Sit-in de protestation contre la cherté de la vie : L’action syndicale plombée par la division

Moïse DOSSOUMOU 17 février 2022

Elles sont investies des mêmes missions : la défense et la protection des intérêts des travailleurs. Pour ce faire, elles disposent des mêmes armes. Mieux, elles ont un seul interlocuteur en face : les pouvoirs publics en général et le gouvernement en particulier. Curieusement, elles ont du mal à accorder leurs violons autour de l’essentiel. A chaque fois, il faut toujours qu’un différend vienne les opposer à telle enseigne que les clans apparaissent au grand jour. En hibernation depuis 2018, au lendemain de l’encadrement du droit de grève, l’action syndicale tend à renaître de ses cendres, du moins en partie. Passifs ces dernières années, les leaders syndicaux ont décidé de sortir de leur torpeur pour crier le ras-le-bol des travailleurs au gouvernement. La trouvaille pour se faire entendre, un géant sit-in à la bourse du travail.
Très tôt, la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (Csa-Bénin) a annoncé les couleurs en donnant rendez-vous à ses membres pour le vendredi 18 février prochain. Les jours qui ont suivi, d’autres faîtières des syndicats ont rejoint le mouvement. Ainsi, la Centrale des organisations syndicales indépendantes (Cosi-Bénin) et la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb) ont adhéré à l’initiative. Il s’agit pour ces regroupements d’exprimer l’indignation de leurs syndiqués par rapport à la cherté de la vie et d’amener le gouvernement à assumer son rôle de régulateur des prix. A quelques jours de cet événement, la Centrale des syndicats des travailleurs du Bénin (Cstb) est sortie de sa réserve pour initier une manifestation similaire à huit jours d’intervalle, soit pour le 25 février prochain. Si tant est que le but poursuivi est le même, pourquoi ne pas aller tous dans la même direction ?
Certes, par le passé, il y a toujours eu des guerres de leadership entre les leaders syndicaux. C’est un secret de polichinelle que Gaston Azoua et Dieudonné Lokossou aujourd’hui disparus, Pascal Todjinou, Georges Kakaï Glèlè et Paul Esse Iko pour ne citer que ceux-là, étaient souvent à couteaux tirés. Mais quand il fallait faire front commun au nom des intérêts des travailleurs, ils avaient la sagesse de laisser les querelles intestines de côté pour adopter une stratégie commune. Il n’y a pas si longtemps, la Cstb, la Csa-Bénin, la Cosi-Bénin et la Cgtb faisaient route ensemble contre le gouvernement pour obtenir gain de cause. L’opinion a encore en mémoire, les marches, sit-in et mouvements de débrayages organisés par l’ensemble des faîtières pour faire plier les décideurs. En ce temps-là, l’action syndicale, totalement épanouie, n’était pas sujet à un encadrement strict comme c’est le cas aujourd’hui.
A présent que le mouvement syndical est affaibli et que les travailleurs ne disposent pas, à proprement parler, de moyens de pression sur le gouvernement, le moins qu’ils puissent faire est de parler d’une même voix. Lorsqu’ils se permettent le luxe d’aller en rangs dispersés alors qu’ils poursuivent le même but, ils ne font rien d’autre que de se fragiliser davantage et de compromettre l’atteinte des résultats. La division ne sera jamais profitable aux locataires de la bourse du travail lorsqu’il faut faire face aux décideurs. Pour mobiliser les travailleurs à se déplacer en masse pour un sit-in voulu géant, l’union des forces est la meilleure option.





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