Menstruations : Ces jours les plus mythiques chez les femmes

La rédaction 10 décembre 2019

Une femme en menstrues est aux yeux de tous, un être impur. Traditionalistes et religieux observent souvent une distance vis-à-vis d’elles en cette période.

Belles, elles semblent devenir en peu de jours impures. Du moins, c’est l’impression que certains Béninois ont des femmes en menstrues. D’aucuns estiment que faire l’amour pendant les règles, c’est profaner la sainteté du corps et de l’esprit. « Il est déconseillé dans la tradition d’avoir des relations sexuelles avec une femme en menstrues. Car cela vous attire la malchance et le malheur », confie Hounnon Mintogbédji, dignitaire du culte Sakpata. Dah Vobla, tradipraticien à Zogbodomey va plus loin. « Une femme en menstrues ne doit pas s’approcher de son mari. Celui qui tient des rapports avec elle détruit une pièce maîtresse de sa vie. Il éteint par ignorance ses étoiles ».

Une question de spiritualité
Dans beaucoup de religions, ce qui semble être une discrimination est érigée en principes. Pour Isabelle Fadonougbo, monitrice à l’Eglise évangélique Mission des conquêtes des Nations à Jésus Christ, c’est tout à fait logique. A l’en croire, la femme en cette période ne doit pas se rendre au sanctuaire. Elle se réfère au Lévitique 14-15, verset 19 à 32. « Une femme qui saigne est dans ses indispositions pendant sept jours, et quiconque la touche est impur. ». Dans la religion musulmane, une femme en règle ne peut en aucun cas faire l’amour avec son mari. « Cette pratique est prohibée, ce n’est pas bon. Puisque la menstruation, c’est l’élimination des déchets, des maladies, d’un sang toxique qu’a accumulé l’organisme pendant 30 jours. Donc si un homme s’approche d’une femme en menstruation, il s’expose à des maladies » pense l’imam Houdouane Cheffi, directeur du centre Roukiath Douane. Dans certaines communautés, la femme en menstrues a sa case à part. Elle ne doit pas fréquenter la case des autres au risque de la souiller. Après les menstrues, la femme est purifiée, la case de même et partout où elle a pu mettre ses pieds pour rendre la maison encore pure. Ainsi, pour beaucoup, la femme ne doit pas se laisser posséder en cette période par son mari ou par d’autres hommes à cause de l’argent. C’est la femme même qui crée le fétiche qui se trouve dans son ventre communément appelé kyste. Ce fétiche l’empêche de procréer ». Chez les musulmans, la femme impure n’a pas le droit d’accéder aux lieux saints. « Durant cette période, la femme musulmane ne doit pas se rendre à la mosquée. L’exception se fait uniquement dans les périodes des deux fêtes musulmanes que sont le Ramadan et la Tabaski. Mais elle est isolée des autres femmes pendant les prières. L’accès au coran lui est formellement interdit. Ces préceptes sont abordés par le prophète Karim dans le Saint Coran », explique l’imam Houdouane Cheffi. Selon Dr Karen Ganyé, socio-anthropologue, « la plupart des religions voyaient les règles comme sales et la femme comme impure par le passé. Elles ont mis en place des interdits, qui perdurent aujourd’hui, parfois inconsciemment. ».

Des « blocages » en vue

Sans pour autant être démontrés, beaucoup craignent de subir des revers après des rapports sexuels en cette période mythique. « Cela empêche l’homme de prospérer, neutralise toutes ses protections et le laisse à la charge de ses ennemis. Sur la femme ça constitue une maladie. Une femme en menstrues ne doit jamais tenir des rapports sexuels parce qu’au cours des rapports ses menstrues peuvent êtres interrompues. A la longue, cela va lui créer des kystes, des fibromes et elle aura de difficultés à enfanter », pense Hounnon Mintogbédji, dignitaire du culte Sakpata. Pour sa part, Dah Vobla prévient de ce que « si l’homme couche avec sa femme en menstrues, il sera vite atteint par les esprits mauvais qui rôdaient autour de lui. L’ennemi doit l’avoir. La femme sera atteinte aussi si on lui envoyait des mystiques parce qu’elle est vide ». Beaucoup de jeunes en sont d’ailleurs conscients et préfèrent s’abstenir. « Je suis contre cette pratique. Sur le plan spirituel, on dit que la femme qui saigne est impure et n’a pas le droit d’accéder aux lieux saints. L’homme qui entre en contact avec elle par voie sexuelle est aussi considéré comme telle », témoigne Marcos Tossou, enseignant de français dans un collège de la place. Pour Dr Karen Ganyé « Beaucoup pensent que la femme en menstrues ne doit pas leur cuisinier car cela a le pouvoir de gâter des dispositions spirituelles prises, le sang menstruel a des pouvoirs négatifs comme positifs. Le pouvoir alchimique du sang menstruel et de l’union sexuelle a toujours été tabou malgré les mutations sociales observées au sein de la société ».
Par Firmin HLAMMASSI et Emma AWONON (Stags)





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