Suppression du Ministère de la Communication : Regards croisés de Maforikan, Agbidinoukoun et Houngbédji

31 mai 2021

L’annonce de la suppression du Ministère de la Communication au Bénin suscite des interrogations dans le rang des professionnels des médias. Certains sont perplexes et craignent le « piège ». Au rendez-vous de Café médias le vendredi dernier, Agapit Napoléon Maforikan, consultant politique, ancien conseiller à la Haac et Constant Agbidinoukoun, journaliste à l’Ortb ont décrypté le sujet. Agapit Napoléon Maforikan estime qu’on n’a pas besoin d’un Ministère de la communication. Selon lui, il ne s’agit pas de renforcer la Haac mais plutôt de lui reconnaître tous les pouvoirs qui lui ont été conférés à sa création. Le chef d’Etat est en train de faire ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a pensé faire ou plutôt n’a eu le courage de faire. Pour lui, la suppression du Ministère de la Communication est une bonne chose parce que la Haac a été créée pour régenter les médias et ne saurait être subordonnée à aucun ministère. « (…) à l’article 4 de la loi organique, la Haac est une institution indépendante de toute institution, de toute organisation, de tout groupe constitué ». Ainsi, il laisse entendre que cette décision vient donner plus de liberté aux médias en reconnaissant le plein pouvoir à la Haac. Pour sa part, Constant Agbidinoukoun dit être surpris et inquiet. Cependant, les explications du Président de la République lui ont permis de comprendre que c’était en réalité une aubaine pour les médias. Constant Agbidinoukou parle de « révolution positive dans le concert des nations. ». D’après lui, le pouvoir politique cherche toujours à contrôler la presse dans tous les pays du monde car les médias exercent une influence indéniable. La suppression du Ministère de la Communication est une façon d’accorder plus de liberté aux médias du Bénin.

La Haac ‘’politisée’’ ?
D’aucuns disent que la Haac est une « institution politique aux soldes du gouvernement ». Pour Constant Agbidinoukoun, il est clair qu’il revient à la presse elle-même de s’imposer et de s’affirmer. Il soutient que la Haac détient le pouvoir que lui confèrent les textes mais, il dénonce les abus de la Haac en prenant pour exemple la suppression définitive du quotidien Le Béninois Libéré. « Je me suis permis d’aller sur une chaîne pour dénoncer cela. Ce n’est pas de ses prérogatives. » Il exhorte les journalistes à être vigilants. « La Haac doit garantir la liberté de presse, protéger les journalistes, assurer la formation des journalistes et être le gendarme par rapport au respect de la déontologie. ». Agapit Napoléon Maforikan estime que la loi organique avait, dès le départ, prévue ce rôle et qu’il n’y a rien à modifier par rapport à cette loi. Cependant, il y a certains bémols. Pour corriger le tir, il faut donner la totalité de certains pouvoirs à la Haac. « Actuellement, il y a une sorte de rupture de dialogue et de confiance entre la Haac et les partenaires stratégiques que sont les professionnels. Je pense qu’il faudrait revoir la nomination et la configuration des neuf conseillers » a-t-il déclaré. Alors, ajoute-t-il, l’administration de la Haac mérite d’être revue ».
Présent à ce rendez-vous, le Secrétaire Général Adjoint du Gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji a, pour sa part, affirmé que la décision du Chef de l’Etat était « pensée, mûrie et annoncée au bon moment ». Il exhorte les professionnels des médias à s’interroger sur la manière dont ils profiteront de cette opportunité. Car, dit-il, « le Chef d’Etat au demeurant fait une promotion inestimable des médias. Wilfried Léandre Houngbédji est convaincu que, dans quelques années, les détracteurs de cette décision constateront que le Président est un visionnaire qui a su détacher les médias du gouvernement pour les mettre sous la coupole d’une institution compétente en la matière.
Anne-Marie B. AMENYITO (Stag)





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