Santé de la reproduction : Préconception, étape obligatoire pour une grossesse réussie

La rédaction 17 octobre 2019

Une grossesse doit être préparée à l’avance et bien suivie pour un aboutissement heureux. Sans cela, c’est à des drames que l’on assiste. Dans cette enquête, vous découvrirez les risques liés à la non préparation pré-conceptionnelle et à la mauvaise gestion d’une grossesse ainsi que les solutions proposées pour y remedier.

L’enfant est considéré généralement en Afrique et particulièrement au Bénin comme un don divin. Il n’est pas rare d’entendre même des femmes âgées dire à leur fille enceinte : « Je ne sais quand Dieu l’a mis là. Il s’arrangera donc pour qu’au moment opportun, tu accouches en paix ». Il y a certes une part de vérité dans cette assertion. Cependant, beaucoup de facteurs font qu’une grossesse doit être un projet. Sans cela, les surprises désagréables sont parfois légion. C’est le cas de l’épouse de Rodrigue, un environnementaliste, qui est tombée enceinte sans une consultation pré-conceptionnelle. « Mon épouse et moi n’avions pas trouvé nécessaire de consulter un médecin pour effectuer un quelconque bilan de santé avant qu’elle ne soit en état. C’est après qu’elle est tombée enceinte, qu’elle s’est rendue à l’hôpital », explique-t-il.

Grossesse sans préparation
On pouvait s’attendre à ce que tout soit normal chez la jeune femme. Malheureusement non. Il a été découvert déjà en début de grossesse qu’elle a un col faible. Au dire de son époux, elle a dû être régulièrement et rigoureusement suivie jusqu’à terme pour avoir accoucher et ce, par césarienne. Selon le gynécologue-obstétricien, un col faible ou ouvert est bel et bien détectable avant qu’une femme ne tombe grosse. En effet, lors de la consultation pré-conceptionnelle, s’il est soupçonné un col ouvert chez la femme, il lui est fait un test. « Le test consiste à introduire un instrument appelé la bougie de Hegar n°8 dans le col. Si cette bougie passe, cela signifie que le col est incompétent parce qu’en temps normal elle ne devrait pas le faire. Dans ce cas, le médecin explique à la femme que son col est incompétent. Et nous lui disons de venir rapidement effectuer le cerclage avant trois mois dès qu’elle serait grosse. Si ce diagnostic n’a pas été fait avant la grossesse et que la femme ne connaît pas l’état de son col, elle se rend en consultation chez son gynécologue qui constate qu’à deux ou trois mois le col est déjà ouvert, court. Il lui propose un cerclage le plus tôt possible et là si elle est d’accord, l’opération est faite bien avant les conséquences de la béance du col comme l’expulsion du bébé après trois mois ».
Nous sommes dans une cour à Togoudo, à Allègléta, elle est en pagne faisant la lessive. Approchée par rapport à la préparation et la gestion des deux grossesses qu’elles a eues, dame Mahougnon (prénom attribué pour la circonstance) nous confie : « Je n’ai jamais préparé sanitairement mes grossesses. Elles viennent et mon époux et moi y faisons simplement face ». Et, pourtant elle révèle que lors de la 1ère grossesse comme de la 2ème grossesse, elle a eu des problèmes d’hypertension. « Aujourd’hui il m’arrive d’avoir la vision floue et de sentir une certaine lourdeur au niveau de ma nuque », ajoute-t-elle en faisant comprendre que c’est certainement dû à l’hypertension qu’elle a commencé à expérimenter depuis sa 1ère grossesse. De plus, bien que les agents de santé lui aient interdit de prendre la pâte de maïs afin d’avoir des enfants ayant le poids requis pour qu’elle puisse accoucher par le bas, elle n’a pas cessé de le faire car en ayant toujours envie. Le résultat est que tous ses enfants sont gros à telle enseigne qu’elle n’accouche que par césarienne. Il y a beaucoup d’autres pathologies susceptibles de nuire au bon déroulement d’une grossesse quand elle n’est pas préparée à l’avance comme l’hypertension, le diabète, les maux d’yeux, de reins…

Bonjour les dégâts !
« Une grossesse doit être préparée à l’avance. La femme désireuse de tomber enceinte doit avant la conception commencer par prendre de l’acide folique. En effet, si elle a un déficit et qu’elle conçoit dans cet état, son enfant peut avoir des malformations comme les fentes », affirme Serge Mètchihoungbé, chirurgien pédiatre. La non préparation pré-conceptionnelle peut donc donner lieu à des enfants aux visages déformés, à un avortement ou à un infanticide au cas où les parents ne supporteraient pas garder un pareil enfant.
En outre, il arrive même que certaines ne sachent pas tôt qu’elles sont enceintes. Une fois atteintes du paludisme ou d’autres maux, par exemple, elles vont à l’hôpital et les agents leur prescrivent des médicaments normalement proscrits aux femmes en état. A entendre Serge Mètchihoungbé, ce sont des médicaments pourvoyeurs de malformation. « C’est pourquoi, il est conseillé que lorsque vous êtes enceinte même si ce n’est pas encore apparent, vous le signaliez une fois à l’hôpital », explique-t-il.
Stéphane Hountovo, Gynécologue-obstétricien, déclare que la non préparation de la grossesse et un mauvais suivi entraînent des problèmes graves tels que les fistules obstétricales, l’aggravation des maladies préexistantes (l’hypertension, le diabète, les maux d’yeux, de reins…), du saignement lors de l’accouchement, la mort du fœtus et même parfois de la mère, etc.

Et pourtant ces risques peuvent être évités
La seule façon d’éviter ces risques est que les adolescents évitent de s’adonner au sexe pour aboutir à des grossesses non préparées et par ricochet mal entretenues exposant la fille immature à de gros risques, et même à la perte de sa vie. Quant aux adultes, Hormis la préparation sanitaire, il faut celle financière afin de faire face aux dépenses liées à la grossesse. Même si vous êtes dans un village, il faut vous apprêter financièrement. En outre, si le couple a déjà des enfants, il importe de veiller sur l’espacement des naissances pour que les enfants aient deux ans d’écart entre eux parce que les grossesses rapprochées créent parfois de graves problèmes dans les ménages. Le bon suivi de la grossesse, quant à lui, passe par une consultation régulière dans un bon centre public comme privé avec un personnel qualifié, la mise en pratique des conseils des agents de santé et le fait d’honorer les différentes prescriptions médicales.

Dr Stéphane Hountovo, gynécologue-obstétricien au sujet de la grossesse
« Ne pas préparer une grossesse ni bien la suivre expose la femme à des risques parfois mortels »

Concevoir en Afrique en général et au Bénin en particulier est pour nombre de personnes un événement surprise et même un accident de parcours pour d’autres. Ce qui donne des fois lieu à des situations plus tard ingérables ou à des drames. Dans cet entretien, Dr Stéphane Hountovo, gynécologue-obstétricien, renseigne sur les énormes risques encourus par la mère et l’enfant, faute d’une préparation préconceptionnelle et d’un bon suivi de grossesse et prodigue des conseils pour les éviter.

Comment la gynécologie définit-elle une grossesse ?
Elle définit la grossesse comme étant le résultat de l’union d’une cellule reproductrice mâle et d’une cellule reproductrice femelle. C’est donc la fusion de ces deux gamètes qui va aboutir à la formation d’un œuf qui sera le futur embryon, fœtus et bébé.

Une grossesse doit-elle être une surprise, un accident ou un projet préparé à l’avance ?
Idéalement, la grossesse doit être préparée.

Si tel est le cas, quelles sont les différentes étapes de cette préparation ?
La grossesse est en principe un événement de joie. Mais, il n’est pas rare que cela tourne au vinaigre, laissant toute une famille, toute une communauté en douleur. En effet, la grossesse doit être préparée car toutes les grossesses n’évoluent pas de la même manière. Il n’est pas dit qu’une personne ayant accouché à 20 ou 25 ans sans problème pourra le faire à 40 ans sans difficulté. Il faut souligner qu’aux âges extrêmes, la grossesse se complique. Nous voulons signifier par âges extrêmes : 14 ans, 15 ans, 16 ans ou 40 ans. Lorsqu’on tombe enceinte à ces âges, ce n’est pas la même chose que lorsque l’on tombe enceinte à 22 ans. Chez l’adolescente, le bassin n’est pas encore solide pour laisser sortir l’enfant. Les jeunes filles de 14, 15, 16 ans qui tombent grosse donnent lieu à de graves complications. Et si ce n’est pas géré dans un centre hospitalier adéquat, bonjour les dégâts !

Mais certaines personnes pensent que les adolescentes ont un bassin plus apte pour un accouchement facile ?
C’est faux parce que les os du bassin ne se solidifient qu’après 18 ans. L’adolescente de 15 ans est un enfant. Or, un enfant ne peut donner naissance à un enfant puisqu’à cet âge, elle n’a pas encore un bassin qui est mur. Ainsi, elle s’expose à de graves complications liées à l’accouchement seul. Si par exemple le fœtus est gros, le passage par la voie naturelle est impossible à cause de l’immaturité du bassin, si on s’efforce à la faire accoucher par le bas alors que son bassin ne s’y prête pas, l’enfant viendra buter sa tête contre des obstacles que sont les os du bassin. Et comme l’enfant ignore que sa mère est aussi un enfant, ainsi à force de buter répétitivement la tête contre son bassin, l’utérus va se déchirer, ce qui entraîne la mort de la mère et du nouveau-né. Ces genres de cas sont fréquents dans nos milieux, cela s’observe presque tous les mois. Voilà les complications relatives à la grossesse de l’adolescente.
Parlons maintenant de la femme enceinte âgée de 40 ans. A son niveau, les risques sont plus énormes car à cet âge la tension est déjà fréquente. Elle peut avoir une hypertension, un diabète. Elle a peut-être beaucoup accouché auparavant. Donc, l’utérus est déjà fatigué. Si tant est qu’elle doit accoucher à cet âge, il faut que ce soit dans un milieu bien spécialisé avec un personnel qualifié connaissant les particularités de la grossesse à 40 ans afin de dépister à temps les complications relatives à cet âge et pour que celle-là accouche dans de meilleures conditions avec moins d’ennuis.

Qu’en est-il pour une femme de cet âge qui est à son premier geste ?
Ce genre de cas arrive aussi. Seulement qu’il faut toujours voir un spécialiste. En fait, il n’est pas interdit de tomber grosse à 40 ans. Cependant, cela comporte des risques fréquents que nous appelons les complications liées à la grossesse après 40 ans. Certes, la femme peut accoucher à 50 ans mais tout dépend de la préparation.

Quels sont alors les avantages de la préparation préconceptionnelle pour une grossesse et un accouchement sans heurt ?
La préparation préconceptionnelle a plusieurs avantages et ceci à tous les niveaux. Premièrement, au plan financier le suivi de la grossesse nécessite partout un minimum de moyens financiers pour assurer les frais de consultation, de médicaments, d’analyses et d’accouchement sans oublier les dépenses quotidiennes. Si, par exemple, vous tombez enceinte à un moment où votre époux a perdu son boulot et est au chômage alors que toutes les dépenses dépendent de sa poche, cela pose déjà un problème. Deuxièmement au plan sanitaire, si vous avez un enfant qui continue de téter à l’âge de 7 ou 8 mois et que vous tombez encore grosse alors qu’il n’a pas encore 2 ans, cela pose également un problème. Quand la maman est diabétique, hypertendue, ou qu’elle souffre d’une maladie chronique quelconque et qu’elle n’est pas suivie, la grossesse cause une aggravation des maladies préexistantes. Elle aggrave chez la maman la tension, ainsi que le diabète qui à leur tour nuisent au fœtus. Ces deux pathologies évoluent en entraînant soit la naissance prématurée ou la mort du fœtus. Ceci devient un cercle vicieux. Or, il aurait juste fallu que cette mère hypertendue ou diabétique consulte son médecin pour lui dire qu’elle veut tomber enceinte afin de savoir si sa tension est normale ou le diabète est équilibré. Et au médecin qui la suit de lui dire, si tel est le cas, que sa tension est dans les normes et qu’elle peut alors tomber enceinte car le moment est favorable.

Quand peut-on commencer la préparation préconceptionnelle ?
La préparation commence en fonction des risques connus de la personne concernée. Il convient de la débuter au minimum à partir de 3 mois parce que pendant cette période on a le temps de traiter la maladie diagnostiquée. C’est pour toutes ces raisons qu’il urge que cette femme consulte le médecin, lui révèle qu’elle est hypertendue, diabétique ou traîne toute autre maladie et lui signale qu’elle désire tomber grosse. Le docteur fera un petit bilan pour voir les paramètres à corriger afin que la grossesse s’implante dans de bonnes conditions. Et après le médecin ou la sage-femme pourra suivre cette femme pour que les problèmes sanitaires existants ne puissent nuire ni à la mère ni à l’enfant.

Quel est le rôle de l’acide folique dans la phase préconceptionnelle ?
Les études ont montré que la femme a un déficit en acide folique (foldine), cela rejaillit sur les tissus nerveux, notamment au niveau du système nerveux central et de la colonne vertébrale chez le fœtus. Ainsi, lorsque la femme a des déficits en acide folique, on observe chez le fœtus des malformations au niveau du tube neural ou de la colonne vertébrale. Parfois, la complication peut s’aggraver et atteindre le cerveau ou le cervelet. C’est pourquoi, on conseille qu’avant de tomber enceinte, si la femme est dans une zone de déficit en acide folique, il lui est conseillé de faire une supplémentation de ce médicament pendant au moins deux mois avant de concevoir.

L’acide folique est-il responsable de la production du sang ?
Non, l’acide folique participe non seulement à la multiplication des cellules qui évoluent vers le système nerveux central mais également à la division des cellules sanguines. Ce faisant, Il est parmi les constituants de la synthèse des hémoglobines à tous les niveaux. C’est pour cela que son absence crée parfois des dégâts. Sa prise avant et pendant la grossesse s’avère alors très indispensable. Le manque d’acide folique pourrait causer les fentes labio-palatines.

Y a-t-il des risques liés à la non préparation préconceptionnelle ?
Oui. Lorsque nous prenons l’adolescente de 13 ou 14 ans qui en principe devrait avoir comme objectif les études ou l’apprentissage, mais qui va tomber enceinte, elle n’a rien préparé. Elle ne sait même pas ce qu’est une grossesse. Elle est allée découvrir le sexe et s’est juste trouvée face à ce résultat. D’abord, elle n’a pas les moyens financiers de se prendre en charge, idem pour l’auteur de la grossesse puisque c’est généralement un garçon de son âge qui n’a rien non plus, qui est un enfant. Par conséquent, tout repose sur les parents. Or, ces derniers ont auparavant leurs problèmes quotidiens, ils n’ont jamais prévu une grossesse de ce genre, rien n’est donc prêt financièrement. Malheureusement, il faut plus de moyens pour l’entretien de ces grossesses parce que les complications sont plus graves à cet âge-là.
Parlons à présent de la femme de 40 ans ou plus, encore qu’aujourd’hui nous parlons de grossesse à risques déjà après 35 ans. Chez ce type de femmes, il y a déjà des maladies liées à l’âge. Si elle n’a pas fait le programme de tomber enceinte, la grossesse peut venir aggraver des maladies qui existaient avant. Pour ce fait, la prise en charge de ces grossesses nécessite plus de moyens. Si l’espacement des grossesses n’est pas non plus respecté, cela pose problème, si vous êtes nourrices et vous tombez enceinte, on a rapidement recours à l’avortement, parce qu’on sait qu’on n’a pas finir de gérer l’enfant qui est là et un autre s’annonce. Toujours est-il que quand on prépare la grossesse, on la vit mieux, et quand les problèmes surviennent, on les gère mieux parce qu’on s’y est préparé. Quand la femme tombe enceinte, l’homme sait que sa poche va le ressentir.

Quelles sont les risques spécifiques relatifs au fait qu’une femme allaitante tombe enceinte ?
Une femme nourrice qui tombe grosse devra sevrer son enfant généralement trois mois avant l’accouchement de celui qu’elle porte dans son sein. Il faut habituer l’enfant sevré à manger. En plus, la maman doit faire des efforts supplémentaires pour s’alimenter afin de ne pas être anémiée. Tout ça provoque la fatigue généralement. Tout le temps, elle sera fatiguée parce que l’autre allaite, et l’enfant qui est dans le ventre va lui aussi la fatiguer. Cela s’explique par le fait qu’elle a accouché il n’y a pas longtemps et les réserves n’ont pas eu le temps de revenir à leurs places. Or, le fœtus qui est dans le ventre va encore puiser sur des réserves en nutriments de cette même maman.

Quelles sont les précautions à prendre pour le bon suivi d’une grossesse aboutissant à une délivrance paisible ?
La première chose c’est de planifier la grossesse, c’est-à-dire tomber enceinte au moment où le couple le desire. Cela veut dire qu’on a déjà mis les préalables pour qu’une fois la grossesse venue, on soit prêt. Si la femme tombe enceinte, il faut qu’elle commence les consultations tôt. Dès qu’elle sent qu’elle est enceinte, il faut qu’elle commence à aller à la maternité et non attendre trois mois. c’est au Bénin qu’on entend ce genre de choses. Avant trois mois, il arrive que certaines femmes perdent la vie. Il est donc capital qu’elle aille à l’hôpital au plus tôt.

Qu’est-ce-qui peut expliquer qu’une femme décède à trois mois de grossesse ?
Ce sont les grossesses extra utérines qui en sont à la base. Pour cela, dès que la femme perd ses règles, elle doit avant tout aller à l’hôpital. Si on voit que tout est normal, elle peut revenir dans deux ou trois mois. Mais il faut déjà aller tôt pour ne pas souffrir d’une maladie pendant la grossesse par ignorance. Si on prend par exemple la grossesse extra uterine, elle est une grossesse qui n’est pas initialement dans l’utérus et qui tôt où tard va se répandre et la femme va succomber. C’est déjà l’une des complications. Or, plus tôt, elle serait partie à l’hôpital, que le mal aurait été détecté.

Est-ce qu’on peut corriger cela ?
Oui, il faut une opération pour qu’elle n’en meure pas. Mais cet enfant ne peut jamais être récupéré. C’est un enfant qui se trouve à un endroit dangereux pour la santé de la mère. On doit forcément l’enlever de là. Il urge donc que la femme consulte tôt pour qu’on ne puisse pas avoir ce problème.

A part les consultations prénatales, qu’est ce qu’il y a d’autres à faire ?
Le plus important c’est la consultation. Après cela, il y a d’autres activités. Il y a la bonne alimentation, dormir sous moustiquaire, suivre les rendez-vous de consultation, honorer les examens et les ordonnances, parce que les gens pensent que le plus important c’est d’aller à l’hôpital alors qu’il faut honorer les ordonnances pour que tout aille mieux.

Quels sont les risques relatifs à la mauvaise gestion d’une grossesse ?
Les risques sont à tous les niveaux. La consultation prénatale est avant tout destinée à prévenir les risques, à identifier les facteurs et les problèmes le plus tôt et les traiter.
Les problèmes commencent au début de la grossesse jusqu’à la fin. Lorsque la femme enceinte va en consultation, c’est d’abord pour s’assurer qu’elle se porte bien ainsi que l’enfant. Et si elle a éventuellement une maladie, une infection, il faut les traiter étape par étape. De même, si elle est anémiée il faut la traiter étape par étape, trimestre par trimestre. En fait, pour que l’accouchement soit un événement heureux, cela commence déjà par le premier jour de la grossesse. C’est la base. Le bon accouchement depend fondamentalement des dispositions sanitaires prises dès le premier jour.

Quelles sont les situations graves auxquelles peut être confrontée une femme enceinte ?
Lorsque la femme est enceinte à deux ou trois mois et que son col est ouvert, il y a un traitement qu’il faut faire. S’il y a une mauvaise gestion, elle peut faire une fausse couche ou accoucher prématurément. Le bébé peut mourir dans le ventre avant la fin de la grossesse. A l’accouchement même, la mère peut saigner. C’est d’ailleurs cela qui tue les femmes dans la majorité des cas. Elle peut faire une crise pendant l’accouchement et saigner, ce que nous appelons éclampsie. De même, l’enfant peut naître asphyxié, ne pas crier et être réanimé avec succès ou non. La raison est que la grossesse n’a pas été bien suivie et qu’on n’a pas diagnostiqué que l’enfant est trop gros pour sortir par le bas. Et que par conséquent, on l’a laissé se battre contre le bassin, il va être asphyxié parce que l’accouchement va traîner dans le temps. La même maman, à cause de la longue durée de l’accouchement, pourrait avoir une fistule obstétricale, laquelle crée chez elle la sortie incontrôlée des urines et matières fécales par le vagin. En effet, lorsque l’enfant souffre et ne trouve pas de voie de sortie à cause du bassin très rétréci de sa mère, il vient buter sa tête contre la vessie et l’anus en arrière, lui-même étant au milieu des deux organes dans l’utérus. Voilà en quelque sorte les complications ayant trait à la mauvaise gestion de la grossesse car, avant tout, cela nécessite des moyens financiers. Or, le constat chez les femmes démunies est qu’elles ne vont pas en consultation ou même quand elles s’y rendent, elles n’achètent pas les médicaments qui leur sont prescrits. De plus, elles préfèrent aller dans des centres où les soins sont moins chers selon elles et c’est là où l’on retrouve toutes les complications parce que les soins d’un spécialiste ont un coût.

Y a-t-il des maladies ou des comportements à corriger au cours de la préparation préconceptionnelle ?
Bien sûr. Par exemple si avant de concevoir, le médecin traitant d’une femme diabétique la rassure de ce que son diabète est équilibré, elle peut alors tomber enceinte. Elle doit donc chercher à avoir cette autorisation. De même, si une femme est hypertendue, il faut consulter le médecin pour que ce dernier lui dise si son état cardiologique est bon pour concevoir, si non, on sait que la grossesse peut aggraver son état. La préparation est, de ce fait, nécessaire afin que les pathologies soient traitées et équilibrées avant qu’elle ne tombe enceinte. Il doit en être de même si elle a un problème d’yeux, de reins ou une maladie respiratoire. Ces maux doivent être examinés, traités et équilibrés avant la conception sinon ils seront aggravés par la grossesse.
Les comportements à corriger sont les dispositions à prendre par le couple parce que lorsqu’on veut une chose, on s’apprête pour la chose. Une fois que le couple est prêt et que grâce à Dieu, la grossesse intervient, il faut que la femme se rende à l’hôpital afin que les éventuels problèmes existants à cette étape soient détectés et soignés pour que la grossesse soit sur un terrain bien favorable.

Quelles sont les attitudes alimentaires à adopter avant et pendant une grossesse pour épargner le bébé de toute malformation et la mère d’une mort ou d’une quelconque complication lors de l’accouchement ?
La femme doit avoir une alimentation riche et équilibrée en fruits et légumes. Il faut qu’elle évite la consommation excessive d’huile, de sel, du sucre car ces éléments ne font qu’augmenter le poids même déjà en début de grossesse. Or, qui parle de poids, parle de diabète et d’hypertension. Si elle va en consultation, l’agent de santé pourra la mettre sous quelques vitamines comme, entre autres, l’acide folique, le fer en vue d’une grossesse installée sur un terrain bien favorable. Le reste sera vu étape par étape.
Elle doit éviter le tabac et l’alcool. Parlant de l’alcool, elle n’a guère besoin de consommer du "sodabi", de la bière, etc. pour se faire du bien. Le genre d’alcool dont elle a besoin dans son sang est celui émanant des différents aliments que nous consommons tels que les acides gras, aminés… J’insiste pour dire que la femme enceinte ne doit pas par exemple, aller chez "dadjè" ou s’offrir une bière… C’est proscrit car cela est nuisible pour elle et le fœtus.

Vos conseils
Mes conseils vont à l’endroit des couples en général afin de faire un petit bilan détecteur d’éventuelles maladies héréditaires ou cachées. La consultation préconceptionnelle est indispensable. Il est vrai que dans nos milieux, les femmes tombent enceintes facilement après les rapports sans même s’y attendre, on l’accueille et la vie continue. Cependant, ce n’est pas toutes les fois que les choses vont aussi aisément que ça. Il y a des maladies héréditaires comme la drépanocytose. Donc, quand certains couples vont pour la consultation préconceptionnelle, ils découvrent qu’ils sont incompatibles et qu’ils risquent d’engendrer des enfants drépanocytaires. Le choix leur revient entre suivre les conseils du médecin ou concrétiser leur amour au détriment de la raison en donnant naissance parfois à des enfants drépanocytaires. Mais s’ils n’avaient pas effectué la consultation préconceptionnelle, ils n’auraient jamais pu le savoir. Aujourd’hui normalement, nous ne devrions plus avoir des enfants drépanocytaires dans nos familles mais puisqu’on ne se prépare jamais, il y en a toujours. Hormis la préparation sanitaire, il faut celle financière afin de faire face aux dépenses liées à la grossesse. Même si vous êtes dans un village, il faut vous apprêter financièrement.
En outre, si le couple a déjà des enfants, il importe de veiller sur l’espacement des naissances pour que les enfants aient deux ans d’écart entre eux parce que les grossesses rapprochées créent parfois de graves problèmes dans les ménages mais on n’y pense pas.
Le bon suivi de la grossesse, quant à lui, passe par une consultation régulière dans un bon centre public comme privé avec un personnel qualifié. Il faut également pratiquer les conseils des agents de santé et honorer les différentes prescriptions médicales.
Propos recueillis par Sinatou ASSOGBA (Coll.)





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