuité prolongée avec une personne non traitée. En raison du temps d’incubation de l’infection qui dure plusieurs années, les porteurs asymptomatiques peuvent transmettre la maladie. D’où, l’intérêt d’une prise en charge précoce. « Nous faisons le diagnostic. Nous mettons le malade en confiance pour qu’il comprenne qu’il peut être guéri. On l’explique le processus de traitement. Quand c’est la forme moins grave, c’est-à-dire la lèpre paucibacillaire (PB) le traitement dure 6 mois. Le traitement dure 9 mois voire un an pour la forme grave, la lèpre multibacillaire (MB) », explique Sœur Marie Séréna Adéoty, Directrice du CTAL de Ouidah.
Cette léproserie a vu traiter et guérir plusieurs dizaines de patients depuis sa création. Contaminée il y a 22 ans, alors qu’elle n’était qu’un enfant, Béatrice Hounnou, en plus de perdre l’usage de ses mains porte désormais une prothèse. Son réconfort, elle le puise dans l’accueil qui lui a toujours été réservé dans cette léproserie avec l’appui de la Fondation Raoul Follereau. « La maladie rend les pieds et les mains insensibles. Vous ne sentirez rien si vous vous brulez ou blessez. Nous sommes traités comme si nous étions leurs frères. Ils ont pris tout en charge, de la nourriture aux antibiotiques. J’ai fait au moins 5 ans dans ce centre. Je n’ai pas payé de loyer. Le plus important, c’est de respecter les consignes des soignants pour être vite guéri. C’est d’ailleurs pourquoi nous sommes parfois gardés ici sous surveillance », confie la commerçante.

Le combat de l’insertion après la guérison
Depuis sa création en 1953 par Raoul Follereau, la journée mondiale des malades de la lèpre mobilise les populations de plus de 110 pays dans cette lutte. Au Bénin, cela a été toujours un moment de solidarité et de retrouvailles, sauf cette année, où la pandémie de la Covid-19 s’est invitée. Néanmoins, ce dimanche, nous aurons la chance de rencontrer des patients guéris, venus d’ailleurs nombreux à la messe.
L’ambiance n’est pas festive. Lazare Gounouvè, un malade lépreux guéri, tente de semer de la joie dans les cœurs. « C’est notre Dj », nous confie quelqu’un dans le lot. Ce matin, il chante toute sa reconnaissance à l’endroit de ses soutiens, soignants, personnes et organisations généreuses. « J’ai mis pieds ici pour la première fois, il y a 8 ans. Nous avons beaucoup dépensé ailleurs en vain, en cherchant la guérison. Mais une fois ici, j’ai trouvé satisfaction. C’est vrai que ça n’a pas été facile mais aujourd’hui, non seulement je vais bien, je suis accepté par mes proches mais j’ai appris à faire l’élevage », relate cet ancien pêcheur qui trouve sa nouvelle passion dans le monde agropastorale.

Cette maladie infectieuse reste stigmatisante. Lorsqu’elle n’est pas traitée à temps, la lèpre provoque des paralysies et des mutilations des membres ainsi que des atteintes oculaires pouvant entraîner la cécité. Le combat pour l’insertion après guérison s’impose en même temps que celui d’un diagnostic précoce. « Les malades lépreux sont presque rejetés, même par leur propre famille. Après le traitement, il y a des gens à qui on a coupé les pieds. Il leur est difficile de se prendre en charge. On réfléchit pour les intégrer socialement. Depuis 4 ans, nous avons réfléchi avec la Fondation Raoul Follereau pour les insérer à travers des formations agropastorales de six mois. Ce n’est pas moins de 3 millions par an. Ils deviennent utiles à quelque chose et autonomes », renseigne Sœur Marie Séréna Adéoty.
Ainsi, au-delà donc du traitement de la lèpre, les patients guéris, voire leurs progénitures peuvent suivre une formation pour faciliter l’insertion. Arrosoirs en mains, Thomas Bossa dont la mère a été prise en charge par le Centre de traitement anti lépreux de Dassa est à l’œuvre dans l’une des unités du centre de Ouidah. « Ma maman ne peut pas faire la formation et a souhaité que je la fasse à sa place pour pouvoir la prendre en charge », témoigne ce soudeur, qui a désormais une seconde corde à son arc et un autre regard sur les personnes malades de la lèpre. « Ce sont des gens comme nous, nous ne devons pas les regarder autrement », ajoute-t-il.
La lèpre reste et demeure un problème de santé publique. Elle n’est pas encore éradiquée. D’ailleurs, dans le monde, en un an, près de 11 000 nouveaux cas de lèpre avec infirmité irréversible ont été dépistés. Sur la période, près de 15 000 enfants l’ont contracté. Avec des conditions d’hygiène précaires qui persistent dans certains milieux, le terrain est encore favorable au développement de certaines infections tropicales. Les défis sont grands, autant pour le dépistage, le traitement que l’insertion des malades.





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