Prise de conscience environnementale 60 ans après les indépendances : la méthode a manqué… », dixit Dr Harry Viderot

Fulbert ADJIMEHOSSOU 6 août 2020

Au lendemain des indépendances, la priorité portait plutôt sur le développement en termes d’objectifs de production et de progrès économiques. Aujourd’hui, l’environnement est devenu un enjeu politique et social majeur. Mais beaucoup d’efforts restent à fournir selon Dr Harry Viderot. Spécialiste des ODD, il est chercheur au Laboratoire de recherche en Marketing et Bien être du consommateur de l’Uac.

Dr Harry Viderot, quel bilan peut-on faire des 60 ans de l’indépendance dans le secteur de l’environnement ?
En 60 ans, on peut dire d’abord qu’il y’a eu l’appréhension et une prise de conscience. L’appréhension d’abord dans le domaine de l’environnement dans sa globalité. Il y a l’éveil des consciences avec les différents programmes de développement. Lesdits programmes ont permis une instruction vers différentes stratégies et politiques dans le but de faire de l’environnement un problème sociétal. Le contexte mondial nous impose l’instauration des objectifs à atteindre pour impacter au mieux l’environnement. C’est vrai qu’aujourd’hui, pour pouvoir aborder ce sujet. Il y a les problèmes liés aux déchets plastiques, qui restent des problèmes d’ordre mondial. Il y a eu beaucoup de mesures, d’initiatives pour pouvoir militer, avec les lois politiques, dans la sensibilisation. Mais le problème environnemental ne se situe pas qu’au niveau des déchets plastiques. C’est ce qu’il faut soulever parce qu’au départ dans notre contexte béninois ou africain, on se focalise sur les problèmes qui influaient directement tout le commun des mortels en oubliant qu’il y a d’autres problèmes liés à l’environnement qui ne sont pas perceptibles mais dont ne voit que les conséquences. Il y a plusieurs maladies comme le paludisme et autres qui sont dues à l’environnement malpropre. On peut dire qu’il y a une évolution. Cette prise de conscience s’imposait déjà au regard des conséquences climatiques et environnementales sur les populations. Cependant, la dynamique en place a pris du temps. Il fallait des réflexions et des méthodologies pour pouvoir appréhender l’aspect environnemental dans sa globalité.

Vous parlez d’une prise de conscience mais il est à remarquer que l’incivisme demeure. Pourquoi ?
C’est la méthode qui a manqué dans les politiques et mesures prises au niveau national et déployées avec la décentralisation qui est intervenue en cours de route. Il fallait que la prise de conscience soit faite aussi au niveau de la base. Ce qui a manqué. Quand on prend par exemple la morale, le civisme qui nous enseigne de ne pas jeter les déchets dans la rue pour pallier l’insalubrité de nos villes, de nos milieux de vie, ce sont des valeurs qu’il faut très tôt inculquer pour que ces habitudes restent. Ce qui n’a pas été fait.
Aujourd’hui, on va plus vers ces dynamiques avec les études qui sont dernièrement proposées. On a besoin de cette sensibilisation qui doit venir de la base afin que les populations puissent, les années à venir, comprendre au-delà du civisme l’intérêt de ne pas dégrader l’environnement. Il est très simple pour nous aujourd’hui de pouvoir parler d’incivisme mais si on ne s’intéresse pas au pourquoi ce serait très difficile que, cet aspect dont on est en train de parler puisse être mieux appréhendé par les personnes, les populations et les acteurs de la société que nous sommes.

Le Bénin dispose d’une panoplie de lois dans le secteur non appliquées et d’ailleurs peu vulgarisées. Que faut-il faire ?
Le Bénin dispose d’une panoplie de lois comme la loi 2017 -39 du 26 décembre 2017 portant Interdiction de la production, de l’importation, de l’exportation, de la commercialisation, de la détention, de la distribution et de l’utilisation de sachets plastiques non biodégradables en République du Bénin. Il ne suffit pas juste d’une loi pour que l’application soit faite. Mais il y a une méthodologie bien adaptée pour la vulgarisation. On ne dira pas que les publicités ne sont pas faites. On ne dira pas aujourd’hui que les répressions ne sont pas faites. Si vous faites référence par exemple à l’étude que j’ai réalisée sur les types de sensibilisation environnementale qui peuvent avoir un effet sur les comportements écologiques des consommateurs au Bénin, vous verrez que les outils, les mesures proposées n’ont jamais été abordés auparavant. Donc c’est difficile déjà que nous pensions qu’il suffit d’une loi, d’une campagne de 2 ou 3mois et d’une période moratoire pour avoir des effets palpables sur les terrains. Ce qu’il fallait, c’était de définir par rapport à la dynamique de la population, une méthodologie de sensibilisations. Quelles sont les mesures qu’on devrait prendre pour que ces lois soient comprises et respectées. C’était la meilleure réflexion à mener. Comme je disais, aujourd’hui, un diagnostic s’impose au sujet de l’application des lois disponibles dans le secteur de l’environnement. Est-ce que ces lois doivent être maintenues en l’état ? Quel a été l’effet de ces lois sur les populations ? Quelles sont les mesures aujourd’hui à prendre pour la compréhension, l’intégration des objectifs visés par ces lois sur les populations ? Et qu’est-ce qu’on peut espérer de ces lois dans le court et long termes. C’est ce diagnostic qui s’impose aujourd’hui à tous.

Y-a-t-il des raisons de croire à une meilleure gestion de l’environnement, par les populations et leurs dirigeants, les prochaines décennies ?
Il a des raisons d’y croire. Mais, il faut des méthodes. Je propose un état des lieux dans le but de faire un diagnostic clair avec les acteurs politiques, les acteurs du ministère sectoriel concerné, mais aussi des sachants du domaine. Cela commence avec avec des propositions pour pouvoir influencer les populations positivement par l’application des lois concernant par exemple les sachets plastiques. Une étude que j’ai réalisée et qui est parue dans des revues internationales puis relayée dans les médias et qui est mise à disposition des gouvernants aborde les pistes. C’est cet état des lieux qu’il faut faire avant d’aller à un diagnostic clair. Ce diagnostic nous permettra de faire maintenant des propositions concrètes, de sortir des mesures précises, spécifiques et adaptées afin d’avoir les résultats que ce soit sur le court et le long termes. Aussi, il faut le suivi régulier des propositions dans un cadre formel qui sera mis en place par les acteurs politiques. Mais pour la population, c’est de faire comprendre que quand on parle de mesure environnementale, ce n’est pas pour la gouvernance, ce n’est pas pour les autres, mais c’est pour soi même, pour sa propre santé, pour son milieu de vie. L’assainissement de son milieu de vie a des impacts positifs et le fait de ne pas en prendre conscience, c’est s’exposer aux maladies qui sont parfois cancérogènes ou autres. Il faut veiller à mettre en place des dispositions pratiques pour pouvoir pallier les conséquences environnementales.
Propos recueillis par Fulbert ADJIMEHOSSOU





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