Teffa Sambiéni à propos du port de casque à Parakou : « Ce n'est pas du harcèlement... »

La rédaction 15 novembre 2021

Depuis quelques jours, le port de casque est exigé à tous les motocyclistes de la ville de Parakou. L’initiative émane du commissariat central. Dans cette interview, Teffa Sambiéni, commissaire central de cette ville parle des tenants et aboutissants de cette opération.

Quel est l’état des lieux dans la commune de Parakou ?
Merci monsieur le journaliste, c’est avec un peu de désolation que je vais vous déclarer que les objectifs attendus ne sont pas encore atteints. A cette étape, nous devrons commencer déjà à avoir les comptes rendus ‘’Rien à Signaler’’, lorsqu’on envoie les agents au niveau des carrefours. Malheureusement, ce n’est pas le cas, on continue toujours d’en rencontrer autant que par le passé, des gens qui sont sans casque et ce qui est encore plus grave parfois est qu’il y a des casques sur la moto mais pas sur la tête. Ça donne l’impression que c’est une rébellion. Mais je pense que, ce n’est pas une raison pour abandonner. Nous allons toujours avancer, on va changer de tactique, les stratégies pour que l’objectif de faire prendre l’habitude à toute la population de porter le casque soit atteint.

Vos propos semblent un peu particuliers à Parakou. Comment pouvez-vous l’expliquer ?
Je pense qu’il y a certaines habitudes qui mettent du temps à partir. On ne va pas conclure à une impossibilité à venir à la bonne pratique, mais ça va prendre du temps. Mais nous allons nous préparer à l’endurance, aller toujours tant qu’on n’aura pas eu le résultat.

A vous entendre, vous êtes résolument engagés à faire porter le casque à tous les citoyens qui roulent sur les axes routiers, ici à Parakou. Qu’attendez-vous des autorités, des populations elles-mêmes pour réussir cette opération parce que finalement c’est pour leur bien
Je crois que du côté des autorités, il y a une volonté, un engagement. C’est du côté de la population que la réticence se fait sentir. Peut-être qu’elles n’ont pas suffisamment compris les bienfaits du port des casques. Je prends l’exemple d’une personne qui décède, les conséquences sociales sont une déception énorme. Il y a ces enfants qui deviennent orphelins, qui quittent l’école. Mais c’est le cadre qui devrait porter le pays et la ville en avant. Donc, tout ça est à l’eau, c’est beaucoup de traumatisme pour toute la société. Donc, la police en tant qu’une partie de l’État, le bras opérationnel de l’État, voudrait par ces actions empêcher que ces genres de pratiques dont les conséquences sont incalculables ne surviennent. Mais la population ne comprend pas malheureusement, elle pense que c’est du harcèlement. Ce n’est pas du tout du harcèlement. C’est leur faire prendre la bonne habitude qui va nous sauver tous.

Les interventions, il n’en manque pas, et certains estiment que à Parakou, c’est ce qui tue le plus les opérations qui doivent contribuer à éduquer les populations, à pourvoir remonter la cote de civisme dans la ville de Parakou. Comment les flics entendent s’y prendre pour résister à ces interventions ?
De toute façon, moi je sais que nous sommes dans un contexte social où il faut faire recours à nos parents et bénéficier d’une facilité à chaque fois qu’un problème se pose. Mais nous en sommes conscients et à notre niveau, nous prenons suffisamment de précaution pour ne pas tomber dans ce travers. C’est vrai, les interventions ne manquent pas. Nous prenons le temps de leur expliquer comment nous sommes dans l’impossibilité de contourner la règle. Ce qu’ils doivent comprendre, ce n’est pas la police qui arrête, il y a un objectif à terme et libérer quelqu’un sans qu’il ne s’acquitte des frais qu’il faut, c’est l’encourager à notre manière. Donc, tout le monde le sait, j’ai juré, je n’appellerai pas un commissaire pour dire de libérer telle ou telle personne. Je n’instruirai pas non plus à mes propres services pour dire de libérer telle personne parce qu’elle est un parent ou un proche. C’est vrai, les demandes viennent chaque jour, et je trouve toujours une manière d’expliquer, mais je ne sais pas si je convaincs. En tout cas ce n’est pas le plus important. Même s’ils ne le comprennent pas aujourd’hui, ils le comprendront plus tard.

Il y en a qui ont lancé le défi que vous ne réussirez pas sur ce chantier, par expérience, à Parakou, on a essayé plusieurs fois, ça n’a pas pris, la mayonnaise a du mal à prendre. Que répondez-vous à ceux-là ?
Les grandes œuvres se bâtissent sur un long moment. Il y a des monuments historiques qui ont été bâtis en 600ans. Donc, il ne s’agit pas de conclure à l’échec en quelques jours.

On perdra beaucoup de braves valides, s’il faut mettre tout ce temps à faire porter le casque à tout le monde, beaucoup de personnes seraient mortes dans les hôpitaux ?
Non, pas du tout. Lorsque l’objectif est noble, il faut consacrer les moyens et le temps qu’il faut pour l’atteindre. Donc, on ne sera pas fatigué et on ne peut pas déclarer comme impossible l’objectif à atteindre. Nous allons nous y mettre et je suis sûr que ça ira.

On va changer de sujet, on a remarqué des cabines qui abritent désormais vos agents au niveau de quelques carrefours de la ville de Parakou. De quoi s’agit-il puisque Parakou n’y était pas habituée ?
Merci beaucoup, il faut avant tout dire que cela a été possible grâce à l’appui d’un donateur de la place, qui a bien voulu contribuer à l’activité, à l’action sécuritaire au niveau de la ville de Parakou. Il a dans un temps rendu disponible deux cabines qui serviront d’abri aux policiers contre les intempéries, la pluie, la fraîcheur etc. Et ces cabines sont actuellement positionnées sur les points les plus critiques, il s’agit notamment du marché Azèkè, non loin de la mairie et du carrefour Aliouda. Il y a promesse d’une donation de dotations complémentaire qui seront, d’ici quelques mois et qui vont nous permettre aussi d’équiper les autres points clés de la ville.

Lorsqu’on vous interpelle pour non port de casque, quelle est la démarche à mener monsieur le commissaire ?
Je crois que, c’est tout à fait simple. Il y a une loi qui exige une pénalité de 10.000 francs CFA à payer au niveau du trésor publique. En dehors de cela, il y a les frais de fourrière au niveau de la garde. Vous le savez ! Ramener une moto de Guéma au commissariat central, c’est des frais. Non, seulement ça, lorsqu’une moto se perd par hasard entre les mains de la police, c’est beaucoup de soucis. Il y a les frais de fourrière qui sont payés.

Au niveau des cabines, est-ce qu’on peut se rapprocher des policiers qui campent souvent dedans pour des prestations, qu’est-ce qu’on peut obtenir à leur niveau ?
C’est une bonne occasion que je trouve pour expliquer le rôle des cabines. En fait, nous voulons que nos postes soient des mini- commissariats où on peut trouver la plupart des solutions à des problèmes ou tout au moins être orienté vers le lieu approprié pour avoir satisfaction. Donc, les policiers qui sont au carrefour, ce n’est pas seulement pour surveiller le carrefour, c’est aussi un mini-commissariat où vous pouvez venir poser vos préoccupations.

N’avez-vous pas des craintes quant à des risques de corruption ou que les prestations ne soient pas bien accomplies à leur niveau
La crainte existe partout. Je pense que la sensibilisation et les commissions qui sont données chaque jour vont nous mettre à l’abri de toutes ces déconvenues. Et il faut dire qu’il y a un dispositif de contrôle qui est très actif. Donc, ces contrôles sont beaucoup plus accentués de telle sorte que toute attitude suspecte est à justifier par ces agents.

Pour terminer monsieur le commissaire parlons du débat autour de la fouille des téléphones portables. Si un policier m’interpelle, me demande de rendre mon portable pour des besoins de contrôle, est-ce que je peux refuser ?
A ce sujet, je pense que le téléphone ne se fouille que dans le cas d’une affaire judiciaire. S’agissant spécifiquement des outils électroniques, il y a un organe spécial de la police républicaine qui s’en occupe, c’est-à-dire l’Office Central de Cybercriminalité.

Vous voulez donner des consignes à vos éléments par rapport à cela ?
Oui, mais jusque-là il n’y a peu eu de plainte pour mes unités pour cette pratique. A Parakou, personne ne s’est plaint, c’est possible que ça se passe ailleurs. C’est possible aussi que ça se passe, c’est pourquoi chaque jour, nous réitérons que le portable reste un outil privé et on ne peut le fouiller n’importe comment.

Transcription : Landry SOKEGBE





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