Prise en charge dans les hôpitaux publics : Le supplice des indigents du Cnhu de Cotonou

La rédaction 29 octobre 2019

Des patients prisonniers. Ils sont nombreux ces malades qui bien que soignés, sont retenus au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga (Cnhu-HKM) de Cotonou. Fautes de moyens pour payer la facture des soins, ils s’en remettent au centre social mais le verdict ne leur est toujours pas favorable. Entrez dans l’univers des indigents Cnhu-HKM !

Sur les pas du destin. Errante, regard creux, la cinquantaine, un bébé dans les bras, elle soupire à la question de savoir les raisons de son séjour prolongé dans le Centre hospitalier. Presqu’au bord de larmes, elle s’asseoit, repositionne l’enfant sur ses jambes, une fillette de 4 mois qui s’endort les poings fermés. Nous sommes à quelques encablures du hall de la salle d’accouchement du Cugo. Le temps est clément ce jeudi matin du mois de septembre. Pourtant, elle ne sourit pas à la vie. « Nous sommes ici depuis environ un mois et demi. C’est à cause de l’argent. Il n’y a pas d’Ong, ni de fondation pour nous secourir. Il n’y a qu’une seule personne de bonne volonté qui a pu payer une partie des frais d’hospitalisation de la mère du bébé », lâche notre inconnue qui a requis l’anonymat. Elle était donc une tante à ce nouveau-né, qu’elle portait à bras le corps. Au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga (Cnhu-HKM) de Cotonou, des dizaines de patients sont dans cette situation. Et survivre dans cette prison sanitaire est un luxe qui n’est pas à la portée de tous. Pour y parvenir, certains s’adonnent à de petites tâches domestiques. Ils ou elles portent assistance aux malades contre quelques rémunérations insignifiantes mais nécessaires pour ne pas périr. Laver des toilettes publiques, des ustensiles ou encore les vêtements font le menu de leur quotidien. « Je suis ici depuis 2014. Tout a commencé quand mes parents m’avaient commandé un jour. Suite à un faux pas en cours de chemin, j’ai cogné mon genou contre une pierre. A mon arrivée à la maison, je les en avais informés mais malheureusement, ils n’ont pas taillé d’importance à ma blessure. Plusieurs jours après, ce sont les voisins du quartier qui m’ont accompagnée ici. Je suis seule, je n’ai pas les moyens de me nourrir, ni de payer les frais d’hospitalisation et de soins », affirme Sènami (prénom attribué pour la circonstance), une jeune fille de 14 ans dont la jambe gauche a été amputée. A l’en croire, depuis plus de quatre ans, ses géniteurs n’ont pas cherché à prendre de ses nouvelles. Inutile de lui demander comment elle compte régler sa facture pour rejoindre son domicile. C’est le cadet de ses soucis. Sènami n’a pas où aller. Même libre, rentrer chez soi est tout une problématique pour la jeune fille. Ces cas sont légion au Cnhu. Pour certains, la mendicité est le seul recours dans cette jungle où vivre devient une épreuve. C’est dire que l’indigence au Cnhu-HKM de Cotonou est devenue une situation préoccupante. Et pourtant, il existe un service social dans ce centre pour venir en aide à ces personnes indigentes.

Un service social submergé
Situé non loin de la Direction générale, le service social s’occupe des personnes indigentes. Un tour dans ce service nous a permis de constater qu’il y a de nombreuses personnes assises sur des bancs attendant d’être reçues pour un entretien avec le personnel. Entre deux entretiens, la responsable dudit service, Orou Bénédicte répond à nos préoccupations. « Il y a plusieurs catégories d’indigents. D’abord, il y en a qui ont déjà parcouru plusieurs centres de santé avant de se retrouver au Cnhu. Ensuite, il y a ceux qui viennent directement au Cnhu mais qui font un long séjour. Enfin, il y a ceux qui sont référés directement par un centre de promotion sociale qui viennent des autres communes ». Au dire de Orou Bénédicte, seules les personnes hospitalisées peuvent postuler au statut d’indigence. Un démuni transporté au centre juste pour des soins ne peut y prétendre, quand bien même par la suite, il ne parvient pas à faire face aux frais de soins. « Nous ne traitons que les dossiers des malades qui sont hospitalisés. Et c’est suite à cela qu’on prend la décision d’aider le patient dans les frais d’hospitalisation », insiste Orou Bénédicte. Aussi, la prise en charge répond à des critères précis. « Lorsque ces personnes viennent demander de l’aide, nous faisons une enquête de moralité sociale pour vérifier si le malade vient d’un milieu véritablement pauvre. Et c’est après cela qu’il doit nous apporter une attestation de résidence pour nous permettre d’entamer les démarches de sa prise en charge », a-t-elle ajouté. Selon les statistiques qu’elle nous a révélées, pour le compte du mois de décembre 2018, le Cnhu a reçu 37 personnes dont 15 ont bénéficié de la prise en charge, ceci grâce également au soutien de généreux donateurs et de certaines Organisations non gouvernementale (Ong). Ainsi, seulement une poignée de personnes sont éligibles au service social du Cnhu-HKM de Cotonou. La majorité est laissée en rade. Quid de la justice sociale ? Le ministère en charge des affaires sociales a encore du pain sur la planche. Le droit à la santé est un droit constitutionnel et l’Etat doit en assumer l’entière responsabilité.
Rébecca KINDO (Coll.)



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