Zakiath LATOUNDJI, Présidente de l’UPMB : « Notre mandat a été celui de la résilience des acteurs des médias face à de multiples défis »

16 août 2022

Portée à la tête de l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB) le samedi 03 août 2019, Zakiath LATOUNDJI finit son mandat dans quelques jours. A la faveur de l’Assemblée générale extraordinaire qui s’est déroulée le vendredi dernier à Cotonou à l’issue de laquelle l’Assemblée générale élective 2022 est fixée au 27 août prochain, la première femme à diriger l’une des deux faîtières de la presse béninoise, dresse le bilan de son équipe après trois années d’exercice.

Votre mandat à la tête de l’UPMB arrive à son terme dans quelques jours. Quel bilan dressez-vous de l’action de votre équipe au cours de ces trois ans ?
Je vous remercie pour cette opportunité que vous nous donnez pour faire un point de nos actions. Avant tout propos, je m’impose le devoir d’exprimer, à travers vos colonnes, mes sincères remerciements à l’ensemble des acteurs des médias pour leur confiance et leur soutien durant ces trois années de gestion de notre faîtière. Durant notre mandat, nous avons eu à cœur de renforcer les acquis de la presse béninoise et d’ouvrir de nouveaux chantiers pour contribuer davantage à son rayonnement à l’échelle internationale. Je puis reconnaître que dans la conduite de l’UPMB, nous avons été confrontés à de réelles difficultés dont la plus notable est le manque de moyens financiers pour opérationnaliser des réformes majeures et mettre en œuvre les actions phares de notre programme de gouvernance de l’Union. Contrairement aux précédentes mandatures, celle que j’ai eu la charge de diriger n’a bénéficié d’aucun accompagnement de l’Etat alors que la mission qui est dévolue à l’UPMB est d’une importance reconnue par les pouvoirs publics. Ces trois années qui s’achèvent n’ont donc pas été de tout repos pour le Bureau Exécutif de l’UPMB mais notre détermination et notre vision nous ont permis, malgré des obstacles de toutes natures, de jouer notre partition à la hauteur des moyens dont nous disposons. Au cours de ce mandat, nous avons été confrontés à un manqueriont criard d’appui de l’Etat, à l’amenuisement des ressources auprès des partenaires techniques et financiers, aux affres de la Covid-19 et à divers autres facteurs limitants de nos actions. Au titre des actions, nous avons érigé la défense de la liberté en priorité des priorités. Dans ce sens, nous avons été de tous les combats pour assurer aux professionnels la sécurité dans l’exercice de leur métier. Nous avons été aux côtés de tous les journalistes menacés ou condamnés sur la base du Code du numérique. D’ailleurs, nous avons initié un plaidoyer national pour la relecture du Code du numérique qui est une loi liberticide. Le plaidoyer a déjà permis d’alerter les gouvernants et les partenaires au développement sur la nécessité de mettre les journalistes à l’abri de cette loi qui n’a pour vocation que d’envoyer les journalistes en prison. En ce qui concerne le renforcement des capacités des acteurs des médias, nous avons continué, avec l’appui de certains partenaires techniques et financiers, à offrir des opportunités aux acteurs des médias comme l’attestent les nombreuses formations sur des thématiques variées qui ont jalonné notre mandat. Nous avons, à cet effet, procédé au lancement d’un site Internet destiné à permettre aux professionnels des médias de se former en ligne quelle que soit leur position sur le territoire national.
Dans un autre registre, nos interventions ont permis une nouvelle approche de délivrance de la carte de presse et la reconnaissance progressive des organes de presse en ligne.
Par ailleurs, sous cette mandature, la femme des médias a bénéficié d’une attention soutenue à travers différentes initiatives pour lui permettre de jouer plus efficacement son rôle au sein de nos rédactions. Quant aux enfants des professionnels des médias, ils n’ont pas été oubliés puisque, sans moyens, nous avons pu néanmoins organiser à leur profit des moments de communion à l’occasion de la célébration de la fête de Noël.

A vos yeux, quels sont les autres chantiers que la 6ème mandature n’a pas pu conduire comme vous l’auriez souhaité ?
Comme je l’ai dit plus haut, notre projet de gestion de l’Union avait prévu plusieurs actions pour favoriser de meilleures conditions de vie et de travail à l’ensemble des professionnels des médias de notre pays. Parmi les chantiers phares, nous avions à cœur de relancer la Mutuelle de santé afin de permettre à toutes nos consœurs et à tous nos confrères d’être mieux pris en charge et contribuer efficacement à assurer le droit à l’information de nos populations. Un autre chantier qui nous tient à cœur est le respect effectif et intégral de la Convention collective par les patrons de presse. C’est un défi pour nous de parvenir à garantir aux professionnels des médias un traitement salarial décent au sein de leurs rédactions. Il n’est pas concevable que les employés des entreprises de presse que nous sommes, continuent de végéter dans la misère et d’être la risée dans l’espace public. Un autre défi majeur à nos yeux demeure l’opérationnalisation d’une Cellule d’appui juridique aux acteurs des médias. La remise en cause, par le Code du numérique, de la dépénalisation des délits de presse, nous impose de disposer d’un tel outil pour apporter immédiatement et efficacement assistance à tout professionnel qui serait en difficulté en raison de ses écrits. Nos échanges avec des partenaires tels que Reporters Sans Frontières, Canal France International (CFI) etc. augurent de bonnes perspectives pour la concrétisation de cette ambition. De même, il importe à mes yeux que la presse Béninoise soit dotée d’un grand Prix à l’instar des autres pays de la sous-région qui va permettre de récompenser annuellement les acteurs qui s’illustrent positivement au sein de notre corporation. En plus du soutien des partenaires au développement que nous sollicitons, nous travaillons à rendre opérationnel le Fonds d’Appui au Développement des Médias (FADeM) qui va faciliter la concrétisation de ces différents chantiers.

Pour les semaines et mois à venir, quelles sont vos perspectives à l’UPMB pour l’édification d’une presse professionnelle au Bénin ?
Au soir de ce mandat qui nous a donné l’occasion de poursuivre l’œuvre entamée par nos aînés que nous saluons pour leur sens de sacrifices, je tiens à dire que nous continuerons à nous mettre au service des professionnels des médias de notre pays dans l’espoir de poursuivre l’œuvre entamée il y a trois ans. Tout n’a pas été rose pendant notre mandat. Mais, force est de constater que notre mandat a été celui de la résilience des acteurs des médias face à de multiples défis. Ensemble, nous avons fait face au manque de ressources financières pour mettre en œuvre toutes nos activités, avions fait face à la COVID-19 qui nous a arraché certains des nôtres, nous avions été confrontés à des interpellations et condamnations arbitraires sur la base du Code du numérique etc. Je rends hommage à l’ensemble des acteurs des médias qui ont su surmonter ces différentes épreuves pour maintenir la presse débout. Je reste convaincue que les années à venir seront celles du renforcement de nos acquis, de l’assainissement de notre corporation. Ma foi est ferme et je nous encourage à maintenir allumé le flambeau de l’espoir.
Réalisation : Adrien TCHOMAKOU





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