Père Eric Okpeicha au sujet de la Pâques dans un contexte de Covid : « Profitons de la fermeture des églises pour rencontrer Dieu en nous »

Fulbert ADJIMEHOSSOU 3 avril 2020

C’est bientôt le dimanche des rameaux, puis la Pâques, mais cette fois ci avec des églises fermées au Bénin comme dans de nombreux pays dans le monde. Le Père Eric Okpéicha, Directeur de la Communication de la Conférence Episcopale du Bénin rappelle l’opportunité pour chaque chrétien de se réconcilier avec Dieu et de vivre une semaine sainte bénéfique.

Depuis quelques semaines, les églises sont fermées pour mesures de prévention face à la covid-19. Comment vit-on la foi dans une pareille circonstance ?
C’est vrai que nous vivons un moment marqué par la fermeture des églises pour la raison que nous connaissons tous. On traverse une crise sanitaire, la pandémie du covid-19 qui sème la panique et la mort. On ne peut pas se le cacher. Et par rapport à cela, l’Eglise a pris la décision de suspendre les assemblés de prière et les célébrations eucharistiques. Toutefois, si les églises sont fermées, le ciel n’est pas fermé. Dieu continue de recevoir les prières.

Comment les fidèles peuvent continuer à rester connectés à Dieu malgré le fait que la famille paroissiale ne peut plus se rassembler comme avant ?
Nous avons depuis dimanche dernier commencé par multiplier les messes dans les masses médias. Et ce faisant, nous obéissons à l’Eglise qui depuis des années a toujours demandé que les moyens de communication sociale soient utilisés pour les évangélisations. Sur Radio Immaculée, vous avez au moins six messes le dimanche, minan, français, fon, yoruba pour aider les fidèles à vivre en situation délicate. Sur la chaine de télévision Eden tv les dimanches à 10h, vous avez aussi la messe catholique. Ces occasions-là peuvent permettre aux fidèles de vivre les célébrations prochaines sans compter sur la possibilité d’aller sur KTO qui fait aussi un programme spécial pour cette période que nous traversons et qui est difficile pour tout le monde. Et donc ces messes-là qui seront dites sur les moyens de communication sociale pourront bénéficier aux fidèles à condition qu’ils prennent la décision de vivre une célébration.
Le dimanche dernier, J’étais dans une famille où le père de famille a, une heure avant 10 heures, demandé à tous ses enfants d’aller se laver et de se préparer pour suivre depuis la télévision, au salon, la messe dominicale. Ils ont vécu, comme ça comme s’ils allaient à la messe. Normalement, ils se sont lavés, ils se sont parés et ils ont pu suivre la messe dans un silence vraiment impressionnant. C’est à cette attitude là que j’invite tous les fidèles à savoir arrêter tout. On ne peut pas écouter une messe à la radio tout en faisant le ménage. Il faut prendre la décision de réserver cette heure-là pour rencontrer le Seigneur, dans le silence extérieur comme intérieur.

Dimanche prochain, c’est la fête des rameaux. Quelles sont les dispositions recommandées pour cette semaine sainte particulière qui démarre, compte tenu de la crise ?
Le dimanche des rameaux, c’est l’entrée de Jésus à Jérusalem. C’est le début de la semaine sainte, la semaine la plus essentielle au niveau de l’église. Quand vous allez suivre la messe des rameaux depuis votre poste radio ou sur YouTube puisque il y a plusieurs diocèses qui disent la messe en live sur YouTube, restez connectés dans le silence. Vous devez lire la passion du Seigneur Jésus-Christ. Je vous recommande par exemple de lire le lundi, la passion selon St Mathieu, le mardi selon St Marc, le mercredi selon St Luc et le jeudi selon St Jean. C’est là le condensé de tout ce que le Christ a souffert pour nous et un peu aussi ce que nous aussi nous devons emprunter comme chemin sur cette terre. Le Christ nous montre comment vivre cela pour que de la croix nous puissions passer comme lui à la gloire de la résurrection. Voilà un peu les conseils que je pourrai demander aux chrétiens de suivre en ces temps vraiment essentiels et pour la foi et la motivation habituelle. Quand vous rentrez dans une église et que vous voyez 500 personnes ensemble en train de prier, vous rentrez spontanément dans le mouvement. C’est cette motivation qui a disparu maintenant. Mais cela ne nous empêche pas de continuer à prier Dieu, si je prends la décision de vivre la messe des rameaux, de méditer la passion, de prier et de communier avec le Christ qui souffre pour moi et qui ressuscite pour moi.

A quoi faut-il s’attendre le dimanche de Pâques ?
Ça risque d’être pareil, à moins qu’il y ait d’autres dispositions annoncées sinon, nous allons vivre le dimanche de Pâques un peu comme celui des rameaux. Comme le disait Mgr Pascal N’Koué, Evêque de Parakou, profitons de la fermeture des églises pour rencontrer Dieu en nous. La foi est intérieure, personnelle avant d’être communautaire. C’est parce que je crois que je vais m’associer avec d’autres croyants pour former la communauté paroissiale. Si la foi intérieure est malade ou inexistante, ça devient du folklore ou du suivisme. C’est un moment de vérification de notre adhésion. Chez moi, je décide de faire le chemin de croix seul. Il y a beaucoup de diocèses qui font le chemin de croix sur YouTube. On peut décider de vivre des moments de prières avec sa famille. Tout cela est possible. Je crois que nous sommes au moment où le cœur doit agir, où la décision personnelle doit agir.

Une dernière question : le thème de ce temps de carême au Bénin, c’est laissez-vous réconciliez avec Dieu. Ce qui passe aussi par le sacrément de pénitence. Les fidèles pourront-ils faire les confessions pascales.
Nous sommes toujours dans la dynamique de ce thème. Les évêques avaient déjà donné des consignes. Les curés doivent aménagés des endroits de sorte à respecter la distance sociale d’un mètre et la confidentialité de la confession. Les chrétiens peuvent se préparer en faisant leurs confessions pascales. Le plus important comme le dit le thème, c’est de se réconcilier avec Dieu, de profiter de ce temps de pause et de restriction de la mobilité. Mine de rien, nos agendas se sont relaxés. Tout cela nous impose de nous retourner face à nous-mêmes et de rencontrer Dieu.
Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU





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