Réformes relatives à l’évaluation des apprenants : La Csa dénonce, le ministre Salimane Karimou persiste

Arnaud DOUMANHOUN 8 septembre 2020

L’éducation pour tous ! Si l’approche vise à assurer à chaque enfant une éducation de qualité, qui respecte et promeuve son droit à la dignité et à un développement optimal, la note circulaire du ministre des enseignements maternel et primaire, du 2 septembre 2020, donne lieu à beaucoup de questionnements. Faisant d’une exigence, « le passage systématique des apprenants de CI, CE1 et CMI », le ministre Salimane Karimou a suscité la réaction de nombre d’acteurs dont celle du Secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (Csa), Anselme Amoussou.
Pour le syndicaliste, l’Approche par compétence (Apc) est une séduisante approche pédagogique si elle s’applique dans les conditions requises. Des conditions qui ne seraient pas réunies à ses yeux. « L’apprenant passe en classe supérieur quel que soit son niveau. Dans un environnement marqué par l’insuffisance du personnel d’encadrement, le besoin de formation continue des enseignants et le faible niveau de collaboration école famille, cela peut conduire à moins d’efforts à tous les niveaux », a-t-il relevé. Anselme Amoussou rappelle qu’une telle note circulaire avait déjà été en vigueur en 2004 sous la ministre Karimou Rafiatou notamment en ce qui concerne les classes de CI avec de graves conséquences sur la qualité des apprentissages. Mais pour Salimane Karimou, il faudra privilégier l’évaluation sommative. « La loi d’orientation de l’éducation en République du Bénin votée en 2003 a entériné cela… pour qu’à la fin de l’année, les enfants qui ont été réguliers à l’école puissent avoir la chance de continuer de développer leurs compétences au cours du cursus scolaire et n’aient plus de blocage », explique le ministre des enseignements maternel et primaire.
L’équation demeure. S’il faut faire passer systématiquement les enfants du CI pour finalement les recaler au CP, ou du CE1 pour enfin tenir compte de leur niveau au CE2, en se référant au critère relatif à la maîtrise minimale dans deux (02) évaluations sommatives sur trois (03), quelle est la fondamentale différence ? On aurait fait preuve de la même rigueur au CI ou au CE1 que l’enfant aurait sans doute moins de difficulté en classe suivante. Mais en définitive, c’est l’Etat qui définit la politique éducative.
L’essentiel est que le dialogue entre enseignants qui sont à l’opérationnel et le ministère de tutelle, accouche d’un résultat dans l’intérêt des apprenants.

Lire quelques extraits de l’intervention du ministre

« Dans l’intervalle d’un mois, c’est la deuxième fois qu’on se retrouve autour de la cause éducative. La séance de ce soir qui nous réunit porte essentiellement sur les dernières instructions que nous avions envoyées sur le terrain, c’est-à-dire dans nos écoles primaires publiques et privées. L’essentiel de ce qui nous réunit va s’articuler autour de l’évaluation des apprentissages à l’école. Et ce que l’on devrait comprendre par ce concept, ce qui motive.
De façon générale, nous pouvons dire que le Bénin n’a pas fait exception à cette préoccupation des chefs d’États africains au début des années 2000 par rapport au forum sur l’éducation tenu à Dakar au Sénégal. Ce forum qui a fait suite à celui au plan international tenu en Thaïlande en 1990. Et par rapport à ces fora, la préoccupation des responsables au plan international est telle que l’école soit à la portée de tous, qu’elle puisse offrir à chacun la chance de se développer. Et c’est depuis ce temps qu’on parlait d’éducation pour tous. Le Bénin à travers la toute dernière réforme du système éducatif en 1990 a mis en place de nouveaux curricula au niveau de nos écoles, tant au primaire qu’au secondaire. Vous avez entendu pendant longtemps parler des nouveaux programmes d’études. Lesquels nouveaux programmes d’études sont devenus par la suite ce qu’on appelle aujourd’hui approche par compétence. Ça, c’est le contexte d’ordre général. Ce qu’il faut retenir, c’est que c’est un programme d’études qui a été adopté par le pays. Lorsqu’on parle de curricula, on doit comprendre que ces documents comportent deux parties essentielles. La première partie c’est ce qu’on appelle les orientations générales. C’est à travers les orientations générales que l’ensemble du curriculum définit les finalités, le profil de l’élève au sortir de l’école. Si le profil est ainsi défini, comme quoi, nous voulons un citoyen d’une certaine catégorie. Ce sont les mêmes documents qui définissent en même temps comment il faudra former ce citoyen et avec quoi il faut le former. Dans le même temps, ces documents disent comment il faut évaluer ce qu’on lui enseigne. C’est de cette partie dure du programme que vous retrouvez ces éléments. À partir de là, ce programme prend un caractère de loi. C’est pour cela qu’on dit souvent qu’un programme d’études est prescriptif, donc on ne peut pas s’y dérober. La deuxième partie, c’est ce qu’on appelle généralement le contenu de formation. Le contenu de formation, c’est les éléments de connaissance. Quand on parle de connaissance, on voit les savoirs, les savoir-faire, le savoir-être et à la limite le savoir-devenir. Et ça, il y a des éléments de variation et cela est souvent contextualisé. Mais ce qui ne change pas, c’est la partie dure telle que je viens de vous la définir. Ce que nous devons privilégier, c’est l’évaluation sommative. La loi d’orientation de l’éducation en République du Bénin votée en 2003 a entériné cela. C’est pourquoi depuis ce temps, on a préconisé que, à la fin de l’année, les enfants qui ont été réguliers à l’école puissent avoir la chance de continuer de développer leurs compétences au cours du cursus scolaire et qu’il n’y ait pas de blocage pour lui. C’est depuis ce temps que le système de sous-cycle a été mis en place.

Le système de sous-cycle !
De façon pratique, le système de sous-cycle en réalité concerne le cours d’initiation (CI), le cours élémentaire première année (CE1) et le cours moyen première année (CM1). L’élève qui entre au CI et qui a été régulier au cours de l’année scolaire, qui a commencé le degré de développement de ses compétences peut systématiquement passer au cours préparatoire (CP). Il ne devrait pas y avoir d’obstacle pour cet apprenant à ce niveau. L’élève qui a évolué jusqu’au niveau du CE1 et qui a passé son année scolaire, qui a rempli les conditions de validité en termes de présence à l’école doit avoir la chance également de poursuivre ses études et d’aller au CE2. Il en est de même pour l’apprenant qui a fait le CM1. De façon systématique, leur passage au cours supérieur devrait être automatique.

Quid des élèves du CP et du CE2 !
N’ont-ils pas droit au même principe de passage automatique ? C’est une exigence que tous les enfants qui entrent au primaire doivent finir le cycle primaire en 6 années sans interruption. Quel est le bémol qui est fait pour les élèves du cours préparatoire (CP) et du cours élémentaire 2e année ? L’enfant qui a fait le CP va aborder au CE1, certaines difficultés, certaines notions, certains paramètres de l’instruction qui n’ont pas été abordés au CP. De façon précise, l’essentiel de ce que les enfants font à ce niveau-là est parfois d’ordre beaucoup plus occasionnel que systématique. En dehors des champs de formations qui ont leur caractère systématique, il y a beaucoup d’autres notions qui sont abordées de façon occasionnelle. Je veux parler par exemple des notions liées à l’histoire, à la géographie, au vocabulaire, à la grammaire et à la conjugaison. Mais c’est au CE1 que l’enfant du CP va aborder de façon systématique ces enseignements. Que ça soit en français ou en mathématique, il y a des exigences en matière des outils linguistiques. Si l’enfant du CP n’a pas pu donner la preuve qu’il a les outils nécessaires à son niveau en termes de faculté pour aller au CE1, qu’on lui offre la chance quand même de reprendre. Mais en bénéficiant du suivi de son enseignant… »





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