Noël Chadaré au sujet de l’après-élections professionnelles : « Nous sommes là pour les travailleurs et non pour des querelles d’école »

Adrien TCHOMAKOU 26 février 2021

Les résultats issus des élections professionnelles du 24 Janvier dernier ont été entériné en conseil des ministres. Sont représentatives, les centrales et confédérations syndicales à savoir la Centrale syndicale des travailleurs du Bénin, (Cstb), la Centrale des Syndicats Autonomes du Bénin (Csa-Bénin), et la Confédération des Organisations Syndicales Indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin). A ce sujet, Noël Chadaré, Sg Cosi-Bénin, dans un entretien, s’est prononcé sur les défis qui attendent les organisations syndicales représentatives, et surtout la nature de la collaboration intersyndicale.

Le gouvernement a entériné les élections professionnelles du 24 Janvier dernier en conseil des ministres. Il n’a tenu compte que des trois centrales et confédérations syndicales les plus représentatives. Comment réagissez-vous face à cette décision ?
On était averti à l’avance. C’était clairement dit que, désormais il fallait faire respecter les textes et organiser les élections professionnelles pour désigner les Centrales et confédérations syndicales les plus représentatives. Seules les organisations les plus représentatives participeront aux dialogues et siégeront autour des tables de négociation.

Quelles sont les exigences des textes ? Et pourquoi réduire le nombre des centrales syndicales ?
Oui, c’est comme ça un peu partout dans le monde. C’est une tradition, si non pourquoi organiser les élections. On travaillait avec tout le monde, quand il s’agit de la commission permanente de négociation, la grande commission. Dans les autres cadres, on a tenu compte des résultats. Les organisations syndicales les plus représentatives sont toujours présentes dans les dialogues de négociation.

Qu’est-ce que ça change concrètement ?
Désormais, les trois confédérations les plus représentatives parleront au nom des travailleurs. Ils défendront l’intérêt social et moral de tous les travailleurs parce qu’ils seront jugés sur pièce à la fin de leur mandat de cinq ans. C’est un gros enjeu, un gros défi pour les trois centrales syndicales les plus représentatives. C’est pourquoi le trio est modeste. Quand on mesure ce qui nous attend, on se rend compte que c’est un vaste chantier. Cela nous oblige à bien nous entendre, travailler ensemble pour avoir de bons résultats car nous avons l’obligation de résultat.

Comment le travail se fait entre vous ? Avez-vous déjà eu des séances de travail entre vous les trois ?
Pour l’instant, on se parle, mais nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous asseoir tous les trois pour discuter. La Csa et la Cosi sont dans un creuset déjà, nous avons une charte. Dans ce creuset, nous discutons déjà des choses à faire. Dans ce creuset, nous avons aussi les travailleurs des autres confédérations non représentatives qui nous font part de leurs problèmes pour que nous puissions trouver de solution. Généralement les problèmes sont tous les mêmes. Nous nous plaignons aujourd’hui du panier de la ménagère qui s’est complètement amenuisé. Chaque fois que nous avons l’occasion, nous demandons au gouvernement d’y penser, de faire en sorte que les travailleurs qui sont dans le privé bien qu’il y ait la hiérarchisation des salaires, voient leurs salaires augmenter. Bien que le Smig ait augmenté, que cela puisse impacter et ceux qui sont en activité et ceux qui sont à la retraite.

Chaque fois que vous parlez d’augmentation du Smig, est-ce que vous êtes écouté ?
Oui ! il y a espoir. Tant qu’on vit, on espère et on va continuer de réclamer cela. Ce que le chef de l’Etat nous a dit la dernière fois est que sa priorité est d’abord de libérer les dettes dues aux travailleurs avant de penser à autre chose. Lui parler de l’augmentation des Smig, c’est lui augmenter de charge. Nous le comprendrons. Mais la réalité est que nous allons tous au marché et nous voyons l’augmentation des prix.

Quelles sont les dispositions que vous avez prises pour empêcher le chevauchement des confédérations syndicales puisqu’on en avait connu dans les années antérieures ?
Le ton a été déjà donné par le relevé du conseil des ministres. Si vous lisez la fin, c’est écrit au regard des résultats, les ministres concernés par le dialogue social sont instruits à ne convoquer que ces trois organisations aux prochaines sessions professionnelles. C’est une façon de dire qu’il faut de la discipline, de la qualité. C’est évident que même dans les ministères il y aura des changements tout en tenant compte du dogme qui reconnaît que trois confédérations sont représentatives. L’arrêté du ministère du travail viendra compléter les résultats et il n’y aura plus de chevauchement.

Est-ce qu’on dira que les grosses centrales syndicales ne faisaient pas la lutte qu’il faut c’est pourquoi ces fronts et mouvements se sont créés pour se fait entendre ?
Moi-même j’étais dans le front. A un moment donné, nous avons constaté que les confédérations syndicales ont l’attention portée plus vers les situations transversales. Nous les enseignants nous avons donc décidé de prendre nos problèmes en main et de créer un front. C’était cela qui avait donné la naissance de tous ces fronts. Aujourd’hui, le gouvernement veut vraiment avoir des interlocuteurs qui ont eu toutes leur légitimité, sur qui il peut compter.

Comment la Cosi-Bénin pense envisage-t-elle ses relations avec les deux autres syndicats que sont la Csa Bénin et la Cstb ?
Nous, nous sommes déjà dans un même creuset que la Csa Bénin. Avec la Cstb ce n’est pas trop la forme. Il s’agit du problème des travailleurs et la Cstb ne peut pas dire qu’elle ne veut pas qu’on montre l’indice salarial. Elle sait que nous sommes là pour les travailleurs et non pour des querelles d’école. On s’accordera sur des choses qui sont essentielles pour les travailleurs. Les stratégies ne sont pas toujours les mêmes. Dans la stratégie, nos idées peuvent différer mais l’important c’est d’atteindre l’objectif qui est l’amélioration des conditions de vie des travailleurs.

Depuis l’adoption de la loi sur l’encadrement du droit de grève est ce que les travailleurs n’ont plus de raison d’aller en grève ?
Si vous avez deux jours de grève dans le mois cela équivaut à deux cartouches. Il faut bien s’organiser avant d’agir. Si on voit que le gouvernement ne fait pas bien son travail, il faut bien s’organiser pour que véritablement en ces deux jours il y ait vraiment mouche et qu’on ait ce qu’on veut. Mais si vous banalisez tout et lancer la grève, vous n’aurez rien.

Actuellement, est ce que les travailleurs ont droit d’aller en grève, est ce qu’ils ont des motifs concrets ?
Il y a des motifs mais il y a aussi que pour l’instant on s’organise. Pour l’instant, avec le gouvernement et les ministères, nous trouvons des solutions aux problèmes. Le problème que nous avons maintenant c’est l’augmentation du Smig. Les travailleurs attendent que le gouvernement fasse quelque chose en ce sens.
Propos recueillis par Adrien TCHOMAKOU





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