Mobilisation des ressources par la douane : « l’éthique douanière a contribué à l’amélioration des performances », dixite Marcellin Laourou

Adrien TCHOMAKOU 28 janvier 2021

L’émission Actu Matin a reçu hier le Commandant des douanes Marcellin Laourou, Point focal permanent de l’organisation mondiale des douanes (OMD). L’invité de la rubrique économique a mis en relief l’importance de l’éthique dans la mobilisation des ressources.

Le mardi, à l’occasion de la Journée mondiale des douanes, les performances des douanes béninoises ont été dévoilées. On note de belles performances malgré deux chocs exogènes : la fermeture des frontières et la Covid. Quand on est soldat de l’économie et qu’on atteint un tel résultat, quel est le sentiment qui vous anime ?
Le premier sentiment, c’est celui de fierté et du devoir accompli. Puisque comme vous l’avez dit, nous sommes des soldats économiques et quand on envoie un soldat en mission et qu’il l’accompli, il a une certaine fierté et une certaine satisfaction. L’autre commentaire que je peux faire, cela dépend aussi de celui qui est à la tête de l’institution. Vous savez, Dr Charles Inoussa SACCA BOCO a reçu une lettre de mission en tant que chef de corps. C’est à lui qu’il est revenu de conduire la politique de management pour pouvoir mobiliser tout le personnel autour de lui et atteindre le résultat que vous venez d’énoncer. Un résultat que même les institutions internationales n’ont jamais pensé qu’on pouvait atteindre. Lors des prévisions, elles ont pensé que c’était exorbitant. Mais au finish, on a pu atteindre et dépasser. Vous avez évoqué deux faits majeurs : la fermeture des frontières et la Covid-19. Si on a pu faire ça, il faut être honnête. C’est grâce aux réformes. S’il n’avait pas eu ces réformes, je pense qu’on ne pouvait pas faire le tiers des performances actuelles. C’est donc un ensemble d’éléments conjugués qui ont permis d’arriver à ce résultat, sous le leadership du Directeur Général des Douanes et Droits indirects, Dr Charles Inoussa SACCA BOCO.

Certains parleront aussi de la contribution d’autres acteurs, notamment le ministre de l’économie et des finances, le Président de la République, et même de tout le personnel de la douane.
Je vous ai dit que notre premier Chef, c’est le Président de la République. En dehors du fait qu’il est le Chef de l’administration, il est le chef des armées. Le plan stratégique au niveau de la douane est un ensemble d’actions pour mettre en œuvre les instructions du Gouvernement. Notre plan d’action est inspiré du Pag, qui s’inscrit dans le cadre de la politique sectorielle au niveau du ministère de l’économie et des finances. Ça veut dire qu’en instruisant notre Directeur Général, il a suivi la chaine, surtout qu’on est dans un corps hiérarchisé. Ce sont eux qui ont amené les reformes et nous avons accompagné. Quand on parle de réformes, ça veut dire qu’il y a des pratiques à changer. Il faut donc quelqu’un pour dire qu’il est temps qu’on change. Le ministre ne peut que nous donner des instructions et à nous soldats de l’économie de le mettre en œuvre.

Vous dites que la douane mise désormais sur l’éthique dans le contrôle pour l’atteinte de ses objectifs. Pourquoi vous insistez autant sur l’éthique douanière ?
D’abord, au niveau de la douane, ce n’est pas un mot abstrait. On peut définir l’éthique comme un ensemble d’attitudes qui favorise un comportement et des pratiques de travail intègres. L’Homme est au cœur de toute chose. Au cœur des réformes, il y a donc les fonctionnaires des douanes. Aujourd’hui, il faut être honnête. Ce n’est pas parce que je suis agent des douanes que je dirai qu’il n’y a pas de ripoux dans les rangs ou qu’il n’y a pas une certaine négligence. Quand il y a des réformes et que vous êtes dans un contexte qui ne vous permet plus de faire certaines choses, vous ne devez que respecter l’éthique. C’est d’abord la consigne de l’organisation mondiale des douanes. L’éthique a plusieurs avantages. Elle permet de redorer le blason de la douane, de gagner la confiance du public. Elle permet même d’augmenter les recettes. Ça favorise même le commerce international, garantit la sécurité et la sureté. Par exemple, si on doit importer les armes, et que parce que j’ai été corrompu je laisse passer, vous voyez que je mets en péril la sécurité et la sureté de l’Etat. Et mieux, l’organisation mondiale des douanes désormais met l’éthique au cœur de la douane. Il y a même un sous-comité dédié à l’éthique où quand vous allez en réunion on ne parle que de ça. On se regarde dans un miroir pour voir ce qu’il faut changer afin d’atteindre les objectifs. Au cours de la Journée internationale de la douane, le thème était « Relance, Renouveau, Résilience : la douane au service d’une chaine logistique durable ». Vous savez déjà les conséquences de la pandémie sur l’économie. Ce n’est pas pour ça qu’il ne faut pas relancer l’économie. Mais pour y arriver, nous devons avoir de bons comportements. Si nous ne mettons pas en place un système qui favorise une collaboration entre le secteur privé et les autres acteurs, une gestion coordonnée des frontières, nous ne pouvons pas y arriver. Le Renouveau, c’est un changement de comportements. Avant, on avait certaines pratiques. Aujourd’hui, à cause de la pandémie, nous sommes à l’ère de l’automatisation et de l’informatisation. Je peux dire aujourd’hui que l’administration des douanes est celle la plus informatisée. Nous sommes informatisés à plus de 98%. Ça fait partie des choses qui nous ont permis d’atteindre ces résultats. Nous avons mis en place des programmes. Nous avons au niveau régional des pays qui viennent même parce que dans les autres pays, les recettes baissent. Mais quand ça monte au Bénin les gens viennent demander le secret. La troisième chose, c’est la résilience. C’est la capacité d’un individu à s’adapter à une situation nouvelle qui s’impose à lui. C’est le cas de la pandémie où l’on y peut rien. Si dans ce contexte, nous nous versons dans la corruption et autres, nous tuons une deuxième fois les opérateurs économiques. Vous savez que de plus en plus au niveau du Bénin, il y a la facilitation du commerce. Nous voulons aller à plus de célérité. Avec la Covid, il y a d’autres contrôles qui se sont ajoutés. A l’aéroport, vous devez attendre pour faire le test de Covid. Si nous ne faisons pas preuve de résilience, en nous adaptant à la situation pour pouvoir atteindre les objectifs, nous allons passer à côté.

Y a-t-il un lien entre ces trois piliers et l’éthique ?
Il y a bien sûr un lien. Même quand vous prenez la relance économique, que ce soit du secteur privé ou public, si nous ne faisons pas preuve d’une certaine éthique, nous ne pouvons rien. L’éthique est liée à notre comportement.

On se disait avec la dématérialisation de l’administration douanière que l’éthique n’a plus sa raison d’être.
L’homme est capable de tout. Quel que soit l’informatisation, l’homme doit avoir une certaine éthique. Pour revenir aux éléments constitutifs de l’éthique, de manière générale, l’Organisation mondiale des douanes a retenu 10 éléments. Il y a l’engagement et la conduite au haut niveau. Ce qui veut dire que ce sont les premiers responsables et les cadres qui vont s’engager pour l’éthique. Il faut ensuite un cadre réglementaire transparent. Que la réglementation douanière soit publiée. Avant, les gens ne s’intéressaient pas au code des douanes mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. Il faut une certaine transparence parce que quand vous voulez travailler avec le secteur privé et qu’il n’y a pas une certaine prévisibilité, le secteur privé ne vous fait pas confiance. Les gens iront ailleurs. Il faut l’automatisation, l’informatisation pour éviter les contacts humains. Il faut aussi la réforme et la modernisation. Nous étions habitués à des pratiques dépassées. Un opérateur économique est obligé de soudoyer le service des douanes à cause de la lourdeur. Or s’il y a des réformes et la modernisation, on pourrait éviter ça. Il faut aussi le contrôle et des enquêtes au niveau des agents à travers des audits internes et externes. Il faut des sanctions positives pour ceux qui ont un niveau d’éthique élevé et négatives pour ceux qui voguent dans la corruption. Ce n’est pas un secret. Vous savez que beaucoup de collègues sont sanctionnés. Ce qui veut dire qu’il y a une certaine prise de conscience. Il faut un code d’éthique et de bonne conduite. Ce qui est chez nous comme notre bréviaire. Chaque agent des douanes a ça comme bible. Chaque fois qu’il doit poser un acte, il s’en imprègne pour voir la sanction qui l’attend. Il sait qu’il y a un organe de contrôle avec aujourd’hui des numéros verts. Vous pouvez appeler gratuitement et dénoncer. Souvent, c’est le Directeur Général des douanes qui décroche. Entre autres piliers, il y a la gestion des ressources humaines du recrutement, de la rémunération, promotion, et des sanctions. Quand il n’y a pas une gestion transparente des ressources humaines, il n’y a pas éthique. Il y a aussi la morale et la culture. Pour finir, il y a ce qu’on appelle la relation avec le secteur privé. L’Etat aujourd’hui ne peut à lui seul tout faire. On est obligé d’être en rapport avec le secteur privé. Mais il faut que cette relation soit fructueuse. Voilà les 10 éléments constitutifs de ce qu’on appelle l’éthique au niveau de l’administration des douanes.

Est-ce que l’éthique a contribué à atteindre les résultats que nous nous constatons ces dernières années ?
Quand vous allez au niveau de l’organisation mondiale des douanes, le premier élément bénéfique est la confiance du public. Le deuxième élément, c’est l’amélioration des recettes douanières. C’est connu et démontré. Si je m’occupe de ma poche au lieu de m’occuper de l’Etat, je ne peux pas mobiliser les ressources pour l’Etat. De manière générale, toute organisation dans laquelle il n’y a pas d’éthique ne peut atteindre des résultats.

Avec la répression que vous faites sur le terrain contre la fraude, est ce que quelque chose s’est amélioré ?
Vous savez, dans aucune douane au monde, vous ne pouvez assister à la fraude zéro. Peu importe les réformes, vous ne pouvez pas l’atteindre. Maintenant, avec les résultats que vous évoquez, malgré les réformes, les services de répression arrivent aujourd’hui à mobiliser plus de ressources contre ce qui se faisait hier. Ça veut dire qu’il y a un certain incivisme qui continue. Notre rôle c’est de les décourager, et nous allons le faire. Ils ne dorment pas mais nous aussi nous ne dormons pas. On va les amener à petits coups à prendre conscience. Nous sommes décidés à les décourager à jamais.
Réalisation : Adrien TCHOMAKOU





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