Transports des produits pétroliers sur le Lac Nokoué : Une étude révèle l’impact des hydrocarbures sur les poissons

Fulbert ADJIMEHOSSOU 23 janvier 2020

Au-delà de la pollution de l’air, des risques sur la santé et des incendies, l’essence de contrebande crée des dommages également sur les plans d’eau. Une étude récemment publiée par des chercheurs béninois dans European Scientific Journal évoque les impacts des hydrocarbures sur le tilapia.

Sans vouloir créer la psychose, les chercheurs crèvent l’abcès. « Le transport des hydrocarbures sur le lac Nokoué a révélé que l’eau de ce lac est de qualité physico-chimique douteuse pour la vie des espèces présentes. Les espèces de poissons Tilapia du lac Nokoué sont exposées à la pollution par les HAP pétrogéniques. Cette contamination est révélée par l’accumulation des polluants dans la chair des poissons échantillonnés. Il y a donc une forte corrélation entre les composantes physico-chimiques de l’eau et les HAP pétrogéniques présents dans l’eau », voilà la conclusion à laquelle a abouti l’étude qui porte sur les Impacts des Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques sur les poissons, notamment les Tilapias du lac Nokoué au Sud du Bénin.
En effet, le transport de produits pétroliers est l’une des activités menées sur le lac Nokoué à travers des barques motorisées. Ce qui expose l’écosystème et les ressources halieutiques à des polluants dont les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques contenus dans les produits pétroliers. L’étude a été publiée dans European Scientific Journal Vol.15, No.36, une revue à accès libre et à comité de lecture créée en 2010. Ont contribué à ladite étude des chercheurs du Laboratoire d’Hydrologie Appliquée (LHA), du Laboratoire de Zoologie de la Faculté des Sciences et Techniques et du Laboratoire d’Ethnopharmacologie et de Santé Animale, respectivement de l’Institut National de l’Eau, de la Faculté des Sciences et Techniques et de la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi.

Lac pollué, tilapia contaminé
Les études ont porté sur les Tilapias, des poissons très consommés au Bénin. Selon Dr Flavien Dovonou, Maître-Assistant des Universités, des prélèvements ont été faits à plusieurs endroits du lac Nokoué puis analyser suivant des dosages. Ce qui permet de noter que « les résultats issus des analyses physico-chimiques et toxicologiques des eaux et des poissons du lac Nokoué nous ont permis de constater que les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques retrouvés dans le lac influencent sensiblement la qualité des poissons et que les valeurs limites sont dépassées pour certains paramètres », note Dr Flavien Dovonou.
Les valeurs de conductivité moyenne (2752 μS/cm) et de concentration moyenne des nitrites (7,78 mg/L) ont montré que les échantillons d’eau prélevés sur le lac Nokoué sont pollués. « Le dosage des polluants a permis de constater que les individus de Tilapia guineensis, Hemichromis fasciatus et de Sarotherodon melanotheron prélevés dans les eaux du lac sont respectivement contaminés à 10%, 18% et 10% au niveau de la rivière Sô à Dogodo, à 26%, 25% et 23% à Kétonou, 32%, 29% et 40% à 6 km de Domèguédji et 32%, 28%, 27% à l’embarcadère d’Abomey-Calavi », a-t-il ajouté. Les chercheurs recommnadent entre autres que les pêcheurs et les conducteurs de barques motorisées soient sensibilisés sur l’intérêt d’utiliser des barques non motorisées et supprimer l’utilisation des barques motorisées qui polluent le lac avec les hydrocarbures. « Il faut aussi veiller à l’interdiction du transport et de la commercialisation des produits pétroliers sur le lac. Il faut en faire de même des rejets d’huile de vidange dans le lac Nokoué et procéder à la dépollution du lac pour permettre la prolifération des espèces animales aquatiques telles que les poissons, les crevettes, les huîtres », note-t-on dans l’article scientifique publié dans European Scientific Journal.

Et si on s’en inquiétait ?
Nokoué, un réceptacle de tout. C’est un espace de vie, mais dont la situation menace des vies, si minuscules soient-elles. Ce n’est pas de trop que de se préoccuper de la situation écologique de cet écosystème. Il a beau avoir la réputation d’être le plus grand lac du Bénin, voire plus productive de ressources halieutiques, cette réputation se noie dans une série de problèmes écologiques.
Les déchets, ils viennent de toutes parts. Les résidents du lac apportent les leurs à travers les rejets de déchets ménagers, la défécation, les piles et autres. Le marché Dantokpa a longtemps empiété sur le chenal pour y évacuer ses volumes impressionnants d’ordures que charrient ensuite le plan d’eau vers ailleurs. Cotonou et Abomey-Calavi apportent elles aussi leurs lots d’eaux usées.
Il y a lieu de s’inquiéter de la surpêche, des métaux lourds et de la durabilité de l’écosystème. Avec les opérations d’assainissement des plans d’eau, Ahémé respire mais pas autant que le Nokoué qui n’a pas connu la même approche en la matière. La libération des berges du côté de Dantokpa est un pas, mais l’assainissement doit se faire des deux côtés de la lagune et suivi de modernisation de ces milieux.
Il faudra aussi dépolluer le lac, trouver des mesures d’assainissement pour les populations de Ganvié qui n’ont que véritable poubelle le plan d’eau. Et quand on sait que tant que règne l’incivisme, et que les déchets n’auront pas d’issues, le problème sera éternel. Et là, la ressource ne nous sera utile encore que pour un temps.





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