Menace d’inondations au Bénin : L’Alibori et la basse vallée de l’Ouémé sur le qui-vive

Fulbert ADJIMEHOSSOU 29 août 2019

Le Bénin est en période de crues. Les niveaux d’eau relevés sur les bassins de l’Ouémé et du Niger ces derniers jours virent dans le seuil d’alerte maximum. Dans l’Alibori, le Préfet alerte par rapport au risque pendant que dans la basse vallée de l’Ouémé, sensibilisées, les populations se préparent à y faire face.

Une matinée pas comme les autres à Hêtin Houedomey. Dans cet arrondissement de Dangbo, dans la basse vallée de l’Ouémé, on revisite les consignes pour une traversée sans incident de la période de crues. A l’œuvre, ce mercredi 28 août 2019, le Directeur de Prévention de l’Agence Nationale de Protection Civile (Anpc), Georgino Houessou préfère choquer pour accrocher les attentions. « Tout à l’heure, nous avons vu une barque surchargée. Imaginez s’il arrivait un incident et qu’elle se renverse, comme c’est le cas à Bopa, à Malanville ou à Bonou. Nous devons en finir avec ces pratiques à risques. La vie n’est pas déjà facile avec une famille au complet, une mère qui se bat au marché et un père qui se défend pour avoir des revenus. Alors, qu’adviendra-t-il si vous devez prendre en charge les enfants seuls parce qu’un d’entre les deux meurt par noyade par imprudence », martèle-t-il à ses vis-à-vis avant de rappeler les consignes. « Ne laissez pas les enfants se promenez sur l’eau. Ne faites plus de surcharges. Il y a le choléra qui est là aussi. Ne trainez pas avant d’aller au centre de santé quand les enfants commencent par faire la diarrhée. Aussi, ne consommez plus l’eau sans qu’elle soit traitée. Utilisez les comprimés aquatabs », renseigne Georgino Houessou.

Zagnanado vire au rouge, Bonou et Dangbo en alerte
Les niveaux d’eau relevés sur le fleuve Ouémé ce mercredi ne sont d’ailleurs pas rassurants : 916 cm à Zangnanado, 734 cm à Bonou et 446 cm à Adjohoun. Ainsi, l’alerte est au rouge aux voisinages de Zangnanado et orange dans la basse vallée aux voisinages de Bonou et d’Adjohoun. Pour les 3 prochains jours, il est prévu une tendance à la hausse, voire le passage au rouge dans l’ensemble de la basse vallée. Selon Dr Martial Dossou, représentant du système d’alerte précoce (Sap), l’accentuation de la sensibilisation et de la prévention après les inondations de 2010 a permis de réduire les risques. Néanmoins, ce n’est pas, à l’en croire le moment de baisser les gardes avec les indicateurs actuels. « Nous allons donc poursuivre les sensibilisations pour rappeler les populations à la vigilance », confie Dr Martial Dossou.
Proches du seuil rouge, Dangbo, Bonou et les Aguégués disent avoir compris l’enjeu. « Cette fois ci, les crues ont été précoces. On les attendait à la fin du mois d’août. Le risque est partout. Nous mettons l’accent surtout sur la sensibilisation en mettant à contribution les pairs éducateurs et les secouristes », déclare Pierre Tovidé, Point Focal des Aguégués. Si les pertes en vies humaines ont diminué, les pertes de récoltes perdurent du fait des crues précoces. « Nous sommes en état d’alerte. Nous l’avons compris quand les eaux sont venues emporter nos récoltes. C’est un drame. Que ce soit des vivriers ou des tubercules, tout est parti. Il faut que nos ingénieurs agricoles nous aident dans ce sens », se désole le Chef du village de Agondon.

L’Alibori anticipe sur l’alerte maximale
Pendant ce temps, du côté du fleuve Niger, l’heure est à l’anticipation. Les données recueillies pour la journée du mercredi indiquent 811 cm à Malanville. Le seuil est donc à l’Orange. Cependant, le Préfet de l’Alibori n’a pas attendu qu’il vire au rouge pour appeler à la vigilance. « Dans le weekend, le niveau de l’eau avait monté et on était pratiquement au rouge. Mais ce mardi, nous avons constaté une amélioration de la situation qui nous ramène à l’orange. Ça veut dire que le niveau d’eau est moyen et donc c’est rassurant. Mais, il pleut encore sur l’Alibori. Ça veut dire que nous devons prendre des dispositions pour éviter le pire, en contenant rapidement les différentes difficultés, donc les dérapages au niveau de nos populations qui, la plupart comme vous le voyez à Malanville comme Karimama utilisent les pirogues etc. et ne vivent que des produits des fleuves », explique Mouhamadou Moussa, Préfet de l’Alibori sur Fraternité Fm.
Des dispositions sont donc prises pour veiller aux embarquements sur les rives de Malanville et Karimama, une zone où une barque a chaviré en début d’année avec des dizaines de mort. « À Banikoara, nous avons enregistré une noyade, c’est des cas isolés. Mais, c’est au fil du temps que nous allons laisser les choses se passer comme ça. Maintenant les pluies sont abondantes, les populations doivent éviter d’aller vers les fleuves parce que souvent c’est les enfants qui vont nager et puis l’eau les emportent. Ce travail est en train d’être fait pour qu’on en arrive pas au cas de noyades isolées », précise-t-il.





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