Prix d’achat du ciment en fonction des départements : L’équité mise à mal, les plus pauvres pénalisés

Angelo DOSSOUMOU 31 mars 2022

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 74 000 F la tonne du ciment à Porto-Novo, la capitale politique et dans les départements de l’Ouémé et du Plateau. 75 000 F à Cotonou, la capitale économique et dans l’Atlantique. Mais à part ces prix raisonnables fixés par le Conseil des ministres du 23 Mars derniers pour ces localités, les consommateurs des autres départements ont de quoi crier à l’iniquité. Tenez ! Les prix de la même tonne de ciment sont fixés respectivement à 82 000 F à Parakou et à Djougou, 85 000 F à Natitingou et Kandi puis à 90 000 F à Malanville... A première vue, beaucoup seraient tenté d’expliquer cette disparité des prix du ciment selon les départements par le coût du transport. Mais, dès lors qu’il y a des exemples comme le prix de la bière qui ne varie presque pas d’une région à une autre malgré les mêmes transports onéreux mis en avant pour justifier la disparité en ce qui concerne le ciment, il est clair qu’avec un peu plus de volonté politique et de négociation avec les cimenteries, il n’est pas impossible d’aller à une harmonisation sur l’ensemble du territoire national.
D’ailleurs, cette vue qui consiste à simplement calculer le prix d’achat du ciment par le consommateur en tenant compte du paramètre de l’éloignement des cimenteries n’a sans doute pas tenu compte du pouvoir d’achat des populations et d’un dumping parfois nécessaire à l’intérieur d’un même pays pour garantir la justice sociale. Pour rappel, d’après les chiffres de l’INSAE, les départements du septentrion où curieusement la tonne du ciment est la plus chère, sont les plus pauvres du pays. En somme, avec ces prix exorbitants du ciment qui leur sont imposés, les populations vivant dans l’Atacora, l’Alibori, le Borgou et la Donga sont condamnées à davantage dépenser avant de pouvoir se construire une petite habitation.
Pourtant et c’est un secret de Polichinelle, construire, c’est le plus grand rêve du Béninois quel que soit là où il se trouve et peu importe son pouvoir d’achat. Alors, tenant compte de cette réalité sociologique, c’est dans lesdits départements, en dépit du fait qu’ils soient les plus éloignés des cimenteries, situées pour la plupart dans la zone côtière, que le ciment ne devrait pas coûter les yeux de la tête et non le contraire.

Une Nation, des contribuables égaux !
Malheureusement, depuis la réglementation des prix de la tonne de ciment en Conseil des ministres, c’est le cas et Dieu seul sait que les populations des départements concernés par les prix actuellement incriminés n’ont rien fait pour mériter cette disparité. C’est pourquoi, pour donner un sens au terme de ‘‘Nation’’ qui, en principe, ne se décrète mais se sécrète, il y a lieu de corriger le tir et d’envisager le plus tôt que possible, à défaut de céder la tonne du ciment à des prix plus bas aux populations des départements les plus pauvres, d’harmoniser les prix sur l’ensemble du territoire national.

La répartition des entités industrielle en question ?
Cependant, s’il est advenu que le prix du ciment ait été fixé par le gouvernement selon les départements, c’est forcément parce qu’il y avait des vides qui ne peuvent être comblés dans l’immédiat. Sans détour, quand des zones données ont longtemps été marginalisées dans l’implantation des usines indispensables aux besoins des populations, il ne devrait jamais venir à personne, l’idée de les pénaliser. Car, ces populations qui y vivent n’ont commis aucun crime pour ne pas bénéficier des usines qui aujourd’hui, devraient les mettre à l’abri de l’iniquité des prix du ciment. Autrement, dans les 4 départements du septentrion, la situation de la cherté du ciment a permis aujourd’hui de se rendre compte qu’il y a des unités industrielles essentielles qui, à court et moyen termes, doivent y être implantées. Dans tous les cas, si dès à présent, l’équité n’est pas respectée dans la répartition territoriale des unités industrielles, le risque est grand qu’à l’avenir, la notion d’appartenance à l’Etat ne soit pas perçue de la même manière selon qu’on est à Cotonou, Porto-Novo ou à Malanville et Parakou. Raison de plus, pendant qu’il est encore temps, que les pouvoirs publics mettent tout en œuvre pour qu’au grand jamais, ce sentiment d’injustice ne perdure dans les cœurs des populations des départements éloignés, pauvres mais précieux au développement intégral du Bénin.





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