Prince A. Hounnou sur la crise de la vingtaine : « Ce n’est pas une maladie mentale, mais une étape psychologique que les jeunes doivent franchir »

14 mai 2022

Entre 21 et 33 ans, la plupart des jeunes traversent souvent une période d’instabilité émotionnelle et psychologique. Il s’agit d’une période qui leur permet de définir les bases de leur avenir en tant qu’adulte. Le Psychologue des hôpitaux et Psychothérapeute Prince A. Hounnou parle, dans l’interview ci-dessous, d’une crise de la vingtaine. Selon lui, cette période sensible nécessite la présence rassurante d’un adulte expérimenté pouvant permettre au jeune de s’en sortir facilement.


Qu’entend-on par crise de la vingtaine ?

La crise de la vingtaine, encore appelée crise du quart de vie, est une crise existentielle ou identitaire qui touche les 2/3 des jeunes qui entrent dans la vie active. Elle bouleverse toute l’identité du jeune qui aspire devenir adulte. Elle touche des jeunes dans la tranche d’âge de 21 à 33 ans. C’est une crise pendant laquelle les jeunes s’interrogent beaucoup sur leur vie par rapport à ce qu’ils ont vécu dans le passé et leur devenir. Ce n’est pas une maladie mentale, mais une étape psychologique que les jeunes doivent franchir.

Quelles sont les causes de la crise de la vingtaine ?

Cette crise est causée par une transition active à laquelle l’enfant ne s’est pas du tout préparé. Cette crise n’est pas définitive. On la traverse, qu’elle soit bien ou mal gérée, et on sent les répercussions dans la vie active.
Prenons l’exemple de l’enfant qui vit chez ses parents. Il est insouciant, il ne pense pas à ce qu’il doit manger demain, il ne pense à rien. Ce sont les parents qui assument les responsabilités de cet enfant. Alors vient un moment pendant l’adolescence où l’enfant commence par se rendre compte que les parents qui ont toujours été là pour lui, commencent à ne plus se préoccuper de lui. Donc, l’enfant doit commencer par se prendre en charge, avoir une vie de couple, avoir des responsabilités, s’engager dans la vie active et professionnelle. Le fait alors de savoir qu’on doit quitter les parents crée une angoisse. Et cela pousse l’enfant à se poser beaucoup de questions. ‘’Comment les choses iront pour moi si je quitte les parents ? Vais-je réussir ? Est-ce que je pourrai être à la hauteur quand je serai parent à mon tour ? Est-ce que la formation que je fais actuellement peut m’aider à assumer mes responsabilités futures ?’’. Voilà autant de questions que pose l’adolescent et quand il n’a pas les réponses, cela crée un bouleversement total. Il se méconnait lui-même à force de se poser trop de questions sans y trouver de réponses

Comment se manifeste cette crise de la vingtaine ?

Les manifestations sont atypiques et dépendent des ressources dont dispose chaque enfant. De manière générale, il y a des questionnements sur l’avenir. Et par rapport à ces questionnements, se crée un doute. Un stress intense et éprouvant entrainée par la quête de la réussite. La crise de l’identité, une angoisse de vie entrainée par la question ‘’Qui suis-je ?’’, la perte d’appartenance à un groupe. On ne sait plus si on est jeune ou adulte. Le refus d’assumer ses responsabilités à cause de la peur de la vie adulte. La difficulté à se projeter dans le futur, la peur d’aller de l’avant, car l’avenir semble flou, incertain, angoissant et surtout stressant. Il y a aussi le manque d’estime de soi. On ne se sent pas capable d’affronter la vie. Il y a aussi une perte d’affirmation de soi et de manque de confiance en soi. On a le sentiment de ne pas être à la hauteur. Ceci est renforcé par le fait que nous vivons dans un monde où les jeunes sont plus tournés vers les réseaux sociaux, sont très vite influencés et ont tendance à vouloir reproduire tout ce qu’ils voient. Il y a la frustration, un sentiment de peur et d’insécurité en ce qui concerne l’avenir, la remise en question des relations sociales, l’isolement pouvant aller jusqu’à la dépression, une sensation de vide et de la nostalgie.

Quelles sont les conséquences quand cette crise est mal gérée ?

En cas de mauvaise gestion de cette crise de la vingtaine, le jeune adulte vit avec un stress permanent. Il est très anxieux par rapport à tout ce qu’il entreprend sur le plan professionnel, social ou affectif. Ces personnes sont souvent pessimistes et ont peur du lendemain, car pendant qu’ils traversaient cette crise, ils n’ont eu aucun soutien psychologique. Personne ne les a aidés à faire de bons choix et à trouver les bonnes solutions. Certaines de ses conséquences tendent vers des troubles psychologiques. Ils ont du mal à s’affirmer et à être fiers d’eux, car ils sont réduits à leur adolescence avec des comportements enfantins et irresponsables.

Comment peut-on aider un jeune qui traverse cette période de crise ?

Une personne qui traverse cette crise ou qui a été victime d’une crise mal gérée doit consulter un psychologue. Ce dernier a pour mission de l’aider à identifier les problèmes qui impactent sa vie et à l’aider à y trouver des solutions. Le jeune adulte doit arrêter de prendre pour exemples de réussite ou idoles des gens dont il ne sait rien. Il doit arrêter à tout prix de vouloir plaire aux autres. Il doit rester lui-même, s’identifier et s’assumer tel qu’il est. Il doit écouter son instinct, faire ce qu’il a envie de faire et sans se comparer ni faire comme les autres. Il faut que les jeunes adultes arrêtent d’être utopiques, il faut créer une cohérence entre le monde actuel et le monde de ses rêves. Il ne faut pas rêver de l’impossible. Il faut savoir ce qu’on est capable de faire avec les ressources dont on dispose. Il faut vivre l’instant présent, prendre le temps de définir ses priorités, accepter ses difficultés et partager son expérience avec son entourage. La présence rassurante d’un adulte expérimenté durant cette période permet au jeune de s’en sortir facilement. Ce qu’il faut retenir, c’est que les personnes qui ont traversé cette crise en bien ou en mal témoignent qu’elle les a aidées à mieux structurer leur vie.

Propos recueillis par Yasmine ALONOMBA (Stag)





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