Reprise des cours au Bénin : Méfiants, les élèves regagnent les classes

La rédaction 12 mai 2020

Après plus d’un mois de congés dus à la pandémie du Coronavirus au Bénin, les écoles et universités ont renoué avec les activités pédagogiques. Cette reprise intervient à un moment où le Bénin est passé à 319 cas. Constats d’un premier jour de classe dans certaines écoles.

Port de masque obligatoire, récréation par vague, suspension des travaux de groupes, non circulation de l’enseignant dans la salle de classe. Ce sont là autant de mesures préalables à la réouverture des écoles après un mois et demi de congés de Pâques dûs à la pandémie du coronavirus.
Au Collège d’enseignement général ‘’Le Nokoué’’, les apprenants ont repris le chemin des classes mais cette fois-ci, avec un masque au nez. Ici, les autorités ont veillé à l’application des mesures barrières prescrites par le gouvernement. Des dispositifs de lavage de mains sont installés un peu partout au sein de l’établissement. « Comme vous pouvez le constater, nous avons anticipé sur le dispositif de lavage de mains avant même qu’on ne suspende les cours. Ces dispositifs ont été renforcés afin de permettre à tous les élèves de pouvoir se laver les mains autant de fois qu’ils le souhaitent », a déclaré Placède Tonoukouin, censeur adjointe du collège.
Mais, dans les classes ainsi qu’à la cantine, toute la rigueur observée dans la cour s’estompe. Plusieurs groupes de 5 à 8 élèves se constituent. Masques au rabais, sans distanciation aucune, ils discutent sans forcément se soucier du potentiel risque de contamination au covid-19. « Ensemble nous avons retenu de poursuivre la sensibilisation afin qu’ils puissent réellement avoir le réflexe de porter systématiquement leur masque et de se laver régulièrement les mains », a confié le censeur.
En ce qui concerne l’absence probable des enseignants ou des élèves en cours par peur de contracter la maladie, Placède Tonoukouin rassure. « Au niveau du personnel enseignant, nous n’avons pas constaté grand-chose. Il y a certains enseignants qui avaient déjà effectué des voyages hors du cordon sanitaire et qui s’y trouvent bloqués. Ils n’ont pas pu rejoindre leur poste. Pour cette matinée, c’est seulement un qui est concerné et il nous a appelés pour nous le notifier. En ce qui concerne les élèves, c’est quand nous aurons la statistique de présence qu’on pourra réellement nous prononcer », a-t-elle confié.

Constat rassurant à l’Epp Mènontin Nord
A l’Ecole primaire publique ‘’Mènontin Nord’’ et au Complexe scolaire privé ‘’Jésus de Nazareth’’, les mesures semblent être mieux respectées. La vaste cour de l’Epp ‘’Mènontin Nord’’ permet aux apprenants de se déplacer tout en respectant les mesures de distanciation sociale. « Nous avons essayé d’augmenter le nombre de tables et bancs dans la classe afin de garantir un élève par banc », a confié le maître de Cm2 du Complexe scolaire privé ‘’Jésus de Nazareth’’ qui a requis l’anonymat.

Les parents toujours inquiets !
Dans la plupart des établissements visités, les cours ont repris de plus bel. Pratiquement tous les apprenants étaient présents. Seulement, la distanciation physique n’a pas été respectée. C’est le constat après un tour dans certaines classes. D’ailleurs, Loïck Ananou, parent d’élève s’en inquiète. « De retour de l’école, les enfants m’ont fait part de l’ambiance qui y a prévalu. Hormis le respect du port de masque et le lavage de mains, la distanciation physique n’a pas été respectée. Ça m’inquiète beaucoup, puisque tousser et éternuer sont des besoins naturels. Et si la distance n’est pas respectée, les enfants seront exposés », a-t-il ajouté, tout en précisant qu’il a déjà mis en place un dispositif de lavage des mains à la maison. Certains parents envoient leurs enfants à l’école, la peur au ventre. Mais ils se plient malgré eux à la décision du gouvernement. Pour d’autres, il n’est pas question d’envoyer les enfants à l’école. « Quand je vois les élèves dans les collèges, dans les salles de classes, à la cantine et surtout dans les rues, j’ai la chair de poule. Mais en y réfléchissant, j’ai compris que je me fais du mauvais sang pour rien. Le gouvernement a bien des informations sur cette maladie plus que nous. Nos enfants se collent, se parlent sans cache-nez, s’embrassent. Pour eux, ils se foutent de cette maladie pour l’Afrique », a dit Urbain, parent d’élève qui conclut que « de deux maux, il faut choisir le moindre ».

Epp Menontin Sud, le respect des mesures est non négociable
À l’école primaire publique de Mènontin Sud, seuls les écoliers en classe CM2 sont présents comme prévu. La plupart sont affairés à nettoyer la cour de l’école, car abandonnée pendant environ 2 mois. Dans les classes, c’est le Directeur du Groupe C de cette école, Roch Agnan qui s’occupe personnellement de la nouvelle disposition des tables-bancs. Selon lui, il n’est plus question de s’agglutiner comme autrefois, il faut respecter les mesures sanitaires, notamment la distanciation dans les classes. « Nous sommes à pied d’œuvre. Confiants, certains parents sont venus avec leurs enfants avec leurs masques. Il y a d’autres qui attendent encore », a-t-il dit. Du côté des apprenants, la panique reste entière, bien qu’ils connaissent du bout des doigts les mesures barrières pour éviter le Coronavirus. « Nous devons porter les masques de protection, laver nos mains à l’eau et au savon, respecter la distance de 1 mètre. Si nous respectons ces mesures, nous n’allons pas contracter le Coronavirus », dit Calixte, écolier au CM2. Pour ainsi dire, les cours ont réellement démarré dans cet établissement comme prévu par le conseil des ministres du 6 mai dernier.

Grincement des dents à Père Aupiais de Godomey
Il est 7h45. Nous sommes au Collège catholique Père Aupiais de Godomey. Les véhicules, motos, piétons prennent d’assaut les rues avoisinant l’établissement. Les parents attendent que les enfants fassent leur entrée avant de vaquer à leurs occupations personnelles et professionnelles. Les élèves, accompagnés de leurs parents et tuteurs, attendent au portail. Une première remarque, la cour de l’école n’est pas si pleine comme d’habitude. Pour Sybelle, élève en 5ème, c’est avec la peur au ventre qu’elle reprend les cours. « Après avoir appris les milliers de décès à travers le monde, j’avoue que j’ai un peu peur. Mais mon papa m’a rassurée. J’ai pris mes dispositions pour ne pas contracter le coronavirus », dit-elle, le visage masqué.
Déjà à l’entrée dudit collège, on remarque un dispositif de lavage de mains. Aussi, tout élève qui voudra entrer sans son masque ne sera pas autorisé. Le gardien du collège y veille. En lieu et place de la cérémonie des couleurs, le directeur de l’école a souhaité rassembler tous les élèves pour passer des informations. Ce qui a suscité la colère des parents. « N’ont-ils pas refusé les attroupements ? », a laissé entendre un parent d’élève. En fustigeant cet état de chose, certains sont retournés à la maison avec leurs enfants.
Réalisé par : Patrice SOKEGBE ; Jephté HOUNNAGNI (Coll.) & Deltony LAMMANLYKPOSSE-YA (Stag.)





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