Prof Bienvenu Koudjo à propos du chômage des jeunes : « Il faut conseiller la double formation ou un raccourci »

La rédaction 24 août 2022

Dans cet entretien, prof bienvenu Koudjo met en avant la situation d’insertion professionnelle chez les jeunes et propose la double formation.

Le chômage des jeunes reste une situation préoccupante malgré les efforts consentis dans l’insertion professionnelle après leur formation. Quelle lecture faites-vous de la situation ?
L’insertion professionnelle qui est l’enjeu pour le développement nécessite justement des approches assez bien planifiés. Si on veut parler de l’insertion professionnelle et qu’on l’associe immédiatement à l’inadéquation entre la formation et l’emploi, on risque d’ouvrir un domaine trop large avec des affirmations incertaines. Donc moi, je ne dirai pas qu’il y a inadéquation entre la formation et l’emploi comme ça sans rentrer dans la réflexion sur les emplois existants, la maîtrise des besoins et la formation qui est donnée et qui peut-être ne cadre pas avec l’évolution du marché. On peut avoir le diagnostic du marché à un moment donné mais on peut aussi ne pas cerner l’évolution du marché et adapter les formations à ces besoins. C’est là qu’on peut vous rejoindre et dire qu’il y a inadéquation entre la formation et l’emploi en même temps. Il y a des formations qui répondent bien à des besoins du marché mais qui n’ont pas non plus les personnes ressources qu’ils faut pour accomplir ces formations ou pour accomplir ces métiers. La formation professionnelle va se faire dans un secteur où il y avait certainement des besoins et aujourd’hui cette formation reste statique pendant que les besoins du marché évoluent. C’est cela qui fait l’un des problèmes qu’il faut régler avant de parler de l’insertion professionnelle ou de l’efficacité de l’insertion professionnelle, et aussi, avant de parler de l’inadéquation entre la formation et l’emploi. L’inadéquation n’est pas systématique. Des fois, il y a des besoins du marché qui ne sont pas suivis dans la formation et là, on est dans l’inadéquation mais parfois, pour la formation qui est donnée, les apprenants qui doivent y aller, ne sont pas en nombre suffisant pour couvrir les besoins du marché pendant que d’autres s’en vont dans d’autres directions qui ne sont pas celles des besoins du marché. Dans les deux sens, il est fort possible que ce soit les apprenants eux-mêmes qui ont des besoins dont on n’a plus besoin et les formateurs qui ont des formations dont les contenus ont évolué par rapport aux besoins du marché, ce sont ces choses-là conjuguées qui donnent le résultat que vous êtes en train de déplorer. D’ailleurs, le gouvernement actuel a compris cela et a voulu mettre un peu plus l’accent sur la formation professionnelle mais il faut surtout que cette formation réponde aux besoins du marché. Ce qui fait qu’en amont, il faut avoir déjà fait et régulièrement des enquêtes statistiques pour savoir de quoi on a besoin pour le développement de ce pays aujourd’hui et au fur et à mesure que l’on avance au rythme du développement des autres pays que nous suivons. Donc il faut faire en sorte qu’il y ait un va et vient entre les besoins du marché et la formation pour répondre à ces besoins du marché et maintenant la publication de ces statistiques pour que ces jeunes puissent savoir quels sont les emplois disponibles et s’orienter vers les formations qui y donnent accès. Tant qu’on n’aura pas fait cela, On ne résoudra pas le problème du chômage des jeunes.

Vous avez aussi soulevé le fait que des étudiants choisissent des branches qui ne disposent pas d’offres. C’est clair que quand ils vont finir, ils se retrouveront dans la peau de diplômés sans emploi. Qu’est-ce qu’il faut faire à cet effet ?
Il faut aller au cœur du problème. Il y a l’orientation qui n’est pas faite au bon moment et au bon endroit. L’orientation doit se faire en amont avant même le baccalauréat. Parce que aujourd’hui, on fait les orientations après le baccalauréat. C’est vrai que c’est là où la formation au haut niveau est immédiatement disponible et en même temps nécessaire. Parce que, après la formation générale du secondaire, la formation spécialisée commence avec l’université et c’est là peut-être qu’on sent qu’il faut choisir ce qu’on veut faire. Or, il faut l’avoir choisi avant, pour pouvoir faire une formation dont le contenu vous permet de poursuivre la formation professionnelle du métier que vous voulez exercer. Donc, il y a d’abord le moment et le niveau de l’orientation qu’il faut qu’on revoie. D’ailleurs, cette orientation peut aussi être révisée en cours de formation après la première formation qui suit ce qu’on peut appeler la volonté mal calculée. D’ailleurs, le jeune qui rêve d’un métier dont il ne connaît pas le contenu et qui dit : « Je veux être médecin », au moins, commençons par l’orienter dans la formation qui lui permet d’avoir accès à son métier en commençant à partir du second cycle du secondaire où il doit commencer par se spécialiser. Si on ne lui fait pas l’orientation à partir de là, quitte à ce que cette orientation soit reprécisée, quand on va arriver au baccalauréat, on va passer aussi à côté de la bonne orientation parce que certaines portes vont lui être fermées, alors qu’il pensait qu’en faisant telle série, en ayant tel contenu dans la formation de cette série, il pourrait faire tel métier et c’est là où, faute de savoir quoi faire, certains choisissent les disciplines généralistes comme les lettres, le droit, l’économie, dont les formations sont beaucoup plus théoriques que pratiques. De toute façon, ce sont des formations théoriques. Le marché ne se montre pas aussi directement parce que, quand tu vas faire ta licence de géographie, de droit, tu ne sais encore rien faire et il va en avoir beaucoup dans ce secteur qui vont se retrouver avec des diplômes généralistes et qui ne donnent accès à aucun emploi précis. Donc c’est là où il y a une masse d’apprenants qui se retrouvent dans cette situation dont le résultat sur le terrain est ce que nous déplorons. C’est-à-dire le manque d’emploi pour les jeunes. Tout cela est donc lié et il faut alors encadrer les jeunes dans leur désir de faire quelque chose en leur disant : « ce que vous voulez faire, est-ce que vous savez si ça va vous permettre de trouver de l’emploi sur le terrain ? ». Parce que ce n’est pas un savoir-faire précis, ce n’est pas professionnel. C’est pourquoi, il faut très tôt s’orienter vers des formations de type professionnel qui vous confèrent un savoir-faire, au lieu des connaissances généralistes qui ne débouchent pas sur un savoir-faire pratique.

Parlant de l’encadrement et de l’orientation des apprenants à la base, il y aussi un problème qui se pose. Il y a ce que l’apprenant rêve de devenir, il y a aussi son esprit génie et là, on sent qu’il a la facilité à innover dans un domaine donné. Par exemple, l’enfant rêve de devenir un grand avocat alors que, quand on l’observe, on voit qu’il est doué dans l’informatique. Face à cette réalité, qu’est ce qu’il y a lieu de faire ?
Les parents qui observent le jeune ont un rôle important. C’est de discuter avec lui de ce qu’il dit qu’il veut faire et de ce sur quoi on le voit avec des aptitudes et lui demander si ce n’est pas plutôt ces aptitudes qu’il faut qu’il approfondisse pour pouvoir trouver une voie et l’orienter déjà vers cela. A défaut de leur faire entendre raison sur le choix de l’aptitude et le choix du rêve, il faut les laisser à leur rêve mais leur demander de faire à côté une formation qui leur donne plus d’aptitudes dans ce qu’ils savent faire. C’est là où on peut faire une sorte de double formation. Mais il ne faut pas que la double formation nous amène dans l’impasse. C’est-à-dire qu’il ne faut pas qu’on poursuive deux lièvres à la fois et que finalement, on ne soit pas capable d’en tuer un seul. Voilà pourquoi quand on est dans ces situations, il faut conseiller la double formation. Mais là aussi on peut passer par un raccourci. Le LMD dont on parle dans son essence, est instauré pour permettre que l’on aille chercher en cours de formation universitaire, la formation que l’on veut dans le secteur où elle se donne par rapport à la formation de départ et de venir compléter. Mais je ne sais pas si aujourd’hui l’université permet justement que l’on fasse son menu de formation comme le souhaiterait le LMD et n’encombre pas les enfants dans un programme qui ne leur permet pas d’aller chercher une formation spécialisée ailleurs pour venir compléter la formation générale qu’ils sont en train de suivre quelque part. Là aussi, c’est notre système de formation qu’il faudrait éventuellement voir comment l’adapter réellement au système du LMD tel qu’il est pensé dans les pays anglo-saxons et que nous avons adopté finalement sans savoir si nous l’appliquons bien ou pas. Je vous fais balader donc dans plein de problèmes à la fois et pour me résumer, la double formation que j’ai recommandée, peut se faire aussi sur le terrain. C’est-à-dire que pendant que la personne fait la formation généraliste universitaire, elle peut se faire dans un cadre où ça se pratique déjà pour qu’il puisse avancer dans ce secteur. Ce qui me paraît le plus pratique aujourd’hui. Mais sinon, le LMD devrait permettre que l’on soit dans un secteur et qu’on aille chercher la formation dans un autre secteur toujours à l’université pour venir compléter son diplôme et faire une licence qui a à la fois les couleurs de ce dont on rêve et la possibilité de vous donner accès à la formation pratique qui correspond aux aptitudes que vous avez aujourd’hui.

Où est ce qu’on peut situer les responsabilités d’après vous ?
Les responsabilités sont à plusieurs niveaux. D’abord, il faut apprécier le désir de faire de l’orientation à la veille de la rentrée. Il faut l’apprécier à sa juste valeur surtout que ça se fait avant les inscriptions et c’est d’ailleurs pour ça que j’en sais quelque chose puisque c’est nous qui l’avons instaurée. On a obligé les universités à ouvrir leurs portes aux apprenants pour qu’ils sachent ce qu’on fait dans chaque discipline et ce sur quoi ça débouche parce que généralement dans les séances d’orientation, On a demandé aux universités d’accompagner les formations des débouchés. Ainsi les apprenants, en allant dans les séances d’orientation surtout dans les universités, ont une idée de ce sur quoi débouche la formation qu’on y donne. Maintenant, est-ce que la formation qu’on y donne, comme je le disais plus haut, correspond à des besoins du marché ? Il y a peut-être que l’enquête statistique est plus actualisée maintenant. Donc la fixation des programmes qui correspondent à ces besoins et l’actualisation de ces programmes qui doivent être revus en amont avant les séances d’orientation. Si cela était, on trouverait de bons résultats mais en même temps, tout ne se fait pas. Surtout les universités ne font pas beaucoup de formations pratiques. Et c’est là où l’ouverture vers les établissements de formation professionnelle privée doit aussi être encouragée parce qu’il y a beaucoup d’établissements privés qui sont en prise sur des formations spécialisées. Et je ne sais pas si eux ils font des journées portes ouvertes pour permettre que des apprenants viennent regarder ce qu’ils y font. Il faut encourager justement les établissements de formation professionnelle privée à ouvrir leurs portes pour informer les apprenants sur ce qu’ils font. En même temps, il y a aussi que ce genre de formation et d’enseignement supérieur privé coûte cher et c’est là où il faut trouver le moyen de soutenir les formations que les apprenants vont faire dans les établissements d’enseignement supérieur privé en leur accordant des soutiens, comme des bourses pour aller s’inscrire dans ces établissements pour pouvoir faire des formations de pointe. Aujourd’hui, je pense que les établissements d’enseignement supérieur privé s’organisent pour former des gens que nous évaluons à travers les examens nationaux. Donc de plus en plus, je crois qu’on va y arriver. Il y a aussi le soutien de l’Etat pour les uns et les autres qui va nous permettre de régler le problème du chômage des jeunes en les envoyant dans les établissements d’enseignement supérieur de pointe qui forme dans les domaines de pointe dont le marché a besoin.

Certains parents, se basant sur l’expérience personnelle, ne désirent pas que leurs enfants fassent telle ou telle chose et mettent tout en œuvre pour qu’ils fassent ce dont eux ils ont envie. Et parfois, cela empiète sur le devenir de l’enfant. Comment appréciez-vous cela ?
Il appartient à nous parents, de ne pas nous imposer aux enfants. Sinon, c’est nous qui allons faire leur malheur sans le savoir peut-être parce qu’en voulant telle chose pour l’enfant, c’est son bien-être que l’on recherche. Aucun parent ne cherche à détruire l’avenir de son enfant en voulant qu’il fasse ceci ou cela. Il y a ceux qui veulent assurer la relève dans leur secteur, dans le métier qu’ils sont en train de faire pour dire qu’il faut que l’enfant suive son exemple. Donc ce sont toujours de bonnes intentions. Mais en même temps, il faut que ces intentions n’embrigadent pas l’enfant et ne l’amène sur des domaines où il risque de ne pas être compétent parce qu’il n’a pas ces aptitudes-là ni même le besoin de s’orienter vers cette formation et à ce moment, il va être perdu. Donc les parents doivent faire en sorte qu’en expliquant à l’enfant ce qu’ils souhaitent pour lui, on tienne compte aussi de ce que lui-même veut être.

Parlant du soutien de l’Etat, avec l’actuel gouvernement, on constate qu’il y a des réformes opérées dans le secteur de l’éducation en général et à cet effet, on a misé sur la formation professionnelle. Au sortir de plusieurs conseils des ministres, on a annoncé l’ouverture de classes culturelles et autres par le passé. Mais sur le terrain, il y a un constat. Un enfant par exemple qui va à l’école jusqu’au niveau Bac, Licence ou master, n’est pas prêt à devenir un menuisier ou un coiffeur parce que ce sont des gens qui ne mènent pas une vie nantie, si je peux le dire ainsi. Face à cette situation, que pensez-vous ?
L’observation sur le terrain dont les résultats parlent de ceux qui pratiquent les métiers et qui, selon votre question, ne vivent pas une vie professionnelle épanouie, doit être examinée avec circonspection, c’est-à-dire, sans aller dans des affirmations qui ne tiennent pas compte de la réalité du terrain. Quelle est la réalité du terrain ? La réalité du terrain est que les gens qui sont formés à des métiers aujourd’hui sont formés dans des cadres donnés, qui peuvent se révéler anciens par rapport aux besoins actuels du marché qui ont évolué même dans leur secteur. Je prends donc le secteur de la mécanique auto qui est aussi simple. Parce que ça existe les mécaniciens, les voitures sont aujourd’hui de plus en plus électroniques et en tant que mécanicien, il connaissait la manière dont ça se faisait auparavant. Mais il n’a pas intégré les nouvelles approches, les nouvelles technologies au passage. Donc, il ne peut pas répondre à ces besoins spécifiques du marché. Ce qui fait que, à chaque besoin, il y a ceux qu’ils savent faire mais ils ne peuvent pas faire ce dont le marché a besoin. Et c’est là qu’ils se retrouvent dans des situations un peu précaires comme vous le dites. Mais, ceux qui acceptent de se refermer dans leur secteur pour cadrer avec les besoins des nouvelles marques qui sortent, peuvent trouver beaucoup à faire. Et à ce moment-là, ils saisiront la situation de précarité dont vous parliez tantôt. Donc il y a d’abord à faire voir la nécessité d’une actualisation des connaissances dans chaque secteur au regard de l’évolution de la technologie dans leur secteur. Dans le même temps, il y a de nouvelles technologies qui sortent. Donc quand on va parler de l’informatique, l’informatique va nous amener vers l’électronique et vers la réparation des téléphones portables. Si on laisse le secteur de la formation professionnelle en marge de ces besoins pour le laisser au bricolage que les gens font parce que c’est au fur et à mesure qu’ils cherchent, ils tâtonnent, on risque de ne pas donner des formations qui sont en conformité avec les besoins du marché et on risque aussi de compromettre le développement. Parce que ceux qui vont s’occuper du secteur dont le marché a besoin n’ont pas la compétence qu’il faut pour faire l’intervention qui permet l’évolution du marché et du pays dans ces domaines. C’est pour cela qu’il faudrait qu’il y ait une sorte d’actualisation des besoins du marché comme j’en avais déjà parlé et en même temps l’actualisation des formations qui existaient auparavant par rapport à l’évolution du secteur et tout cela combiné, doit pouvoir nous sortir de la situation que l’on observe sur le terrain actuellement et amener ainsi les professionnels du terrain à avoir prise sur le marché et à avoir des entrées de fonds nécessaires à leur savoir-faire nouvellement actualisé. En ce moment, ils sortiront de la situation de précarité. Alors, il faut sincèrement que les gens se remettent en cause.

Certains suggèrent que des départements comme la sociologie, la psychologie et autres soient supprimés de nos universités. Qu’en pensez-vous ?
Je connais ce développement. Mais on a aussi besoin des têtes bien faites, même bien pleines. Donc il faut commencer par une formation généraliste avant d’arriver à la spécificité. Et les lettres vont déboucher sur des formations de formateurs dans divers domaines. Je vais vous donner mon exemple. Moi, j’ai fait les lettres modernes. Mais je voulais faire le droit avant et comme c’est le gouvernement qui donnait les bourses, on donne trois différentes formations, comme ils le font aujourd’hui et on t’oriente vers la formation où tu as un peu plus de compétences selon l’examen de ton dossier. On m’a alors orienté vers les lettres modernes. Mais les lettres modernes, on pense que c’est juste le français. Or ce n’est le français seulement. Le contenu des lettres modernes c’est à la fois la langue mais aussi la littérature et l’art. Moi j’ai appris dans ma première spécialisation, tout ce qui a trait au théâtre. Et c’est par l’art du théâtre que je suis arrivé à l’art de la musique, à l’ethnomusicologie. C’est-à-dire je peux encadrer le conservatoire des danses cérémoniales et royales du Bénin. Après être devenu enseignant en sémiologie théâtrale, maintenant je suis directeur artistique, directeur pédagogique de l’école internationale de théâtre au Bénin. Donc, on peut passer par des domaines comme la philosophie, la sociologie, la psychologie pour arriver à des secteurs spécifiques qui impactent aussi le développement. Mais ce faisant il faut que partant donc du général, on se spécialise dans des domaines qui aident le développement. Il y a déjà l’enseignement parce qu’il faut enseigner aussi la discipline, mais aussi il y a l’encadrement du terrain et il faut former les formateurs dans le secteur pour que la relève soit aussi assurée. Si on n’a pas de bons penseurs, si on n’a pas de bons professeurs de lettres, le français que nous décrions et dans lequel nous parlons parce que c’est notre langue, s’il n’est pas bien enseigné, bien maîtrisé c’est tout le reste qui est mal maîtrisé. Celui qui ne maîtrise pas bien la langue de l’enseignement ne peut pas prétendre connaître la discipline dans laquelle il veut se former donc c’est même la base, c’est pour cela qu’aucun domaine n’est à négliger. Il s’agit maintenant de faire le lien, comme je l’avais laissé entendre dans un développement sur le LMD, de faire le lien entre ces domaines et les domaines dans lesquels ils peuvent intervenir pour impacter le développement et dès le départ commencer par orienter des gens vers les spécificités auxquelles peuvent donner lieu des formations de type généraliste. C’est pour ça que, quand on a voulu faire les spécialités sur lesquelles débouchent les lettres modernes, on a aligné jusqu’au journalisme et autres choses. Vous qui m’interrogez aujourd’hui, c’est par là que vous êtes passé. Pour revenir à la réponse à votre question, ce sont des secteurs qui sont nécessaires aussi. Il s’agit de ne pas les engorger avec des gens qui en sortent avec des généralités qui ne débouchent sur rien. Ni sur l’enseignement, ni sur l’encadrement d’une discipline ou la formation professionnelle de type journalistique. Il faut faire en sorte que dès le départ, à l’intérieur de la formation générale de lettres ou de sciences sociales, que l’on commence à faire par le biais justement du LMD des accords avec des établissements de formation d’autres types pour orienter ceux qui viennent dans la discipline principale que sont par exemple les lettres ou la géographie, la sociologie. Si on fait ça et on peut imaginer des accords entre établissements pour que les étudiants aillent chercher cette formation spécialisée d’un autre secteur pour l’amener dans le secteur principal où il s’est inscrit, vous allez voir que les choses vont changer, les regards vont changer par rapport aux disciplines généralistes que l’on demande de supprimer et qui n’ont pas intérêt à être supprimées. En tout cas c’est un pan de développement qui va être encore justement négligé. Le domaine que vous avez abordé, il est à la fois large et délicat dans son articulation. Vous vous êtes rendu compte que vous étiez venu avec des questions bien enrobées mais je ne vous ai pas suivi dans vos questions tout simplement parce que au fur et à mesure que je répondais à vos questions mon esprit allait vers des problèmes pratiques, précis que je vois sur le terrain parce que j’ai eu le temps de traîner ma bosse sur plusieurs chantiers notamment à la francophonie où contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas seulement la défense de la langue française qui est là-bas. Non pas du tout, on touche à tous les secteurs y compris l’environnement, le développement. On y apprend même l’anglais. La francophonie a des rapports avec les autres langues portugaise, allemande et autres. Ce qui fait que tout ça là me donne la possibilité de suggérer que nous ne nous enfermions dans aucune formation pour dire que cette formation, elle est isolée et dire que c’est elle qui va donner l’emploi. Il faut s’ouvrir à la diversité de formations et rechercher leur complémentarité. Dans le temps, quand on faisait des formations, on ouvrait des UV, ce qu’on appelait des Unités de valeur. C’est la même chose que le système LMD veut promouvoir mais ne l’a pas utilisé de cette manière. Si on peut ouvrir des formations à des spécificités par le biais des UV à aller chercher un peu partout on règlera les questions aussi ouvertes que sont le chômage des jeunes, l’inadéquation de la formation à l’emploi et on résoudra le problème de la participation de tout le monde au développement.

Votre mot de la fin
Pour faire un résumé de tout ce qui a été dit, nous avons l’Etat qui doit faire des analyses statistiques du marché, les mettre régulièrement à la disposition de tout le monde de sorte que les apprenants puissent avoir des formations de pointe dans les secteurs de besoin et qu’ils soient bien formés dans ces secteurs et que les secteurs se développent sur le terrain pour donner au pays ce qu’il lui faut pour son développement. Parce que quand on parle de développement, c’est chacun de ces secteurs qui, en se perfectionnant dans les résultats, vont promouvoir le développement global dont on parle. Je vais donner même un exemple sur la nécessité de faire ces actualisations. Aujourd’hui on veut faire les pipelines pour conduire le gaz. On cherche plein de gens qu’on ne trouve pas. On a lancé des appels à candidature pour des centaines et des centaines de métiers et on demande aux gens de s’inscrire. Ils vont s’inscrire. Et s’ils ne possèdent pas les compétences, on ne peut pas les prendre. C’est la nécessité d’orienter la formation vers ces besoins de marchés à recrutement immédiat. Parce qu’en ce moment-là, on sait que la personne est formée dans ce secteur et qu’elle va sur les sites spécialisés pour ces métiers. Mais il faut surtout que la formation soit vraiment de qualité pour qu’on n’aille pas sur le marché avec une formation désuète, incomplète. Tant qu’on a pas une bonne formation, on ne doit pas aller vers un secteur donné. On ne peut pas prendre quelqu’un qui va gâter un marché ou retarder le délai de livraison du contrat. Donc c’est tout ça, l’un imbriqué dans l’autre qui fait la difficulté de la réponse de la formation à l’emploi. J’invite à la pluridisciplinarité, à l’ouverture vers tous les secteurs et d’un secteur vers un autre. Que son apport participe au développement du secteur de l’autre et vice versa.
Propos recueillis par Fidégnon HOUEDOHOUN





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