Père Rodrigue AZANMANSSO, au sujet de la vie de couple : « L’humilité et la tolérance sont les clés… »

La rédaction 23 juillet 2020

La vie à deux, dans le couple n’est pas si aisée de nos jours. Les violences conjugales, voire les ruptures sont de plus en plus fréquentes. Mais pour le Père Rodrigue Azanmansso, de la Congrégation des Eudistes, il y a des clés pour consolider l’amour et surmonter les difficultés. Ce prêtre catholique en service sur la Paroisse Ste Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Ste Face de Godomey en parle dans cette interview.

Père Rodrigue Azanmansso, c’est quoi le mariage ?
Le mariage est une institution socialement connue entre un homme et une femme. Donc, c’est la société qui institue le mariage, ce n’est pas deux individus qui se rencontrent pour se marier. C’est la société qui confirme, ce sont les yeux de la société qui regardent ; accompagne, soutiennent ces deux individus. On peut dire que c’est une institution sociale. Voilà, de façon très simple, c’est ce que je peux dire. Il est vrai, que bien que le mariage soit une institution universelle, il ne se présente pas de la même manière dans toutes les cultures, dans toutes les sociétés. Depuis les temps anciens, quand on parle de mariage, on a toujours considéré le fait qu’un homme et une femme se mettent ensemble pour pouvoir fonder un foyer. Mais aujourd’hui, surtout dans les sociétés occidentales, le mariage, ce n’est plus nécessairement un homme et une femme.

Pourquoi est-il important pour les conjoints de s’unir devant Dieu et devant les hommes ?
Alors, il faut comprendre que le mariage est une institution universelle. C’est un fait social, le fait social ne peut pas être caché et l’Eglise est dans la société, Eglise comme famille des enfants de Dieu et de la société. Tous ceux qui appartiennent à la famille de Dieu, qui est l’église portent aussi ce mariage. C’est-à-dire, quand on est membre d’une société, on a des droits et devoirs à respecter. Donc, le mariage, fait social des personnes simples au niveau de l’église, devient un mariage religieux. Cela veut dire que ce mariage est reconnu comme fait social et ramené à un niveau supérieur ou ce n’est plus le côté simplement naturel qui est pris en compte mais le côté divin. C’est une institution voulue par Dieu et quand on voit dans la genèse, le seigneur créa Adam et Eve. Il les créa homme et femme et déjà en ce temps-là, l’institution du mariage était un fait. Dieu l’a voulu ainsi. Du point de vue de l’Eglise, Dieu bénit ce qui a été déjà reconnu par la société, et le rend encore plus fort, plus divin. Le mariage étant un sacrement de l’Eglise, c’est un signe visible portant des réalités invisibles. Cette union est préfiguration de l’union dans la divinité elle-même. Si nous croyons que Dieu est Père, Fils et Esprit Saint, trois personnes en un seul Dieu, alors le mariage devient le signe de cette unité qui est présente dans la divinité. Le mariage est un signe et pour que cette unité dans la différence puisse subsister réellement, il faut une bénédiction spéciale. C’est en cela que les chrétiens amènent devant Dieu le oui qu’ils se sont déjà dit de façon naturelle devant la société pour qu’il donne la force a ce ‘’oui’’ , afin qu’il soit définitif, total et éternel. De la sorte, la grâce que Dieu donne à ce mariage a un caractère indissoluble. En même temps que ce mariage sent le divin, l’homme est différent, la femme est différente, les enfants qu’ils mettront au monde sont aussi différents mais tous forment une famille unie dans le mariage. Alors l’amour qui circule entre les membres de la famille est, en quelque sorte, divin et est porté de sorte qu’ils peuvent résoudre les problèmes de la vie. C’est tellement profond. Il faut simplement dire qu’il y a un mystère là-dedans. Un mystère qui n’est pas totalement caché. Un mystère qui est aussi en dévoilement d’une certaine manière parce que chaque jour, les conjoints se découvrent davantage. Et en se découvrant davantage, ils grandissent en s’acceptant mutuellement tels qu’ils sont.

Aujourd’hui, les jeunes ne perçoivent pas forcément le mariage de cette manière. Beaucoup n’aiment pas s’engager dans le mariage religieux. Ils voient la vie en couple autrement. Pourquoi ?
C’est un peu difficile aujourd’hui de bien comprendre ce qui se passe. Il y a beaucoup d’hésitation. C’est pourquoi, définissant le mariage, je disais qu’il y a tellement de choses qui ont évolué. Les choses évoluent, soit dans le bon ou le mauvais sens. De plus en plus les jeunes n’aiment plus s’engager dans le mariage religieux, voire le mariage coutumier ou simple. Il se pose un problème d’engagement. A mon avis, il y a toutes ces idées qui circulent aujourd’hui, les idées liées à la liberté au choix dans un monde moderne où on demande tout simplement aux gens de s’écouter, de chercher à se faire plaisir. Mais cette liberté peut devenir aussi du libertinage. Il y a les idées du mariage à l’essai aussi, c’est-à-dire je suis avec quelqu’un, je regarde un peu, ça ne me plaît plus, on se sépare. On s’en va encore se mettre avec une autre personne. Il y aussi le fait qu’être fidèle à une seule femme ou à un seul homme est aussi une difficulté pour beaucoup aujourd’hui. Et puis d’autres avancent le fait qu’il y a beaucoup de femmes, qu’il y a statistiquement plus de femmes que d’hommes. Donc, à quoi bon s’engager avec une seule et se lier. Et de l’autre côté il y a aussi la peur de s’engager comme je l’avais dit au début. La peur de s’engager avec une femme si vous n’en savez pas grand-chose, ça peut devenir difficile après. Et puisque le mariage religieux est indissoluble, vous ne pourrez pas dissoudre le mariage, vous ne pouvez pas divorcer alors que la mentalité d’aujourd’hui dit que vous êtes libres que si ça ne marche plus avec Y vous laissez, vous continuez votre chemin. A cause de ces idées, de ces choses liées à la personnalité des individus et aux courants de notre monde actuel, ça devient compliqué pour les jeunes de s’engager. La peur est le véritable problème parce que quand on s’engage, en réalité, on n’est plus libre. Quand je décide de suivre une voie, ou bien d’être fidèle à une loi, je suis engagé. Ce n’est pas quand je décide de vivre une vie désordonnée dans le libertinage que je suis libre. Je suis libre réellement quand je fais l’effort de m’adapter à la situation dans laquelle je me trouve, à la loi qui m’est donnée. Voilà les raisons qui peuvent être à l’origine de l’hésitation de beaucoup de jeunes. Je peux ajouter aussi les difficultés financières.

Quels devraient être les critères pour choisir son partenaire ?
Les critères ne manquent jamais. Dans l’ancien temps avec nos parents, de façon coutumière, comme on le sait, c’est deux familles qui se marient et ce n’est pas des individus qui se marient. C’est pourquoi je disais que le mariage est un fait de société, c’est une institution sociale. C’est la société qui marie ses enfants, la société à travers les familles. Au temps de nos parents, il y avait des critères, on ne va pas choisir sa femme dans n’importe quelle famille et ce sont les parents qui font la démarche, qui vont vers l’autre famille parce qu’on ne sait que cette famille-là, elle est bonne. Donc, les parents ne vont jamais aller choisir un conjoint pour leur enfant dans certaines familles parce qu’on avait déjà une certaine stigmatisation de ces familles-là, ou c’est peut-être parce que de façon héréditaire, il y avait des tares dans cette famille. Il y avait déjà cette intuition. Ainsi c’était déjà des choses qui constituaient des critères. Donc, c’est la famille. Ensuite, le comportement. Le comportement, c’est ce que la personne révèle. Et le comportement est aussi révélateur de ce qui se passe dans la famille mais pas tout le temps. Quand on prend les individus chacun de son côté, les types de personnalités sont différents. Ce qui fait que vous pouvez être de la même famille et ne pas avoir les mêmes comportements. Il y a alors ces critères familiaux, l’individu lui-même, son comportement ou ses comportements. Il y a d’autres choses aussi qui s’ajoutent comme le niveau intellectuel, le statut social… Mais toutes ces choses ne sont pas les plus importantes à mon avis. Le plus important pour choisir véritablement quelqu’un comme conjoint, c’est d’abord la famille. Il faut connaître la famille. Il faut connaître un peu l’histoire de la famille. Avoir une idée au moins des membres de la famille. Ce qu’ils sont et ce qu’ils ne sont pas. L’autre chose, pour un chrétien évidemment, la foi de la personne. Une personne qui a la foi, cela transparaît dans son comportement, dans sa manière d’être, dans sa vie. On n’est pas chrétien du bout des lèvres, on est chrétien dans sa vie de tous les jours. Donc, c’est la révélation de ce que la personne donne d’elle-même à voir, aux autres qui permettent de choisir ou d’aller vers cette personne pour pouvoir la prendre comme une amie d’abord, puis la sympathie qui nait petit à petit pour que cela devienne une relation sérieuse. Tout n’est pas une affaire de critère de choix tout de suite parce qu’on apprend à découvrir l’autre au fur et à mesure. Et c’est dans la découverte de l’autre qu’on est sûr de soi. Au début quand vous tombez amoureux de quelqu’un, vous ne voyez pas déjà tout, c’est juste qu’un sentiment qui vous anime pour la personne et avec le temps vous commencez par découvrir la personne. Il n’y a pas de critère en réalité, au début il y juste une attirance, un désir qui s’est enflammée et petit à petit, on commence par découvrir. Il y a telle chose qui marche, telle autre ne correspond pas et ainsi on fait son choix. Et c’est dans la découverte de l’autre qu’on découvre aussi sa famille. Et c’est dans la découverte de la famille qu’on voit si la personne correspond à ce qu’on désire. Il n’y a pas de critères typiquement chrétiens, il n’y a que de critères humains en réalité. Ce n’est qu’après que les critères chrétiens viennent. L’amour n’est pas basé sur la religion.

Si l’on doit repenser le mariage, que proposerait l’Eglise ?
Les Solutions, l’Eglise les a déjà données. Aujourd’hui le mariage est si important qu’on prépare les couples au mariage. Entre temps, pour les enseignements, c’est le Curé ou il le délègue à son vicaire. Aujourd’hui nous avons des écoles de mariage. C’est tout au moins 3 mois de formation. Les prêtres ont également des cours qu’ils dispensent qui sont plus liés au côté doctrinal, biblique. On fait appel aussi à des médecins, des gens qui ont fait des études sur la famille pour donner des cours aux jeunes couples. Nous avons aussi l’Institut Jean-Paul 2, qui se trouve à Cadjèhoun qui forme sur la famille avec un master en études sur la famille. Ce sont les opportunités que l’Eglise apporte non seulement aux chrétiens mais aussi à tous les laïcs afin qu’ils s’investissent davantage dans le mariage qui est en train de souffrir aujourd’hui dans beaucoup de régions, dans beaucoup de pays. Alors il va s’en dire que c’est un défi pour tout le monde entier et à l’Eglise. Et même dans les religions traditionnelles, chacun doit apporter son grain de sel afin que nous puissions ensemble sauvegarder ce trésor qu’est le mariage.

Quels conseils avez-vous à donner aux couples qui continuent d’être ensemble malgré les difficultés ?
On ne peut que leur dire courage et persévérance. Car, seuls ceux qui vivent dans le mariage peuvent dire à quel point c’est difficile et passionnant la vie de couple. Dieu à crée l’homme et la femme, complémentaires l’un et l’autre. Il a voulu donc la vie à deux. Dans la genèse on le lit clairement, Dieu a voulu le mariage pour que l’homme et la femme deviennent co-créateurs comme lui parce que à travers eux il perpétue la génération. Il faut privilégier le dialogue au sein des couples, ainsi que le respect mutuel entre partenaire. L’humilité et la tolérance sont les clés.
Propos recueillis par Fanelle SOTOMEY (Stag.)





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