Violence à l’école : Des élèves à la couronne, les maîtres à la serpillière

15 décembre 2022

Comme l’autre qui dénonçait un fait grave, c’est désormais des faits banals, les violences sur le maître s’intensifient et prennent des proportions inquiétantes. À l’origine de ce règne de la sauvagerie, un refaçonnement de l’institution scolaire entraînée dans un labyrinthe impitoyable de textes de lois. Dans cette montée de l’indécence, vue comme une dynamique sociale normale, l’école sensée être le forgeron intrépide des vertus et codes de vie, cède à la réprimande et se plie à la volonté de ceux qui trouvent que l’apprenant a tous les pouvoirs et doit imposer à son mage, la direction à donner à l’étoile qu’il tente de faire briller. Il en résulte un changement de rôle : le maître subit le diktat de l’élève et dans tous les cas, il est considéré comme le fautif car il doit à toutes les épreuves, se surpasser. La horde sociale s’abat sur le seul maître à qui on impose un degré surhumain de patience. Il est un superhomme qu’aucun sentiment de révolte ne doit animer. On lui a pris le bâton et il ne doit manier que la carotte pour amener l’âme à s’élever à la vertu. On le rend pour ainsi dire insensible à la meute qui se soulève autour de lui et qu’il se doit de subir stoïquement. Il n’a pas avoir d’humeur.
Chaque jour voit le récit d’un cas de violence sur le maître. De simples rebellions aux coups de poings en passant par les gifles et autres voies de fait, le maître d’école (dans un non droit) subit la rage montante d’une génération d’apprenants, à qui la licence du droit est accordée. L’interdiction du châtiment corporel est brandie comme un trophée et fait le triomphalisme de l’enfant face à l’école de nos pères où le maître, à défaut de porter une tunique divine, est craint comme un fétiche dont la seule apparition, discipline l’esprit retors. L’élève affronte désormais le maître dans un corps à corps où il est vainqueur et où les textes le protègent. Au milieu de ces immondices humaines, de cette race d’apprenants à la croisée de la décrépitude des mœurs scolaires, un maître craintif, apeuré, sans défense et dont la réaction est synonyme d’un manque de professionnalisme. On le taxe même de n’avoir pas pris de la hauteur face à un comportement défiant toute norme morale. Pris dans l’étau des huées et des barreaux des prisons, il démissionne face à sa mission et laisse la pègre étendre ses tentacules vicieux dans le sanctuaire autrefois mieux respecté que la chapelle. Ça craint !
Et s’il nous était permis de nous demander, à quoi rime cette décomposition de l’école. Comprend-on réellement le rôle qui est celui de l’école et de ses instances dirigeantes dont la synergie d’actions doit rendre l’âme à s’élever, digne de porter le flambeau de l’espérance, le flambeau de la foi en l’avenir, la flamme sainte d’une nation qui se veut prospère ? Comprend-on qu’aussitôt que l’école cesse de porter le rêve de l’éducation, la société amorce un futur sombre ?
Nous nous résumerons en une seule phrase : « l’école est entrée dans sa dernière phase de déconfiture ». Soit nous nous réveillons en réfléchissant à l’homme que nous voulons pour demain, soit nous nous taisons et bientôt, tout ne sera que cycle de violences et de conflits. En attendant qu’on se décide et qu’on se mire à travers notre histoire et le charme ancien de ce milieu d’où naît l’âme populaire, il urge de trouver le moyen de sauver ce qui peut encore l’être.
La première urgence est de redorer l’image du professeur. Les discours publics et familiaux, doivent se donner une constance pour revaloriser le maître et le motiver. Il porte à lui seul la lourde charge d’unifier dans un même panier, des humanités diverses. Il porte à lui seul, le dur fardeau de remodeler ce qui échappe à la famille et à la rue. C’est lui qui étincelle les ténèbres où l’enfant fait un nid de gloire. C’est encore lui qui effleure chaque jour, dans les sillons incertains de la vie, les crasses humaines. Une société qui crucifie l’image du maître, qui l’immole avec la toge noire de l’incurie ou qui l’incinère avec le feu de l’immoralité, est une société qui se voue une âme tragique.
A cette phase critique de notre école qui voit les formes de violence en contagion nocive et avec un effet grave d’entraînement, il serait impossible d’imaginer un état final qui puisse profiter à la nation. La psychose dans laquelle vit le maître n’est pas non plus de nature à faire espérer de beaux jours et à rêver d’un renouveau.
Il faut encore l’école pour résoudre les énigmes de l’école. Les solutions importées des conjonctures d’ailleurs, ou le rythme écervelé des solutions bureaucratiques instaurent une démocratie à l’anarchie dans les murs de l’école. Et l’école est un repère, elle est le seul qui nous reste lorsque tous les autres repères ont perdu leur boussole. Un élève ne peut être un roi et porter la couronne quand le maître est encore vivant sur sa chaire.
Coffi Juste HESSA, enseignant de Français et surveillant général





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