Précautions à prendre en période d’harmattan : « Il faut se protéger contre le froid et porter des cache-nez contre la poussière », dixit Docteur Romuald ASSOCLE

29 décembre 2022

Le Bénin est en proie à l’harmattan depuis le mois novembre. S’il est plus ressenti au Nord du pays, ses conséquences ne sont nullement à négliger dans la partie méridionale. Parmi les conséquences, Docteur Romuald ASSOCLE, médecin épidémiologiste s’est intéressé aux maladies auxquelles sont exposées les populations si des précautions ne sont pas prises. Il a également prodigué des conseils pour mieux traverser cette période en bonne santé.

Nous allons rentrer dans la période d’harmattan dans peu de jours, quels sont les risques de maladies auxquelles peuvent être exposées les populations ?
L’harmattan, c’est un vent frais, sec et surtout chargé de poussière. Ce sont ces différents aspects, ces différentes caractéristiques de cette période-là qui vont déterminer ses conséquences sanitaires. D’abord chargé de poussière, la poussière renfermant beaucoup de pathogènes dont des virus, des bactéries et des microbes qui ont été peut-être rejetés dans l’environnement par d’autres malades ou bien qui ont été drainés par des mouches ou des animaux. C’est généralement des pathogènes qui vont se loger de préférence dans les voies respiratoires. Il s’agit notamment des virus comme influenza-virus (souvent appelé la grippe), le rhinovirus, les infections de la grippe aviaire, le coronavirus, tous les virus qui se logent préférentiellement dans la voie respiratoire qui part des narines jusqu’aux poumons en passant par les bronches, les tranchées. Les maladies provoquées par ces virus sont les rhinites, le syndrome grippal ou la grippe qui se manifeste par la fièvre, les céphalées, les maux de tête, les myalgies, la toux, l’écoulement nasal. Ce sont ces maux qu’on remarque au cours de l’ harmattan provoqué par la poussière. On peut aller jusqu’à des maladies comme la tuberculose parce que cette maladie se contracte quand un malade tousse dans la nature et que la poussière draine les particules infectieuses de cette toux-là, d’autres personnes peuvent l’aspirer et attraper la tuberculose. Il y a des maladies comme la méningite qui peuvent se transporter également à travers la poussière. La première et la plus importante conséquence sanitaire de l’harmattan, c’est la poussière qui draine des microbes responsables de plusieurs maladies virales, bactérielles… L’autre chose quand il s’agit d’harmattan est qu’il est un vent sec. Cette sécheresse se fait remarquer pratiquement à tous les niveaux du corps. Déjà au niveau de la peau, elle est sèche et il peut y avoir d’effraction et dans ce cas, il peut y avoir d’entre-pénétrations de virus, de microbes ou de bactéries provenant de l’environnement et cela peut se faire au niveau de la peau, des muqueuses et des lèvres. On voit parfois des gens qui ont des fentes au niveau des pieds d’athlètes, des effractions au niveau des pieds et de la peau. La sécheresse va au-delà même du physique, elle peut se ressentir au niveau respiratoire. La voie respiratoire est très sèche avec toutes ses conséquences dont les effractions et les infections. Les périodes d’harmattan sont des périodes de grande variation de températures d’abord de l’environnement et par voie de conséquence du corps humain. En journée, on peut aller jusqu’à 39 ou 40 degrés surtout dans la partie septentrionale et les soirs et très tôt le matin, il fait excessivement frais. Cette variation de température allant d’un extrême à un autre va fragiliser les hommes et affaiblir leur immunité. Cette fragilité de l’immunité peut être responsable de la résurgence de tare en l’occurrence chez les diabétiques, les hypertendus qui peuvent faire des décompensations de leur maladie antérieure à cause de cette modification parce qu’il y a ce qu’on appelle l’homéostasie, c’est quand le corps ne fait pas d’effort pour s’équilibrer mais les variations de température amènent le corps à faire beaucoup d’efforts pour chercher l’équilibre. Et s’il y avait déjà un déséquilibre biologique, physiologique, ça devient compliqué pour le corps de satisfaire à cet équilibre entre le froid et le chaud pour se mettre en homéostasie. Ces variations peuvent donc être responsables des troubles d’humeur, de l’irritabilité et la décompensation des anciennes tares ou des maladies qui dormaient ou étaient bien contrôlées.

Quels sont les moyens pour éviter les conséquences néfastes de cette période d’harmattan ?
Pour passer avec moins de soucis cette période d’harmattan, ces moyens se déduisent de tout ce qu’on a dit jusque-là. Il y a d’abord les moyens physiques. Il s’agit de se protéger. On a parlé du froid et de la variation de température, donc il faut bien se protéger quand il fait frais avec des blousons, des pull-overs, des vestes, des bonnets surtout pour les enfants, les chaussettes et quand il fait chaud, il faut savoir se décontracter également. Quand on ne supporte pas de prendre un bain froid, il faut l’éviter carrément et ça ne fait pas de vous un poltron. On peut chauffer légèrement l’eau avant de se laver. Toujours dans les moyens physiques, la principale arme pour lutter contre la poussière, c’est de protéger les voies respiratoires et c’est les cache-nez qui sont plus que jamais très importants surtout pour les asthmatiques. Le cache-nez n’est pas seulement pour Covid mais ça nous a beaucoup aidés. Si on avait les études, on aurait constaté qu’il y a eu moins de grippes, moins de toux, moins de problèmes de rhinites, d’écoulement nasal en ces deux précédentes périodes d’harmattan parce que les gens se protégeaient systématiquement contre la Covid, ce qui permettait également de se protéger contre la poussière. Autre conseil en cette période d’harmattan, on a dit que tout est sec, il est alors important de bien s’hydrater jusqu’à 3 Litres d’eau par jour. Cela permet aux voies respiratoires de dégager spontanément les microbes, les germes qui s’infiltrent et de ne pas avoir de la peine à les dégager parce que quand c’est sec et qu’il y a de microbes, il y aura facilement d’effraction, une sorte de lésion cutanée ou de la muqueuse où les germes vont facilement pénétrer. Pour les tout petits enfants, qui n’arrivent pas à se moucher, on recommande souvent aux mamans de leur laver les narines, ce qui permet d’évacuer manuellement les microbes. Il y a également l’hygiène en cette période d’harmattan. Il faut éviter de cracher dans la rue surtout quand on ne connait pas son statut, on peut facilement entraver les autres ou mettre leur vie en danger…
Propos recueillis par Ange M’poli M’TOAMA





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