Noël Chadaré à propos de l’augmentation des salaires : « J’espère que ce ne sera pas des miettes »

Patrice SOKEGBE 21 décembre 2021

A la dernière rencontre gouvernementale du mercredi 15 décembre 2021, il a été décidé la revalorisation des salaires du public et du privé. A ce sujet, le Secrétaire général de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin) Noël Chadaré, au cours de l’entretien ci-dessous, a apprécié à sa juste valeur la décision du gouvernement. Par ailleurs, il est curieux de découvrir le contenu de cette revalorisation.

Au dernier conseil des ministres, le gouvernement a décidé de revaloriser les salaires des travailleurs du public comme du privé dès l’année prochaine. Quelle appréciation faites-vous suite à cette annonce ?
J’ai appris comme tout le monde, à la suite du conseil des ministres que les salaires seront désormais revalorisés dans le plan d’actions du gouvernement 2021-2026. Ce que je peux dire est que, à l’annonce de cette nouvelle, j’ai poussé un ouf de soulagement. Parce que depuis que nous discutons avec le gouvernement sur ce sujet, nous avons constaté de sa part qu’il n’était pas favorable à une revalorisation de salaire et du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig). Le gouvernement avait fait option d’apurer les arriérés salariaux au détriment de l’augmentation de salaire. C’est ce que nous n’apprécions pas. Chaque fois que nous avons eu l’occasion de rappeler au gouvernement que la vie est chère, que le panier de la ménagère est amenuisé, et que les fonctionnaires vivent difficilement, nous l’avons fait. Donc, quand j’ai eu cette information, je me suis dit que les lignes ont enfin bougé. C’est un pas dans la bonne direction. C’est vrai que c’est une annonce, et qu’on attend encore un contenu. Donc, il faut rester prudent. Le gouvernement nous a fait cette annonce. Maintenant, nous verrons bien quelle est l’enveloppe, qu’est-ce qu’on mettra dedans, quelle est la proportion que cela va prendre. Mais je sais qu’on n’a pas employé le mot revalorisation pour rien. On a revalorisé les salaires politiques, on a revalorisé les salaires d’autres travailleurs qui sont venus de l’étranger occuper des postes au Bénin. Donc, j’espère que cette revalorisation de salaires ne va pas être des miettes jetées aux travailleurs.

Le gouvernement dit entrer en contact avec vous pour échanger et retenir un modus. Si on vous approchait, qu’auriez-vous proposé ?
Je dois vous dire que la COSI-Bénin, dans son cahier de doléances, a demandé une augmentation de l’indice salariale de 30% et une augmentation du Smig. La Cosi-Bénin a demandé que le Smig passe de 40.000 à 60.000 francs CFA. Et nous avons discuté dans la grande commission de négociations gouvernement-centrales de cette proposition de la Cosi-Bénin. Mais on a constaté que les lignes ne bougeaient pas. Le ministre Bio Tchané qui présidait la commission n’avait pas accédé à cette requête. On avait convenu de nous revoir un peu plus tard, avant la fin de l’année, pour discuter du SMIG et non de l’indice salarial. Maintenant, nous avons reçu une information faisant état de ce qu’on veut revaloriser les salaires. C’est une bonne chose. Mais nous attendons vraiment que le mot revalorisation prenne tout son sens dans l’action que le gouvernement veut faire à l’endroit des travailleurs. Il ne s’agira pas de nous donner quelques miettes. On espère que cela va être une revalorisation substantielle qui permettre aux travailleurs de dire que le gouvernement de Talon le fait bien, quand il veut faire quelque chose, qu’il ne fait pas dans l’approximation. Nous espérons que ce qui a été fait pour les autres, c’est-à-dire les salaires politiques, sera fait aussi pour les salaires des agents de l’État.

Pendant qu’on parle de revalorisation des salaires des travailleurs tant du secteur public que privé, il y en a qui sont dans la précarité de l’emploi et qui travaillent certainement 9 mois sur 12. Nous voulons parler des aspirants au métier d’enseignant.
Naturellement qu’on va aborder aussi cette question et si on a l’occasion de discuter, il s’agira aussi de penser à comment faire pour que ces travailleurs sortent de la précarité. Je veux parler des agents qui sont des aspirants qui sont désormais partout, ce n’est pas que dans le secteur de l’enseignement. Alors, il faut faire en sorte que le travail nourrisse son homme et qu’on ne soit pas là à travailler pour vivre dans une situation qui n’est pas bien. De plus en plus, on a constaté que le gouvernement est en train de faire cette option qui n’est pas bonne. C’est-à-dire, aspirant par ici, aspirant par-là, à l’Université, dans le secteur de la santé, dans le secteur de l’éducation. C’est de la précarité de l’emploi. On précarise l’emploi alors qu’on devra pouvoir recruter. Nous sommes en fonction, nous sommes dans un système où c’est la retraite par solidarité. Ceux qui travaillent, cotisent pour ceux qui sont à la retraite.
Si on continue de précariser le travail, il y a de fortes chances qu’on se retrouve dans des difficultés avec les fonctions de retraite, et ce n’est pas une bonne chose. Donc, nous avons cela aussi comme un point de revendication inscrit dans notre cahier de doléances. Nous l’avons à cœur. Nous allons en parler avec le pouvoir, nous en parlons déjà pour dire qu’il faut recruter dans la fonction publique. Il faut donc sortir ceux-là qui sont dans la précarité par exemple l’aspiranat. Est ce qu’on va être aspirant à vie ? Est-ce qu’on va dire aspirant tous les ans ? Quelle est la perspective ? Qu’est-ce qu’on attend ? Qu’est ce qui est prévu pour mettre fin à cet aspiranat ? Il faut que les horizons soient clarifiés. Il faut qu’ils aient un emploi de longue durée qui leur permette enfin de construire leur vie, de faire les programmes en conséquence sur cet emploi de longue durée qu’ils ont. Donc, un certain cheval qui sera aussi notre cheval de bataille, on le fait déjà et on continuera de le faire pour le bonheur des travailleurs.

Les aspirants au métier d’enseignant, qui ont observé des mouvements d’humeur, ont vu leurs contrats suspendus. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
Ils ont fait preuve de maladresse. Il faut le dire parce qu’il y a des choses à dire sur cette façon de procéder parce qu’ils ont signé un texte qui ne leur permet pas de faire grève. Je ne veux pas justifier ce qu’ils ont posé comme acte, mais on peut expliquer cela par le mouvement d’humeur comme vous l’avez dit. Obligation leur a été faite de ne pas aller à la cessation de travail. Maintenant, il y en a qui ont vu leur salaire suspendu. Que faut-il faire lorsque les rapports de forces ne sont pas en leur faveur ? A partir de ce moment, nous sommes obligés toujours de continuer à plaider, de demander au gouvernement de bien vouloir les réinsérer. Nous leur demandons de le faire d’abord pour le bien du système éducatif, parce que ceux qu’ils vont laisser tomber seront remplacés par d’autres. Ces remplaçants prendront du temps pour retrouver le rythme. Ce n’est bon ni pour le système éducatif ni pour les autres qui sont aspirants. Dans l’enseignement primaire ou secondaire, ces aspirants sont majoritaires. Et cette majorité dans l’âme a dû reprendre le travail de peur de le perdre. Ils travailleront mais dans la peur. Il faut peut-être voir comment faire pour motiver ces jeunes aspirants. Ce n’est pas forcément pour les défendre, mais il s’agit de faire comprendre que cette décision risque de mettre à mal le système éducatif pendant un temps. Donc, on plaide pour que le pouvoir soit indulgent vis à vis d’eux. Ils auront compris qu’ils ne devraient pas agir de la sorte.
Propos recueillis par Patrice SOKEGBE





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