Vente en ligne : L’e-commerce met un pied dans les plats à Cotonou

La rédaction 1er septembre 2020

A Cotonou, comme partout dans le monde, la révolution numérique s’impose à tous les secteurs d’activités de la vie. Profitant de la période de Covid-19, les restaurants en ligne prennent possession de la toile. Mais si un appel suffit pour casser la croûte, il faut plus d’une manœuvre pour faire vivre une telle activité.

C’est l’heure de mettre la main à la pâte. Au menu ce vendredi, du riz cantonnais. L’ordre du jour : préparer huit commandes avant midi. Une fois les emplettes faites, Eurielle et Eunice sont de retour à leur domicile. Le lieu même qui a vu naître ’’la marmite des E’’, un restaurant en ligne dont elles sont responsables depuis une année. Tout se passe dans l’arrière-cour de la maison, aménagée en cuisine. « Tout a commencé en 2018, lorsque je suis revenue du Ghana. Après mes études, j’ai cherché du travail en vain. Ma grande sœur a vécu les mêmes réalités, à son retour du Sénégal. Je lui ai donc proposé de monter cette affaire. Et ’’la marmite des E’’ a finalement vu le jour l’année qui a suivi. Notre spécialité est le Attiéké, car c’est ce que nos clients préfèrent », confie Eurielle, son masque de protection lui couvrant le visage.
Ses tresses rangées dans un chignon solidement noués, la plus jeune de la fratrie est affairée à découper les légumes. De son côté, Eunice est au fourneau. Affublée d’un tablier, son cache-nez ne la quitte pas. Mais dans cette cuisine plus ou moins classique, un détail frappe. ’’Les sœurs E’’ ne portent pas de gants. « À cette étape, nos mains sont en contact direct avec le repas. Nous ne voulons pas risquer de frotter la nourriture du client à toute autre matière qui n’entre pas dans sa préparation. On utilise alors l’eau pour assurer la propreté de nos mains. Et nous n’utilisons pas de gel hydro alcoolique en cuisine, puisque ce sont ces mêmes mains qu’on utilise pour laver le riz. Les gants nous servent à apprêter les commandes », explique la cadette. Le bien-être du client est alors une priorité. Et ce n’est pas Marie, une jeune pâtissière, propriétaire de ‘’écrin de douceur’’, rencontrée au détour de notre entretien avec Eurielle et Eunice qui dira le contraire. « Je m’intéresse beaucoup aux produits bios. Ça me permet de contribuer à la santé de mes clients ».

Internet : une option rapide
Pour atteindre la clientèle, ses jeunes entrepreneurs n’ont plus à se tracasser. Des affiches attrayantes sont conçues de sorte à faire saliver la clientèle. « J’ai choisi de créer cette entreprise via internet, parce les réseaux sociaux permettent de réunir un plus grand monde. En un rien de temps, le message circule de ’’box en box’’ », déclare l’entrepreneure. Quant aux ’’sœurs E’’, une mauvaise expérience a suffi pour déterminer leur choix : « Nous avions débuté avec un stand devant la maison. Les moyens ne nous permettaient pas de faire mieux. Et comme ça n’a pas attiré la clientèle, on a changé de méthode ».
Ainsi, les faits parlent d’eux-mêmes. Le commerce en ligne, encore appelé e-commerce, offre au commerçant la possibilité d’atteindre un public moins restreint que celui qu’il pourrait trouver dans un magasin réel. « C’est une option très pratique. Je peux commander quand je suis occupé par le boulot. En plus, le prix est abordable comparé aux restaurants de type classique. Avec 2000 F, on peut en avoir pour son compte », déclare M. Ali, un habitué de ces commandes en ligne. Un autre affirme avoir recours à ces services « pour le plaisir de goûter un repas particulièrement bien présenté. C’est l’esthétique qui m’attire le plus dans les publications que font ces restaurants sur la toile ». Et des restaurants sur la toile, il y en a une kyrielle. Cependant la concurrence n’est pas la difficulté principale de ces entrepreneures

« A chaque jour suffit sa peine »
La crise sanitaire qui sévit encore dans le monde, n’a été d’aucune aide. « Nous avons dû fermer boutique à cause du coronavirus. C’est après l’instauration des règles barrières que les gens ont été plus rassurés. Et les activités ont repris leur cours », témoigne Eunice. Quant aux clients qui se plaignent de la cherté et de la lenteur du service, la femme d’affaire affirme : « nous ne fixons pas le prix de la livraison. C’est l’agence à laquelle nous nous adressons pour livrer les clients qui s’en charge. Tout dépend de la distance à parcourir. Nous offrons quand même au client, la possibilité de venir récupérer sa commande ou de manger sur place ».
Cela ne résout pas pour autant les tensions qui s’installent entre commerçant et livreur. A en croire Eunice, « la ponctualité n’est pas une qualité chez ces coursiers. Et quand un client mécontent refuse de prendre sa commande à cause du retard, c’est nous qui en payons les pots cassés ». Il devient alors difficile de tirer profit de son commerce. C’est tout de même possible, grâce aux différentes plateformes qui confèrent à ces entreprises la visibilité nécessaire. Il faut dépenser en énergie et en publicité, « cependant j’arrive à obtenir 10. 000 f en une journée avec mes petites douceurs. Et comme tous les jours ne sont pas dimanche, je garde toujours à l’esprit qu’à chaque jour suffit sa peine », atteste Marie la jeune pâtissière. Les obstacles ne sont donc pas un prétexte pour renoncer. Mais la volonté suffira-t-elle à faire de ces jeunes entreprises, une affaire florissante ? Ceux qui se positionnent de plus en plus sur la toile comme elles devront commencer à y réfléchir.
Vidjennagni MISSINHOUN (Stag)





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