Priorisation du français au détriment des langues maternelles : Une tendance dangereuse aux multiples raisons

31 août 2021

En Afrique, les langues maternelles représentent un héritage que doivent conserver les générations actuelles pour celles à venir. Mais aujourd’hui, tout porte à croire que cette identité propre à chaque tribu est en voie de disparition. Les langues étrangères ont pris le dessus. Les enfants ne comprennent plus leur langue d’origine. A l’idée de faire de l’enfant un véritable francophone, l’importance de ces langues maternelles qui autrefois étaient chères aux aïeux semble jetée aux oubliettes.

C’est devenu une mode. Beaucoup de jeunes n’arrivent plus à s’exprimer dans leurs langues d’origine. C’est le constat fait en Afrique précisément au Bénin, une soixantaine d’années après le départ de l’homme blanc. De ce fait, la nouvelle génération a du mal à se retrouver pendant les discussions de famille qui, pour la plupart du temps, se déroulent en langue maternelle. Pour certaines personnes interrogées sur le sujet, ce phénomène tire sa source de l’imposition de la langue française aux enfants dès le bas âge. « Certains parents exigent uniquement le français à leurs enfants et s’abstiennent de leur parler nos langues », révèle Karen, étudiante en première année de géographie. En fait, poussés par l’envie de voir leurs enfants s’exprimer convenablement dans la langue du colon dès le bas âge, nombreux sont aujourd’hui dans la conception selon laquelle la langue de Molière est la langue d’expression la plus utile et avantageuse. Selon les personnes qui ont cette conception, élever les enfants uniquement avec le français, c’est les préparer aux réalités de l’école et leur donner une maîtrise parfaite de la langue officielle. Malheureusement, les revers de cette pratique constituent depuis quelques années un fléau qui n’a cessé de ronger la société africaine. Une autre raison évoquée par les sources étant intervenues sur le sujet est l’usage du « signal », un vieux système utilisé au cours primaire pour punir les apprenants qui s’expriment en langue vernaculaire en étant en classe. « Le signal est une médaille d’os d’animal ou de coquille d’escargots qui dégageait une odeur difficile à respirer. Les enfants qui se hasardaient à parler leurs langues maternelles dans la salle de classe étaient obligés de le mettre au cou. Pendant de longues années, cette pratique est restée le moyen adéquat par lequel les instituteurs amenaient les enfants à mieux s’exprimer en français. Mais aujourd’hui, elle fait partie des premières raisons de la disparition des langues maternelles dans les sociétés béninoises », rappelle Aurore, une enseignante de français. A entendre l’éducatrice, la situation actuelle des jeunes gens en ce qui concerne les langues maternelles n’est que le revers de cette ancienne pratique qui régnait en maitre dans les écoles.

L’Importance des langues maternelles
La langue étant un système d’expression orale ou écrite propre à une communauté, elle est perçue comme un élément témoignant de la solidarité qui existe entre les membres de cette communauté. C’est ce que laisse croire le comportement des natifs d’Adja, une région située dans le Couffo au Bénin. En effet, lorsqu’un Adja rencontre un inconnu qui s’exprime dans la même langue que lui, il a de la facilité à tisser des liens de solidarité avec celle-ci. Du moment où cette personne s’exprime déjà dans la même langue que lui, il le considère comme un membre de sa communauté. Ceci étant, c’est tout naturellement qu’il vient en aide à cette personne lorsque cette dernière est en difficulté.
En dehors de ce rôle que jouent les langues maternelles au sein des peuples, il faut comprendre que leur pouvoir ne se limite pas à cela. Dans les familles africaines, ce produit social qu’est la langue rend plus rigide les relations entre les géniteurs et leurs progénitures. « Apprendre sa langue d’origine à ses enfants est une belle initiative, dans la mesure où elle permet de renforcer les liens entre parents et enfant. L’enfant ainsi éduqué a de l’aisance pour discuter avec ceux-ci. Il connait mieux ses origines et peut facilement se retrouver quand il est parmi les membres de sa collectivité », fait savoir Nicolas, un père de famille.
Aussi, faudra-t-il le noter, les langues maternelles ne sont pas non plus négligeables sur le plan scolaire. En réalité, les langues maternelles de l’avis de nombreuses personnes, sont d’une importance capitale dans la compréhension des notes prises en classe par les apprenants. « Au secondaire, j’avais l’habitude de traduire mes cours en fon lors de mes révisions. Cela me permettait de bien comprendre ce que j’apprenais et m’évitais les mémorisations inutiles. Ce n’est qu’ainsi que j’arrivais à m’en sortir pendant les compositions. Même à l’université, c’est ce que j’ai continué de faire », révèle Nadia, une étudiante en deuxième année au Département des Sciences du Langage et de la Communication (Dslc) à l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). De son côté, Marie-Grâce, élève en classe de Première a confié avoir fait recours à sa langue d’origine pour mieux assimiler ses cours quand elle se préparait à passer le Brevet d’Etude du Premier Cycle (Bepc). « Quand j’étais en classe de troisième, lorsque j’ai des notions de cours que je n’arrive pas à maitriser, je demandais de l’aide à mes aînés. Ils étaient obligés de me l’expliquer dans ma langue maternelle, le Mahi pour que je puisse comprendre de quoi il est question », a-t-elle laissé entendre. A analyser leurs propos, les langues maternelles sont un élément facilitateur de l’acquisition du savoir dans les lieux d’enseignement. En somme, la tendance à privilégier le français aux langues maternelles se généralise et pour l’instant, à chacun ses raisons.
Mathilde AGNIMOAN & Evelyne AZOCLI (Stags.)





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