Réforme sanitaire : Une priorité des priorités en deçà des attentes

Bergedor HADJIHOU 9 avril 2020

Le rapport présimètre An 4 de la société civile qui évalue les promesses électorales du candidat devenu président de la République vient d’être publié. Parmi les huit domaines qui affichent des promesses non tenues, figure celui de la santé. Et pourtant, Patrice Talon avait proclamé du haut de sa tribune le 06 avril 2016, qu’il ferait de la santé des Béninois la priorité des priorités.
En pleine crise sanitaire, revisitons l’une des promesses du chef de l’Etat. « J’accorderai une priorité à la réorganisation du système de santé de façon à procurer à nos concitoyens une couverture sanitaire plus efficace et plus solidaire ». La chute de la promesse en est l’ossature : efficacité et solidarité. Patrice Talon lance courageusement avec toute la solennité requise et sans trembler dans la voix, l’un des chantiers sur lesquels les dirigeants africains ne parviennent pas encore à convaincre les populations par leurs résultats. Accusé sans relâche par l’opinion publique de ne manifester aucune solidarité à l’égard de son peuple notamment au plan social, le gouvernement lance en décembre 2019, la phase pilote du projet Assurance pour le Renforcement du Capital Humain, entendez ARCH. Avec la fin de la gouvernance ‘’m’as-tu-vu’’, le président de la République ne s’affichera pas aux manifestations pour vanter les mérites de la rénovation du système sanitaire béninois. L’ARCH indéniablement est un grand pas mais le rapport Présimètre vient mettre du bémol. Il remet en cause la promesse phare du chef de l’Etat lors de son discours d’investiture : Tout pour la santé. En effet, le plus faible taux de promesses tenues s’observe dans le domaine de la santé (11,11% pour 2/18 promesses). Le chef du gouvernement n’a pas créé selon le rapport, comme il l’avait promis, par département, en partenariat avec les établissements financiers et les compagnies d’assurance, une entité chargée de la mise en œuvre de la politique de l’Etat en matière d’assurance-maladie, de retraite et d’accès aux crédits pour les populations des secteurs de l’agriculture, de l’artisanat, du petit commerce et de l’art.

Les leçons pour l’avenir
Ce n’est certainement pas faute d’avoir essayé que le gouvernement peine à relever l’un des départements les plus malades de l’appareil d’Etat. Autant les Béninois ont besoin de soins, autant leur système de santé sous perfusion (le Bénin a environ 0,6 médecins pour 10000 habitants) depuis des lustres, a besoin d’un remède choc. Bien que Patrice Talon ait argué au cours de la campagne électorale que le miracle est à portée de main, il s’est depuis ravisé. « Je n’ai jamais dit à mes concitoyens que je ferai des miracles pour que tout change en une seule journée », a-t-il fait savoir aux incrédules. Et il a bien raison. Un chef n’est pas un magicien encore moins un demi-dieu.
Pour lutter contre le coronavirus, certains pays conscients de leur vulnérabilité ont décidé de réaliser de grands objectifs avec les moyens à leur portée. Cette réactivité a permis de mettre à contribution dans une action coordonnée les communautés pour qu’elles préparent les jeunes et personnes fragiles sur les mesures de secours à adopter quand la crise va se généraliser. Grande avance sur le virus de 125 nanomètres de diamètre qui terrorise tout le monde. Bien que les moyens soient déterminants dans la réponse des systèmes sanitaires aux maladies infectieuses, l’intelligence et l’ingéniosité des gouvernants peuvent être d’un grand secours.
En début d’année 2020, un scanner tombe en panne au centre national hospitalier et universitaire Hubert Koutoukou Maga de Cotonou, le seul à même de fournir dans le service public, une analyse rapide de l’intérieur d’un organe malade pour une prise en charge efficace. Cette situation restée sans suite a causé maints désagréments aux usagers. En plus de constituer un matériel de travail, cet outil d’un coût assez modeste selon les spécialistes servait à renflouer les caisses du CNHU. Pendant ce temps, des étrennes sont commandées à grands frais. Il s’agit là d’un exemple parmi tant d’autres. Au Bénin, trois femmes sur cinq (60 %) déclarent avoir eu au moins un problème d’accès aux soins de santé et la quasi-totalité de la population n’est pas couverte par une assurance médicale quelconque (99 % dans les deux cas) selon l’enquête démographique et de santé 2017-2018. Ce n’est pas une sinécure que de construire un système sanitaire qui réponde à toutes les attentes sur le champ ; surtout lorsqu’on s’appelle Bénin ; pays sorti certes des 25 Nations les plus pauvres au monde mais où encore, la majorité des habitants donnent ‘’la popote avec les revenus de la veille’’. Seulement, tout comme Yayi et tous les autres, Talon à moins de comprendre qu’avant l’Arch, il y a urgence à améliorer le plateau technique, motiver le personnel soignant, investir dans la recherche, risque de triompher sans gloire dans le secteur de la santé dans un an. Et ce sera une grosse tache d’huile dans un habit si beau.





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