Urlermine Lodonou, psychologue clinicienne au sujet des études universitaires : "L’idéal est de chercher des filières reconnues par l’Etat"

21 septembre 2022

Comment faire un bon choix pour sa formation à l’université afin d’éviter le chômage ? Urlermine Lodonou, psychologue clinicienne en service au Centre National Hospitalier Universitaire de Psychiatrie (CNHUP) de Cotonou a décrypté cette question phare pour la jeunesse béninoise. Aux parents et jeunes bacheliers, elle a donné des conseils pour le choix de filière dans les écoles et universités afin de garantir sa vie professionnelle. Lisez l’entretien.

Après l’obtention du Bac, dans quel état psychologique doit rester l’apprenant pour faire le choix de la formation à l’université ?
Merci. Le choix se fait par rapport aux aptitudes de l’individu et son projet professionnel. La formation à l’université, c’est la consécration de ce qui a commencé depuis le début de la scolarisation. Car l’avenir professionnel du jeune diplômé se prépare un peu plus tôt, il est mal préparé après le BAC si rien n’est fait plus tôt. De plus en plus l’Etat recrute moins, les carrières sne sont plus clairement définies et chacun doit prouver de quoi il est capable. Donc l’avenir professionnel n’est plus l’apanage des universités. Le choix pour la formation universitaire de l’apprenant part déjà de son aspiration. Qu’est-ce qu’il a envie de faire ? Le jeune bachelier peut avoir envie de faire la médecine tout étant très bien dans les matières scientifiques. Mais, il est bolqué dans ce choix par les mauvais résultats dans ces matières au Bac. Il ne peut plus aller dans cette filière. Donc, c’est pourquoi, je me penche sur l’aptitude de la personne. Après le Bac, les apprenants choisissent leurs filières respectives en fonction de leurs performances dans certaines matières. C’est pour cette raison que les séances d’orientation sont très importantes pour les jeunes bacheliers. Même si je pense que l’orientation doit être faite plus tôt. Ces séances ont pour but de permettre aux apprenants de mieux cerner les différentes formations dans les écoles et universités. Car, globalement, les jeunes bacheliers ne savent pas vraiment les tenants et les aboutissants de chaque filière. Donc, ils se renseignent mieux sur la disponibilité des filières dans les universités et les écoles. Certaines personnes choisissent des filières parce qu’elles veulent devenir plutôt riche ou un parent ami de la famille qui a les moyens exerce un tel metier.

Du suivisme ?
Ce n’est pas forcément le suivisme. C’est le discours qui encourage le travail de bureau. Alors que le marché de l’emploi n’est pas si simple que cela. Le jeune doit être conscient de sa propre capacité et de ses aptitudes en optant pour une formation donnée.

L’orientation devrait se faire à la base ?
C’est vrai, dans les pays développés tout est mis en place pour bien encadrer les enfants. Ce n’est pas après le Bac qu’on oriente les enfants. L’enfant est orienté depuis l’obtention de son Certificat d’études primaires (CEP). Il y a des psychologues et des psychopédagogues d’orientation qui s’occupent des enfants dans le choix des filières de formation. Cela en fonction de la capacité de l’enfant qu’on estime qu’il peut choisir une branche. Il y a des enfants à l’école , ils ne s’en sortent pas du tout. Mais au plan professionnel notamment dans la fabrication des objets d’arts et de valeur à partir des boîtes de conserve, ils sont très efficaces. Certains trouvent qu’ils ne sont pas intelligents. Mais son intelligence n’est pas forcément dans l’assimilation des leçons en classe pour avoir de bonnes notes en composition. C’est une détection du talent et de la compétence qui doit être faite un peu plus tôt pour vraiment aider l’enfant. Cela lui permet d’être très à l’aise dans ce qu’il fait comme choix.

Y-a-t-il des psychologues d’orientation au Bénin ?
Oui. Au cours de notre formation, nous avons des collègues qui ont fait la psychopédagogie de l’orientation mais nous ne les remarquons pas sur le terrain. La psychologie s’enseigne au Campus d’Abomey-Calavi depuis 2001. C’est l’Etat qui a initié la formation en recrutant les enseignants mais le produit fini n’est pas exploité. Dans beaucoup de domaines, on a besoin de psychologues. Mais c’est après 20 ans que l’Etat a organisé un concours de recrutement au profit des psychologues. Ce recrutement ne concernait que les psychologues cliniciens qui sont mis à la disposition des centres de santé. Les écoles ont aussi besoin de la présence des psychopédagogues pour procéder très tôt à l’orientation des apprenants C’est une mesure qui dénote de la reconnaissance du métier de psychologue. Beaucoup après la Maîtrise ou la Licence, ont dû se reconvertir ou sont au chomâge. Le marché de l’emploi n’est pas en adéquation avec les formations. Des gens ne sont pas informés des réalités du marché du travail.

Quel est alors le rôle des parents dans le choix ?
Déjà les parents doivent faire le bilan psychologique pour détecter le potentiel professionnel de leurs enfants. Ce bilan doit être fait après le CEP pour dégager le potentiel psychologique et éducatif de l’enfant. Ce bilan se fait par des professionnnels. Au BEPC le potentiel est affiné, après le BAC on connait plus l’aspiratition de l’enfant. Certains parents désirent que leur enfant fasse le même métier qu’eux ou un métier qu’ils n’ont pas pu faire. J’ai connu un cas où après 7ans d’études, l’enfant a dit à son père voilà ton diplôme. C’est maintenant que je vais faire ma formation. Les parents doivent forcément rester à l’écoute des enfants sans imposer leur choix. Le rôle d’un parent c’est d’accompagner.

Votre mot de la fin !
Après le BAC, il faut mûrir les réflexions pour pouvoir faire une bonne orientation. On ne fait pas une formation sur un coup de tête, ni pour plaire à quelqu’un. Il y en a qui vont dans une filière parce qu’ils ont suivi des amis et des frères ou ils ont appris qu’en faisant cette formation on devient vite riche. Il faut identifier l’école et aller vers les responsables pour avoir les bonnes informations. L’idéal est de chercher des écoles qui ont une accréditation et dont toutes les filières sont reconnues par l’Etat. Je connais des gens qui ont fait des formations mais qui ne peuvent pas avoir leur diplôme et ne peuvent pas exercer.
Je profite de votre canal pour plaider pour que nous ayons déjà dès le cours primaire des psychopédagogues pour le suivi et l’orientation des enfants.
Propos recueillis par Joël SEKOU (Coll.)





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