Rizwan Haider, banquier : « Notre objectif : soutenir le secteur industriel et commercial »

9 novembre 2020

Banquier international, Rizwan HAIDER est un passionné du continent africain où il travaille depuis une quarantaine d’années. Béninois d’origine canadienne, il a représenté l’organisme officiel de crédit à l’exportation du Canada (Exportation et développement Canada) pour l’Afrique et le Moyen-Orient (2006-2009) après avoir été directeur général d’Ecobank Bénin (1992-1998) et directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest au sein du Groupe HSBC (1998-2001).
Ayant rejoint le groupe Orabank en 2011, Rizwan HAIDER a dirigé la filiale du Bénin pendant cinq ans (2011-2016) et a notamment piloté, le redressement de la banque et son repositionnement dans le paysage bancaire national.
En tant que consultant indépendant, il apporte son expertise et son assistance aux banques, aux institutions financières et aux entreprises clientes dans les domaines de l’organisation et des systèmes de financement du commerce structuré, de la gestion de fonds et de la restructuration des entreprises.
Désigné en juin président du conseil d’administration de la toute nouvelle Banque internationale pour l’industrie et le commerce (BIIC), Rizwan Haider entame un nouveau périple où sa fine connaissance et son expérience unique sont vivement attendues pour écrire une nouvelle histoire à succès. A notre micro, l’ancien président de l’Association professionnelle des Banques du Bénin dévoile ses nouveaux challenges et en profite pour porter un regard de fond sur des sujets de grande préoccupation tels que les conséquences de la fermeture des frontières avec le Nigeria, de la pandémie du nouveau coronavirus, les défis de la digitalisation dans le secteur bancaire non sans revenir sur son attachement au continent africain.

Vous avez derrière vous plus de 40 ans d’expériences en tant que financier en Afrique. D’où vous vient cette passion pour le continent ?
Je suis arrivé en Afrique pour la première fois en 1979. J’ai constaté très vite l’énorme potentiel que ce continent géant possédait. Je me suis dit que l’avenir de ce continent serait brillant. Le temps me donne raison : l’Afrique se présente aujourd’hui comme l’une des économies les plus dynamiques dans le monde. Et elle n’a pas encore dit son dernier mot. Sur le plan personnel, je me suis très vite intégré dans la vie en Afrique. Les années passent et mon attachement à ce continent, à ses valeurs demeure intact. C’est un immense privilège de prendre activement part à la marche de l’Afrique vers l’accomplissement de son destin glorieux.

En dehors de vos occupations classiques, vous êtes conseiller du chef de l’Etat béninois, Patrice Talon…
Oui, j’ai ce privilège d’être au service du développement du pays. En dehors de la Banque internationale de l’industrie et du commerce (BIIC), je suis le président du conseil d’administration de la Société Immobilière et d’Aménagement Urbain (SImAU). Cette structure, créée en 2016 est chargée de réaliser plusieurs grands projets du PAG (Programme d’Action du Gouvernement) : par exemple la construction de 20 000 logements, la réalisation de la Cité Ministérielle, celle des marchés régionaux et la construction du pôle agroalimentaire du Grand Nokoué à Abomey-Calavi, etc.

Depuis juin dernier, vous avez été nommé également à la tête du conseil d’administration de la nouvelle Banque internationale pour l’industrie et le commerce (BIIC). Quels sont les challenges que vous comptez relever dans vos nouvelles fonctions ?
Le métier de banque est actuellement en transformation profonde. La conception traditionnelle de la banque est en pleine mutation. Notre challenge à la BIIC, c’est la conquête du marché. Nous sommes la seule et unique banque béninoise sur ce segment et notre premier objectif reste le soutien du secteur industriel et commercial du pays. Nous allons synchroniser nos efforts avec les projets et les initiatives du Bénin dans les secteurs agro-industriels, le tourisme, les infrastructures, les énergies renouvelables et bien-sûr les petites et moyennes entreprises. Mais la BIIC est une banque universelle qui ambitionne d’offrir une gamme large de services à la clientèle des particuliers. Nous allons compter sur un déploiement important de la technologie la plus adaptée pour servir nos clients. Nous allons très rapidement devenir une banque digitale en intégrant le eBanking, la monétique, le mobile money et les systèmes de paiements en ligne. Evidemment, nous veillerons à la qualité des services afin d’assurer des partenariats durables avec nos clients. La transparence sur la situation de l’entreprise sera de mise et nous ferons continuellement preuve d’écoute, de rigueur et de professionnalisme.

Le Bénin est confronté depuis plus d’un an à la fermeture de ses frontières avec le Nigeria. Quelle est, selon vous, l’ampleur des conséquences de cette situation sur l’économie et les finances béninoises ?
Les relations extérieures du Bénin ne font pas partie de mon domaine d’expertise. Je puis dire que la fermeture de la frontière avec le Nigeria a eu un impact négatif sur l’économie du Bénin mais cet impact a été nettement moins dramatique qu’on craignait. Le commerce transfrontalier des produits importés n’était pas la véritable base de l’économie du Bénin. En réalité, cette activité profitait à un nombre limité de commerçants et malgré les volumes importants réalisés sur plusieurs décennies, la contribution de cette activité dans les investissements productifs et la création d’emplois de qualité est restée faible. Aujourd’hui, le Bénin est arrivé à la conclusion qu’il faut créer de la valeur ajoutée par la transformation de sa production agricole et développer le tourisme et des services de qualité pour atteindre les objectifs du développement.

Est-ce qu’on peut dire la même chose de l’impact de la pandémie de la Covid-19 sur l’économie béninoise en général et les banques en particulier ?
Le Bénin a mis en place un dispositif impressionnant pour protéger sa population et assurer la continuité des activités économiques et sociales. Mais il s’agit d’une crise mondiale qui frappe tous les pays du monde. Malgré ceci, le Bénin reste économiquement stable selon les appréciations des institutions financières internationales et les agences de rating. Dans le secteur bancaire, la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) a pris des dispositions pour protéger les débiteurs vulnérables des banques et en même temps sauvegarder la solidité des banques. Les banques béninoises ont profité de ces mesures pour soulager leurs clients. La situation est bien maîtrisée et nous attendons la fin de la pandémie pour un retour de la vie économique à la normale dans le pays.

Dans le cadre de cette pandémie, le Bénin a pris l’option de ne pas demander la suspension de sa dette ? Selon vous, est-ce une position tenable surtout si la crise s’éternise ?
Oui, le Bénin est un pays en chantier. Nous avons d’importants projets d’infrastructures en cours et en perspective. Il était important de conserver les accords de financement et de donner confiance aux bailleurs des fonds. Malgré la crise, la situation des finances du pays reste saine et stable tout comme le système bancaire en termes d’activités, de risques et d’organisation.

Quelles sont selon vous les grandes leçons de la crise ?
Les banques, tenues de poursuivre leur activité, ont réussi à s’organiser pour préserver une présence en agence. Grâce à cette crise, tout le monde a fait aujourd’hui le constat d’une complémentarité nécessaire entre présence physique de proximité et capacité à traiter les opérations à distance. Donc la crise devrait donner une impulsion supplémentaire aux stratégies digitales qui ont démarré depuis quelque temps. Le taux de croissance de la bancarisation est satisfaisant et la plupart des banques ont affiché une bonne résilience vis-à-vis de la crise sanitaire.

Justement, comment appréciez-vous la digitalisation des banques au Bénin ?
La digitalisation des banques au Bénin reste assez faible malgré les progrès réalisés ces dernières années. Les produits offerts par la plupart des banques restent lourds et peu adaptés aux particularités de la clientèle. En outre, le coût des services reste élevé. Nous devons proposer des produits simples, faciles d’accès, à un prix abordable et dans un environnement totalement intégré et sécurisé. La fluidité entre les produits classiques bancaires, la monétique, le Mobile Money et les plateformes de paiement électronique et le tout accessible par le téléphone portable reste l’objectif visé. Il n’y a pas eu d’incidents significatifs en ce qui concerne la sécurité numérique au Bénin mais la vigilance sera de mise dans l’avenir car l’accroissement des produits, le nombre des utilisateurs et opérations augmenteront les risques.

Entre 1994 et 1998 puis 2014 à 2016, vous avez été élu à la Chambre consulaire de la Chambre de commerce et de l’industrie du Bénin. Que pensez-vous du processus de réforme en cours dans cette institution ?
J’étais élu membre de la Chambre consulaire en tant que représentant de la profession bancaire dans le passé. La Chambre a besoin de réformes profondes. Je suis persuadé que le bureau actuel est conscient de cet impératif. Une Chambre moderne, efficace et orientée vers la représentation du secteur commercial et industriel du Bénin sera un véritable outil de croissance économique.
Propos recueillis par Fiacre VIDJINGNINOU





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