Pandémie du Covid-19 : L’éveil dans les quartiers précaires de Cotonou

Fulbert ADJIMEHOSSOU 16 avril 2020

Pas de riches ni de pauvres. Le nouveau coronavirus ne choisit pas son porteur ni l’identité sociale. Dans les quartiers précaires de Cotonou, les populations s’efforcent de respecter les gestes barrières. Dans certains ménages, c’est un pari pour être à l’abri des épidémies.

Il suffit pour Marcellin Akpété d’actionner avec le pied le bois, et le dispositif appelé Typpi Tap se met en branle. Le bidon de 5 litres s’incline et laisse couler de l’eau propre sur les mains du Chef quartier de Ahouansori-Tohoueta. Celui-ci se savonne, se frotte les mains puis se rince sous l’eau. C’est une manière pour lui de faire barrière au Coronavirus. « On nous a dit de nous laver les mains régulièrement. C’est le vaccin qu’on nous a trouvé actuellement. Avec ce dispositif que j’ai mis à l’entrée de ma maison, tous ceux qui me rendent visite doivent se laver les mains avant de pénétrer dans la cour », confie l’élu local.
En parcourant ce quartier tout comme les autres situés le long du Lac Nokoué, caractérisé, l’éveil des populations est perceptible. Si tant est que le virus fait ravage, pour ces résidents de Ladji, Djidjè, Vossa, Abokicodji et environs, il vaut mieux se prévenir. « Nous allons prier pour que Dieu nous en épargne. Les animateurs de la Croix Rouge, de Médecin du Monde nous sensibilisent. Chaque ménage essaie de mettre en place un dispositif avec de l’eau potable », dit Cécile Gbessè, élue locale.

En quête d’attention et de solidarité
Confrontés par le passé et bien souvent en période de pluies à des épidémies comme le choléra, les populations semblent prendre conscience des risques et s’accrochent à l’eau, hygiène et assainissement. Si dans ces quartiers, il y a un début de prise de conscience collective, il est à reconnaître que tous les ménages ne respectent pas les moyens de se mettre dans la danse. L’un des couacs reste l’accessibilité à l’eau potable. « On ne peut que se laver les mains avec l’eau potable. Mais la difficulté est qu’il faut parcourir une longue distance pour pouvoir en payer. Ce n’est pas aisé. J’en ai souvent personnellement parlé avec le Chef Quartier. Sinon, on est tenté d’utiliser l’eau de puits », se plaint Valentine Ganhissodé, résidente à Tohoueta.
Des efforts restent à faire. Quand on sait que dans ces milieux, le manque de services de base tels que l’eau et l’assainissement est une problématique complexe liant la santé et l’environnement, le jeu en vaut la chandelle. « C’est dans ces milieux que nous avons vu se manifester des épidémies que le Bénin a le plus souvent connues. Qu’il vous souvienne les crises de choléra, de Lassa. Ce sont des quartiers exposés par la concentration humaine, les conditions de salubrité avec une berge lagunaire très insalubre et des problèmes de latrine », fait remarquer Félix Adégnika, Expert en Eau et Assainissement, Coordonnateur de Wsscc. Il faut donc une attention plus soutenue pour les quartiers défavorisés. Dans ces conditions, les acteurs plaident pour des appuis. « Nous implorons l’Etat à nous venir en aide. Il nous faut les dispositifs de lavage de mains pour que les gens puissent avoir la facilité de respecter cette mesure de prévention des épidémies », plaide Marcellin Akpété.
La dégradation de l’environnement est le principal facteur qui affecte la santé avec une incidence directe et négative sur le bien-être humain. En début de saison pluvieuse sur la capitale économique du Bénin, le système eau, hygiène et assainissement prend tout son sens, face aux maladies du péril fécal. « Mon souhait est qu’il ait un dispositif spécial pour Ladji et environs en dotant toutes les maisons de dispositifs de lavage de mains, pas des plus modernes qui coûtent 60.000 Fcfa. Il y a par exemple le Typpi Tap qu’on utilise en milieu rural qu’on peut adopter. C’est moins de 10.000 Fcfa », défend Félix Adégnika. Il n’y a donc pas un temps pour se laver les mains. Il n’y a pas un autre pour assainir son cadre de vie, quel qu’en soit le milieu.





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