Organisation des élections au Bénin : L’efficacité d’une Cena permanente

Bergedor HADJIHOU 23 avril 2021

Elle s’en sort malgré les incertitudes. La commission électorale nationale autonome (Cena) a relevé une fois encore le défi de l’organisation satisfaisante d’un scrutin présidentiel. Un grand test réussi pour une équipe installée désormais depuis la réforme du code électoral pour un mandat de sept ans non renouvelable. En effet, La Commission électorale nationale autonome a été instituée en 1995 pour consacrer le renforcement du processus démocratique amorcé au Bénin depuis la Conférence nationale des Forces vives de Février 1990 qui a inauguré l’ère démocratique après la période révolutionnaire. N’étant pas permanente, elle était mise en place 90 jours avant la tenue des scrutins. La Cena a ainsi connu plusieurs métamorphoses au gré des lois électorales. Aujourd’hui, avec la réforme du code électoral, la CENA est permanente. Elle est la structure administrative ayant en charge la gestion des élections dont le siège se trouve dans la capitale économique, Cotonou. La Commission électorale nationale autonome est dotée de la personnalité juridique. Elle dispose d’une réelle autonomie par rapport aux institutions de la République selon l’article 13 du code électoral. Ce dispositif vise à rendre l’institution plus attractive et plus indépendante. Il faut dire que de tous temps, les instituions en charge de conduire les processus électoraux en Afrique se retrouvent au centre des préoccupations d’apaisement et de transparence. C’est ainsi qu’au Ghana, pour éviter les pressions politiques et les soupçons d’actes de recevabilité, aucune durée n’est assignée au mandat des membres de la commission électorale. La constitution de 1992 prescrit que le président de la Commission est inamovible et reste en place jusqu’à l’âge de la retraite fixé à 70 ans. Un président a même pu rester en place pendant plus de 20 ans. A l’instar de ces pays, le Bénin par l’instauration d’une Cena permanente, a affiché sa volonté d’aboutir à une commission politiquement neutre. Une option qui fait aujourd’hui ses preuves, malgré la défiance de plus en plus grande vis-vis des institutions de la République.

Le défi de la continuité
En charge d’organiser six élections notamment deux présidentielles (2016 et 2021), deux législatives (2015 et 2019) et deux municipales (2014 et 2019), l’équipe d’Emmanuel Tiando vient de livrer sa dernière bataille. En poste depuis 2014, il est attendu cette année, un renouvellement des membres de la CENA. Ils sont au nombre de cinq, dont quatre sont désignés directement par la majorité et la minorité parlementaires et un magistrat de siège ayant au moins 15 ans d’expérience. L’équipe dont le mandat tire irrémédiablement vers la fin aura le mérite d’avoir survécu aux différentes réformes institutionnelles et constitutionnelles et organisé des élections dans un contexte politique inédit depuis 1990 au Bénin, où pour crédibiliser leur action, les Hommes qui animent les déférentes institutions avaient besoin de faire preuve d’agilité, de subtilité, de réserve et surtout d’équilibrisme. Pari gagné là encore pour les actuels membres de la CENA qui lanceront d’ici quelques mois à leurs successeurs, le défi de faire mieux qu’eux. Quand les hommes obtiennent de bons résultats dans un pays, ceux qui sont chargés de les remplacer ont la pression de donner le meilleur d’eux-mêmes au risque d’être taxés de paresseux et d’incompétents. C’est la belle leçon et le bel héritage qu’Emmanuel Tiando et son équipe dont le bilan séduit, lèguent à la prochaine génération.





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