Noël CHADARE à propos du bilan social de Patrice TALON : « Il y a eu des acquis mais le travailleur béninois reste pressuré »

La rédaction 7 avril 2020

Entre deux réunions à la bourse du travail ce lundi matin, Noël CHADARE a pu trouver un moment de répit pour accorder une interview sur les acquis sociaux de Patrice TALON. Selon le Secrétaire Général de la Confédération des Organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi), il souffle incontestablement dans le pays une petite brise porteuse mais, la décrispation politique reste un défi à relever pour plus d’efficacité.

L’urgence, c’est la reconstitution du tissu social » avait annoncé Patrice TALON lors de son investiture. Est-il, selon vous, parvenu à atteindre cet objectif ?
Avant même de parler du social, portons une vue globale sur les choses à un an de la fin du mandat. Dans l’ensemble, c’est un bilan satisfaisant. On a constaté sur le plan infrastructurel, qu’il y a des réalisations qui parlent d’elles-mêmes. L’asphaltage un peu partout dans le pays. Sur le plan économique, on a un ministre de qualité qui a fait du bon boulot en assainissant complètement les finances. Je note à l’actif du gouvernement, une augmentation soutenue de la croissance économique depuis quelques années.

Satisfaisant sur le plan économique mais éprouvant, diront certains, sur le plan social ?
Eprouvant, pas totalement. La cagnotte de la microfinance a été élargie. La réhabilitation des cantines scolaires avec plus de moyens investis qu’auparavant permet à des milliers d’enfants d’avoir au moins un repas chaud par jour. La bataille de l’énergie est en train d’être gagnée. Il y a eu des réformes encourageantes au plan économique, sur le plan de la lutte contre la corruption, sur le plan politique aussi il faut avouer…

Justement, au plan politique, certaines femmes des marchés du Bénin affiliées à la COSI ont tenu récemment leur assemblée statutaire. On a vu des accolades entre Noël CHADARE et les membres du Bloc Républicain. Est-ce à dire que le politique et le syndicat, filent désormais le parfait amour au Bénin ?
Non non non. Notre présence, ce n’était pour fumer le calumet de la paix avec qui que ce soit. De nature, je ne suis d’aucun parti. Et puis, on a dit confédération des Organisations syndicales ‘’indépendantes’’, donc on a des gens appartenant à des courants politiques de leur choix. C’était le cas ce jour avec les femmes des marchés. J’ai porté les gants au cours de cette AG en disant que nous sommes là pour défendre les intérêts des travailleurs. Les lignes ont été respectées. Je profite de votre question pour faire un bilan de Patrice TALON au plan politique. Il y a certes moins de partis politiques, une meilleure structuration du paysage politique. Mais, n’oublions pas qu’il y a une tension politique qui perdure. C’est la première fois qu’on a eu des élections auxquelles l’opposition n’a pas pu participer. C’est le talon d’Achille de notre démocratie aujourd’hui. Les exilés politiques ne sont toujours pas rentrés même si les responsabilités sont partagées entre les politiciens de tous bords. Il y a eu également un recul des libertés avec une série de lois sur la grève, l’embauche et surtout au plan pénal où on refuse à des gens de se rassembler.

En termes de conditions de vie, quelle plus-value pour le travailleur béninois après tout ce temps ?
La plus-value n’est pas encore visible. Idem pour les conditions de travail. Il y a eu des acquis mais le travailleur béninois reste pressuré. Globalement, les couches qui produisent la richesse ont fait beaucoup de sacrifices et ils attendent toujours que la redistribution des bénéfices soit inclusive. Il y a des gens dont les revenus n’ont pas augmenté d’un iota même si des rappels ont été réglés.

Quelles doivent être alors les priorités pour la dernière année du quinquennat ?
Avec tout ce que j’ai décrit, vous avez vu qu’on peut mieux faire. Et pour mieux faire, il faut améliorer le climat social en œuvrant davantage pour la décrispation. Il y a eu un début avec ce dialogue où finalement ceux qui étaient véritablement concernés n’ont malheureusement pas participé parce que leurs partis n’étaient pas reconnus. Pour que l’ambition de révéler le Bénin au monde, de bâtir un pays où il fait bon vivre soit portée par tout le monde, toute la classe politique, il faut baisser le thermomètre en posant des actes forts.
Propos recueillis par Bergedor HADJIHOU





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